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Les Lumières et la démocratie

**Cours : Les Lumières et la démocratie** **Accroche :** Imagine-toi au milieu du XVIIIe siècle. Au

Introduction

Cours : Les Lumières et la démocratie

Accroche : Imagine-toi au milieu du XVIIIe siècle. Autour de toi, des rois gouvernent par droit divin, la société est figée en ordres inégaux, et la liberté de penser est souvent muselée par la censure. Pourtant, dans les salons parisiens, les cafés londoniens ou à travers des livres clandestins, une poignée d’esprits brillants remet en cause l’ordre établi. Ce sont les philosophes des Lumières. Leur ambition ? Éclairer le monde par la raison et inventer un nouveau modèle politique. Leur héritage est colossal : il fonde en grande partie nos démocraties modernes. Mais comment, concrètement, des idées nées dans des livres ont-elles pu transformer radicalement l’exercice du pouvoir ?

Problématique : En quoi les penseurs des Lumières, à travers des concepts novateurs comme le contrat social et la séparation des pouvoirs, ont-ils posé les fondations intellectuelles des démocraties modernes ?

Introduction : Le XVIIIe siècle, siècle des Lumières, est un tournant décisif dans l’histoire politique de l’Europe. Face aux monarchies absolues, des philosophes comme Montesquieu, Rousseau et Voltaire entreprennent une critique rationnelle des systèmes en place. Leur objectif n’est pas seulement de dénoncer, mais de reconstruire. Ils imaginent les principes d’un gouvernement légitime, où le pouvoir émanerait des citoyens et serait exercé dans leur intérêt. En explorant leurs œuvres majeures, tu vas découvrir comment des notions abstraites sont devenues, avec la Révolution française de 1789 et au-delà, les piliers de nos constitutions. Nous allons suivre un cheminement en trois temps : d’abord, nous verrons comment ces penseurs ont sapé les fondements de l’absolutisme ; ensuite, nous analyserons les deux grands modèles de souveraineté qu’ils ont proposés ; enfin, nous étudierons les mécanismes concrets qu’ils ont imaginés pour protéger la liberté, aboutissant à l’idée révolutionnaire de séparation des pouvoirs.

I. Le socle critique : déconstruire l’absolutisme pour faire place à la raison

Pour construire un nouvel édifice politique, les Lumières ont d’abord dû déblayer le terrain, c’est-à-dire critiquer les fondements de la monarchie absolue de droit divin. Cette critique est portée par des figures emblématiques, dont Voltaire est l’archétype. Voltaire, de son vrai nom François-Marie Arouet (1694-1778), est un infatigable combattant pour la liberté de penser. Dans son Dictionnaire philosophique (1764) ou dans ses contes comme Candide (1759), il pourfend l’obscurantisme religieux et l’arbitraire du pouvoir. Son célèbre combat pour la réhabilitation de Jean Calas, un protestant injustement exécuté en 1762, est un exemple concret de son engagement : il dénonce l’injustice d’un système judiciaire inéquitable et intolérant. Son mot d’ordre, "Écrasez l’Infâme !", vise toutes les formes de fanatisme et de superstition qui étouffent la raison et justifient la tyrannie. Cette critique n’est pas seulement négative. En sapant le principe selon lequel le roi tient son pouvoir de Dieu (la théorie de la monarchie de droit divin, incarnée en France par Louis XIV), Voltaire et les autres philosophes préparent le terrain pour une nouvelle légitimité. Ils affirment que le pouvoir politique doit être soumis à l’examen critique, qu’il doit servir le bien commun et non les intérêts d’un seul, et qu’il doit garantir des droits naturels, comme la liberté et la propriété. Cette offensive intellectuelle crée un climat où il devient possible d’imaginer un pouvoir qui ne vient plus d’en haut (Dieu), mais d’en bas (les individus eux-mêmes).

II. Les deux voies de la souveraineté : la souveraineté nationale chez Montesquieu et la souveraineté populaire chez Rousseau

Une fois l’absolutisme critiqué, une question cruciale se pose : à qui doit appartenir le pouvoir souverain ? Deux réponses majeures, complémentaires et parfois rivales, émergent alors, incarnées par Montesquieu et Rousseau. Charles de Secondat, baron de Montesquieu (1689-1755), propose dans De l’esprit des lois (1748) une analyse comparative des régimes politiques. Il distingue la république (où le peuple a le pouvoir), la monarchie (où un seul gouverne par des lois fixes) et le despotisme (où un seul gouverne sans lois). Pour lui, le meilleur régime pour un État moderne comme la France serait une monarchie modérée. La souveraineté, ici, n’appartient pas directement au peuple dans son ensemble. Elle est exercée par des représentants, issus de la nation. C’est l’idée de souveraineté nationale. Le peuple, dans sa diversité, délègue son pouvoir à des corps intermédiaires (comme un parlement) qui le représentent. Montesquieu est ainsi un inspirateur clé du régime représentatif.

Jean-Jacques Rousseau (1712-1778), dans Du contrat social (1762), propose une vision plus radicale et démocratique. Pour lui, la seule légitimité possible vient d’un pacte fondateur, un contrat social. Chaque individu renonce à sa liberté naturelle pour obtenir une liberté civile, en se soumettant à la volonté générale. Cette "volonté générale" n’est pas la somme des intérêts particuliers, mais l’expression de l’intérêt commun. Ici, la souveraineté est populaire : elle appartient directement et indivisiblement à l’ensemble des citoyens. Ils ne peuvent pas la déléguer sans la aliéner. Rousseau imagine donc une démocratie directe, où les citoyens font les lois eux-mêmes, sur le modèle des cités antiques ou de certains cantons suisses de son époque. La différence est fondamentale : pour Montesquieu, le peuple élit des représentants ; pour Rousseau, en théorie, le peuple est le législateur. Ces deux modèles vont profondément influencer l’histoire : la souveraineté nationale inspirera les constitutions libérales de 1791 en France ou du système américain, tandis que la souveraineté populaire nourrira l’idéal jacobin de 1793 et, plus tard, les référendums dans les démocraties modernes.

III. Le mécanisme garant de la liberté : la séparation des pouvoirs, un héritage décisif

Imaginer qui détient le pouvoir est essentiel, mais cela ne suffit pas. Comment empêcher que ce pouvoir, même détenu par le peuple ou ses représentants, ne devienne à son tour tyrannique ? C’est à cette question que Montesquieu apporte une contribution décisive, peut-être la plus concrète et la plus durable des Lumières : la théorie de la séparation des pouvoirs. Observant le système politique anglais après son voyage outre-Manche, il théorise dans De l’esprit des lois que la liberté ne peut être préservée que si les trois fonctions principales de l’État sont exercées par des organes distincts et indépendants. Premièrement, le pouvoir législatif, qui fait les lois, doit être détenu par une assemblée représentative. Deuxièmement, le pouvoir exécutif, qui applique les lois et conduit la politique, doit revenir à un monarque ou à un gouvernement. Troisièmement, le pouvoir judiciaire, qui juge les infractions aux lois, doit être confié à des tribunaux indépendants. Le génie de Montesquieu est de voir que ces pouvoirs ne doivent pas seulement être séparés, mais aussi pouvoir se freiner et s’équilibrer mutuellement (c’est le système des "checks and balances"). Par exemple, l’exécutif peut avoir un droit de veto sur les lois, et le législatif peut contrôler l’action du gouvernement. Cette invention intellectuelle est capitale. Elle rompt avec la concentration de tous les pouvoirs dans les mains d’un seul (le despote) ou d’un seul corps (un parlement tout-puissant). Elle devient le principe architectural de la plupart des constitutions démocratiques modernes. Tu la retrouves très clairement dans la Constitution des États-Unis de 1787 (avec le Président, le Congrès et la Cour Suprême) et dans la Constitution française de la Ve République (1958), où le Président, le Parlement et l’autorité judiciaire ont des rôles distincts et des moyens de se contrôler.

Conclusion : En définitive, les philosophes des Lumières ont opéré une révolution intellectuelle qui a précédé et rendu possible les révolutions politiques. En critiquant l’absolutisme (Voltaire), en redéfinissant la source de la souveraineté (Montesquieu et Rousseau), et en inventant le mécanisme pratique pour garantir la liberté (la séparation des pouvoirs de Montesquieu), ils ont fourni la boîte à outils conceptuelle des démocraties modernes. Leurs idées, diffusées par l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, ont traversé l’Atlantique pour inspirer les Pères fondateurs américains (comme Jefferson et Madison) et ont enflammé les esprits des révolutionnaires français de 1789. La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen d’août 1789 est imprégnée de leur esprit, proclamant la souveraineté nationale, les droits naturels et la nécessité d’une séparation des pouvoirs. Leur héritage est donc vivant chaque fois que des citoyens votent, que des parlements débattent, ou que des juges indépendants protègent les individus contre l’arbitraire.

Ouverture : Cependant, cet héritage des Lumières n’a pas été sans ambiguïtés ni critiques. Le modèle démocratique qu’ils ont esquissé, notamment dans sa version représentative, est aujourd’hui confronté à de nouveaux défis : la défiance des citoyens, la montée des populismes, ou la complexité des décisions dans un monde globalisé. Par ailleurs, des penseurs du XIXe siècle, comme Karl Marx, ont reproché à cette démocratie libérale de masquer des rapports de domination économique. Ainsi, comprendre les fondements posés au XVIIIe siècle nous amène directement à réfléchir aux évolutions et aux tensions contemporaines de la démocratie, ce qui sera l’objet de notre prochaine séquence sur les démocraties face aux totalitarismes au XXe siècle.

📝 À retenir

Cette leçon t'a permis de comprendre les enjeux essentiels de ce thème du programme HGGSP. N'hésite pas à consulter les autres ressources pour approfondir.

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