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La démocratie américaine à l'épreuve

**Accroche :** Imagine que tu es un électeur américain le 6 janvier 2021. Tu vois à la télévision de

Introduction

Accroche : Imagine que tu es un électeur américain le 6 janvier 2021. Tu vois à la télévision des images incroyables : des partisans du président sortant Donald Trump, refusant sa défaite électorale, violentent la police et envahissent le Capitole, le temple de la démocratie américaine, pour tenter d’empêcher la certification des résultats. Comment en est-on arrivé là ? Cet événement spectaculaire n’est que la partie émergée d’une crise plus profonde qui secoue le modèle démocratique américain, pourtant présenté depuis des décennies comme un exemple dans le monde.

Problématique : Dans quelle mesure le système politique américain, conçu comme un modèle de démocratie libérale et de séparation des pouvoirs, fait-il face à des tensions internes qui le mettent à l’épreuve et remettent en cause son fonctionnement ?

Introduction : La démocratie américaine, née de la Constitution de 1787, a longtemps été célébrée pour son système de checks and balances (freins et contrepoids) et sa stabilité institutionnelle. Pourtant, depuis plusieurs années, elle semble traverser une période de turbulences sans précédent, marquée par une polarisation politique extrême, des remises en cause des résultats électoraux et une défiance croissante envers les institutions. Pour comprendre cette épreuve, il faut d’abord saisir les mécanismes originels du système, puis analyser les forces de fragmentation qui le traversent, et enfin évaluer la résilience de ses institutions face à ces chocs.

Partie 1 : Les fondements et les singularités du système démocratique américain

Le système politique américain est un régime présidentiel, ce qui signifie que le pouvoir exécutif est détenu par un président élu, distinct du pouvoir législatif. Cette séparation stricte des pouvoirs est au cœur du système. Le président, élu au suffrage universel indirect par le Collège électoral pour quatre ans, est à la fois le chef de l’État et le chef du gouvernement. Il nomme son administration et dispose d’un droit de veto sur les lois votées par le Congrès. Mais son pouvoir n’est pas absolu. Le Congrès, composé de deux chambres (la Chambre des représentants et le Sénat), vote les lois, contrôle le budget et peut engager une procédure de destitution, l’impeachment, contre le président. La Cour suprême, enfin, veille à la constitutionnalité des lois. Ce système de freins et contrepoids était conçu par les Pères fondateurs, comme James Madison, pour éviter toute tyrannie.

Deux singularités majeures marquent ce système. D’abord, le fédéralisme. Les États fédérés (comme la Californie ou le Texas) disposent de pouvoirs très étendus en matière de police, de justice, d’éducation ou d’organisation des élections. Cela crée parfois des situations où les politiques diffèrent radicalement d’un État à l’autre, par exemple sur la peine de mort ou le droit à l’avortement. Ensuite, le système électoral est particulier. L’élection présidentielle se joue dans le Collège électoral, où chaque État dispose d’un nombre de grands électeurs proportionnel à sa population. Dans presque tous les États, la règle est « le vainqueur remporte tout ». Concrètement, cela signifie qu’un candidat peut devenir président en remportant la majorité des grands électeurs tout en ayant obtenu moins de voix au niveau national que son adversaire, comme ce fut le cas pour George W. Bush en 2000 face à Al Gore, et pour Donald Trump en 2016 face à Hillary Clinton. Ce système renforce l’importance des « swing states » (États pivots) comme la Pennsylvanie ou le Michigan, au détriment parfois de la représentation de la volonté populaire nationale.

Partie 2 : La polarisation politique et sociale, moteur de la crise démocratique

Si le système a des caractéristiques anciennes, le contexte dans lequel il évolue a radicalement changé. La démocratie américaine est aujourd’hui traversée par une polarisation intense, c’est-à-dire un fossé de plus en plus profond et hostile entre les deux grands partis, les démocrates et les républicains. Cette polarisation n’est pas seulement idéologique ; elle est aussi géographique, culturelle et médiatique. Les démocrates sont plus forts dans les métropoles littorales et les républicains dans les zones rurales et le cœur du pays. Les électeurs s’auto-ségrègent, vivant dans des quartiers, regardant des chaînes d’information (Fox News d’un côté, MSNBC de l’autre) et consommant des informations sur les réseaux sociaux dans des « bulles filtrantes » qui ne font que renforcer leurs convictions.

Cette polarisation a des conséquences directes sur le fonctionnement des institutions. Au Congrès, la coopération bipartisane est devenue rare. Les blocages (gridlock) sont fréquents, comme lors de la fermeture partielle de l’administration fédérale (shutdown) en 2018-2019 sous Trump, due à un désaccord sur le budget. La nomination des juges fédéraux, et surtout des juges à la Cour suprême, est devenue un champ de bataille politique hyper-partisan. La nomination d’Amy Coney Barrett en 2020, quelques semaines avant l’élection présidentielle, en est un exemple frappant, les républicains ayant refusé quatre ans plus tôt une nomination du président Obama au motif que c’était une année électorale.

Le point culminant de cette polarisation a été la remise en cause sans précédent de la légitimité électorale par le président sortant Donald Trump après sa défaite de novembre 2020. En répétant sans preuve que l’élection avait été « volée » par une fraude massive, il a alimenté la défiance d’une partie de l’électorat envers le processus démocratique. C’est cette colère qui a conduit des milliers de ses partisans à marcher sur le Capitole le 6 janvier 2021, pour tenter d’interrompre la certification officielle des résultats par le Congrès. L’assaut du Capitole n’était pas qu’un événement violent ; c’était un symbole de l’assaut contre une procédure fondamentale de la démocratie : la reconnaissance pacifique de la défaite électorale.

Partie 3 : Les institutions à l’épreuve : résilience et fragilités

Face à ces tensions, comment les institutions américaines ont-elles réagi ? L’événement du 6 janvier 2021 constitue un test crucial. Malgré la violence et l’intimidation, le processus institutionnel a finalement tenu. Dans la nuit, après la sécurisation du bâtiment, le Congrès a repris sa session et certifié la victoire de Joe Biden. Le système judiciaire, y compris des juges nommés par Trump, a rejeté les dizaines de recours intentés par l’équipe de Trump faute de preuves. La Cour suprême elle-même a refusé de s’en saisir. Cela montre une certaine résilience des garde-fous institutionnels et juridiques.

Cependant, les fragilités exposées sont profondes. L’assaut a révélé des failles sécurières mais aussi, et surtout, politiques. Une majorité des élus républicains au Congrès ont, même après les événements, voté contre la certification des résultats de certains États ou refusé de condamner clairement la remise en cause des élections. Cela interroge l’engagement d’une partie de la classe politique envers les normes démocratiques non écrites, comme l’acceptation des résultats. De plus, au niveau des États fédérés, de nombreuses lois ont été proposées ou adoptées depuis 2020, notamment en Géorgie ou au Texas, modifiant les règles de vote (accès aux urnes, vote par correspondance). Si leurs promoteurs parlent de sécurisation des élections, leurs détracteurs y voient une tentative de rendre le vote plus difficile pour des électeurs traditionnellement démocrates, notamment les minorités. Cette « guerre du vote » au niveau des États montre comment le fédéralisme peut aussi devenir un terrain de contestation des règles du jeu démocratique.

Conclusion : La démocratie américaine est donc bien à l’épreuve. Son système, ingénieux et stable historiquement, est soumis à un stress intense lié à une polarisation sociétale qui paralyse le compromis et alimente la défiance. L’assaut du Capitole du 6 janvier 2021 est le symptôme le plus spectaculaire de cette crise, qui remet en cause des normes fondamentales comme l’intégrité électorale et la loyauté envers les institutions. Pourtant, la certification finale du vote, le rôle des juges et la mobilisation d’une partie de la société civile ont aussi démontré la capacité de résistance du système. L’enjeu pour l’avenir est de savoir si les acteurs politiques sauront réinvestir ces institutions avec un esprit de compromis, ou si la logique de la polarisation l’emportera, affaiblissant durablement le modèle.

Ouverture : Cette tension entre les principes démocratiques et les forces de fragmentation ne concerne pas que les États-Unis. Elle invite à réfléchir, dans le cadre du thème sur la démocratie, à une question plus large : les démocraties libérales sont-elles partout en crise face à la montée des populismes et à la défiance ? L’étude d’autres régimes, comme certaines démocraties européennes confrontées à des défis similaires, permettrait de nuancer ce diagnostic et d’identifier les spécificités du cas américain.

📝 À retenir

Cette leçon t'a permis de comprendre les enjeux essentiels de ce thème du programme HGGSP. N'hésite pas à consulter les autres ressources pour approfondir.

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