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Les crises démocratiques

**Accroche :** Imagine que tu es un citoyen allemand en 1932. Tu votes, tu participes aux débats, ma

Introduction

Accroche : Imagine que tu es un citoyen allemand en 1932. Tu votes, tu participes aux débats, mais autour de toi, les rues sont le théâtre d’affrontements violents entre milices, le chômage explose, et les partis politiques semblent incapables de former un gouvernement stable. La démocratie, pourtant jeune et pleine de promesses, vacille. Comment en est-on arrivé là ? Et cette fragilité est-elle l’exception ou une possibilité récurrente dans l’histoire des démocraties ?

Problématique : Comment les démocraties, malgré leurs principes et leurs avancées, peuvent-elles connaître des crises profondes, voire sombrer, et à quelles conditions peuvent-elles renaître ?

Introduction : La démocratie n’est pas un état définitif, un aboutissement qui serait à l’abri des secousses. C’est un régime politique fragile, qui connaît des avancées mais aussi des reculs parfois dramatiques. Tout au long du XXe siècle et jusqu’à aujourd’hui, des démocraties établies se sont effondrées, tandis que d’autres, après des périodes autoritaires, ont réussi des transitions complexes. Pour comprendre cette dynamique, nous allons plonger dans l’analyse de deux crises majeures : l’échec de la République de Weimar en Allemagne et les difficultés de la IVe République en France. Nous verrons ensuite comment les coups d’État représentent une rupture brutale de l’ordre démocratique, avant d’étudier les chemins sinueux des transitions démocratiques.

I. L’effondrement d’une démocratie fragile : la République de Weimar (1919-1933) La République de Weimar naît dans les cendres de la défaite allemande de 1918. Elle est portée par une constitution très avancée pour son temps, garantissant le suffrage universel, les libertés fondamentales et un système parlementaire. Concrètement, tu aurais pu voter dès 20 ans, et les partis étaient nombreux à se disputer le pouvoir au Reichstag. Mais cette démocratie est grevée de faiblesses structurelles dès le départ. Elle est associée au "Diktat" du traité de Versailles, perçu comme humiliant, et doit faire face à des tentatives de putschs, à gauche comme à droite, dès ses premières années.

Le véritable poison, tu vas comprendre pourquoi, fut le système proportionnel intégral et l’absence de seuil électoral. Cela aboutissait à une fragmentation extrême du Parlement : en 1932, plus de 15 partis étaient représentés, rendant toute coalition majoritaire instable et ingouvernable. Les gouvernements tombaient les uns après les autres, créant un sentiment d’impuissance et de chaos. La crise économique de 1929 fut le coup de grâce. Avec six millions de chômeurs en 1932, la misère sociale devint un terreau fertile pour les extrêmes. Les nazis d’Adolf Hitler et les communistes du KPD gagnaient des voix en promettant des solutions radicales et en rejetant le "système" Weimar.

La démocratie fut renversée de l’intérieur, par les urnes d’abord, puis par la légalité républicaine elle-même. En janvier 1933, Hitler est nommé chancelier par le vieux président Hindenburg, dans le cadre parfaitement constitutionnel. L’incendie du Reichstag en février lui servit de prétexte pour faire adopter le "décret pour la protection du peuple et de l’État", qui suspendait les libertés individuelles. L’Acte d’habilitation de mars 1933, voté par un Parlement intimidé, lui donna les pleins pouvoirs. La démocratie était morte, légalement. Weimar nous enseigne qu’une démocratie ne peut survivre sans une culture politique partagée, sans institutions capables de produire des majorités stables, et sans la loyauté des élites et des citoyens envers ses règles.

II. Les crises au sein d’une démocratie établie : l’instabilité de la IVe République française (1946-1958) Contrairement à Weimar, la IVe République française ne sombra pas dans une dictature. Elle était une démocratie libérale solide, avec des libertés respectées et une vie politique intense. Pourtant, elle fut constamment en crise, minée par une instabilité gouvernementale chronique, jusqu’à son implosion en 1958. Pourquoi un régime né de la victoire sur le fascisme a-t-il été si faible ?

La réponse se trouve dans sa constitution, conçue par méfiance envers un pouvoir exécutif fort, après l’expérience du régime de Vichy et du général de Gaulle. L’Assemblée nationale était toute-puissante. Le Président de la République n’avait que des pouvoirs symboliques, et le Président du Conseil (le chef du gouvernement) devait constamment négocier sa majorité avec des partis nombreux et divisés. Imagine la situation : entre 1946 et 1958, on a compté 24 gouvernements ! Certains ne tenaient que quelques mois. Concrètement, cela signifiait une grande difficulté à mener des politiques de long terme, et une paralysie face aux crises majeures.

La crise algérienne fut le révélateur ultime de cette impuissance. À partir de 1954, la guerre d’indépendance divise profondément la société et la classe politique. À Paris, les gouvernements se succèdent sans parvenir à définir une ligne claire. Sur le terrain, l’armée et les colons européens d’Algérie en viennent à défier l’autorité de l’État. Le 13 mai 1958, des émeutes à Alger, fomentées par des militaires et des activistes, proclament un "Comité de salut public". Ils menacent de marcher sur Paris si Charles de Gaulle n’est pas ramené au pouvoir. L’armée frôle l’insurrection. Face à ce coup de force et à la panique des élus républicains, le président René Coty fait appel au "plus illustre des Français". De Gaulle pose ses conditions : les pleins pouvoirs pour six mois et une nouvelle constitution. La IVe République vote sa propre disparition. Cette crise montre qu’une démocratie peut être rendue ingouvernable par ses propres règles, et qu’une menace extérieure (ici coloniale) peut précipiter sa chute lorsque ses institutions sont trop faibles pour y faire face.

III. Ruptures brutales et transitions incertaines : des coups d’État aux chemins de la démocratie Parfois, la crise démocratique ne vient pas d’une lente érosion mais d’une rupture violente et soudaine : le coup d’État. C’est l’acte par lequel une faction, souvent militaire, renverse par la force un gouvernement élu. Prends l’exemple du Chili le 11 septembre 1973. Le président socialiste Salvador Allende, démocratiquement élu, est renversé par l’armée dirigée par le général Augusto Pinochet, avec le soutien discret des États-Unis. Le palais présidentiel, La Moneda, est bombardé. Allende meurt, et s’ensuit une dictature militaire féroce qui durera 17 ans. Le coup d’État est l’antithèse absolue de la démocratie : il substitue la force des armes à la volonté populaire et à l’État de droit.

Mais l’histoire ne s’arrête pas toujours là. Après la chute d’une dictature ou la fin d’un conflit, s’ouvre le processus complexe et périlleux de la transition démocratique. C’est un chemin étroit entre les anciennes élites qui résistent, les attentes populaires et la nécessité de construire de nouvelles institutions. Regarde le cas emblématique de l’Espagne après la mort de Franco en 1975. Le roi Juan Carlos Ier et le Premier ministre Adolfo Suárez ont mené une transition négociée, depuis le régime franquiste. Ils ont légalisé les partis politiques (y compris le Parti communiste), organisé des élections libres en 1977, et fait approuver par référendum une nouvelle constitution démocratique en 1978. Cette transition "pactée" a évité un bain de sang, mais elle a aussi impliqué des compromis, comme une amnistie pour les crimes du franquisme, dont les conséquences se font encore sentir aujourd’hui. Cela montre que renaître à la démocratie exige du courage politique, une volonté de compromis, et du temps pour que les nouvelles règles s’enracinent.

Conclusion : Comme tu as pu le voir à travers ces exemples, les crises démocratiques sont des phénomènes récurrents et multiformes. Elles peuvent provenir de défauts de conception institutionnelle, comme à Weimar ou sous la IVe République, qui rendent le régime ingouvernable en période de tempête. Elles peuvent être provoquées par une rupture violente avec l’ordre constitutionnel, via un coup d’État comme au Chili. Dans tous les cas, ces crises révèlent que la démocratie n’est pas seulement un ensemble de règles, mais un équilibre fragile qui repose sur l’adhésion des citoyens, l’efficacité des institutions et la modération des forces politiques. Les transitions, comme en Espagne, rappellent que le retour à la démocratie est un processus long et exigeant, jamais totalement acquis.

Ouverture : Ces crises historiques nous donnent des clés pour observer le monde contemporain. Aujourd’hui, de nombreuses études pointent une "récession démocratique" au niveau global, avec la montée de régimes hybrides ou autoritaires. Les défis sont nouveaux (désinformation, réseaux sociaux, défiance généralisée) mais les mécanismes de fragilisation résonnent avec nos exemples. Cela nous amène directement à réfléchir, dans la suite du thème, aux formes actuelles de la démocratie et à ses adaptations possibles face à ces nouvelles menaces. La démocratie est-elle un horizon indépassable ou un combat permanent ?

📝 À retenir

Cette leçon t'a permis de comprendre les enjeux essentiels de ce thème du programme HGGSP. N'hésite pas à consulter les autres ressources pour approfondir.

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