Les nouveaux mouvements religieux — Religion et mondialisation (HGGSP Première)
Introduction
Depuis les années 1960-1970, le paysage religieux mondial a été profondément reconfiguré par l'émergence de centaines de nouvelles organisations spirituelles, souvent désignées sous le terme de « nouveaux mouvements religieux » (NMR). Ces groupes se distinguent des grandes religions institutionnelles par leur caractère récent, leur organisation souvent centrée sur un leader charismatique, et leur capacité à mobiliser des fidèles à travers les frontières nationales, notamment grâce aux outils de la mondialisation (médias, internet, migrations). Entre promesse de sens dans des sociétés sécularisées, ruptures avec les traditions établies et tensions avec les États, les NMR illustrent la complexité des rapports contemporains entre fait religieux, individu et puissance publique. Leur expansion soulève des questions sur les libertés fondamentales, la régulation par les États et les dérives sectaires. PROBLÉMATIQUE : Dans quelle mesure les nouveaux mouvements religieux, portés par la mondialisation, remettent-ils en cause les équilibres entre liberté religieuse et ordre public qu'ont construits les États modernes ?
1. Définir les nouveaux mouvements religieux : origines et diversité
2. La mondialisation comme vecteur d'expansion des NMR
3. Les réponses des États : entre tolérance, surveillance et interdiction
4. Enjeux contemporains : entre recomposition du croire et tensions géopolitiques
Conclusion
Les nouveaux mouvements religieux constituent un observatoire particulièrement révélateur des tensions qui traversent les sociétés contemporaines : entre aspiration individuelle à la spiritualité et protection collective contre les dérives, entre liberté de conscience garantie par les textes internationaux et légitimité des États à réguler des organisations susceptibles de nuire à leurs membres. Portés par la mondialisation des échanges et des technologies numériques, ils défient les cadres législatifs nationaux et révèlent l'hétérogénéité des modèles de régulation du religieux à l'échelle mondiale. L'étude des NMR invite ainsi à ne pas réduire le fait religieux contemporain à la seule question de l'islamisme ou des religions historiques, mais à prendre en compte la pluralisation et la fluidité croissantes du croire, qui sont elles-mêmes des produits de la mondialisation culturelle.
Points cles a retenir
- 1Les nouveaux mouvements religieux (NMR) sont des groupes spirituels apparus majoritairement après 1945, caractérisés par leur rupture avec les grandes traditions instituées et leur organisation souvent centrée sur un leader charismatique.
- 2La mondialisation (migrations, internet, médias transnationaux) est un vecteur décisif de l'expansion rapide des NMR à l'échelle planétaire, notamment pour le pentecôtisme et le mouvement charismatique (~584 millions de fidèles selon le Pew Research Center, 2011) et la Scientologie (présente dans 165 pays).
- 3Les États répondent de manière très diverse aux NMR : la France a adopté la loi About-Picard (loi n° 2001-504 du 12 juin 2001) qui crée le délit pénal de manipulation mentale (art. 223-15-2 CP) et prévoit la dissolution des personnes morales condamnées pour ces faits ; l'Allemagne surveille la Scientologie via les offices de protection de la Constitution (Verfassungsschutz, au niveau fédéral et des Länder) depuis 1997 ; les États-Unis lui accordent un statut d'organisation religieuse exonérée d'impôts depuis 1993.
- 4Le cas de l'Ordre du Temple Solaire (74 morts entre 1994 et 1997) et celui du Falun Gong (interdit en Chine à partir de juillet 1999 après le rassemblement d'avril 1999 devant Zhongnanhai) illustrent la diversité des formes de violence et de répression associées aux tensions entre NMR et États.
- 5La question des NMR s'inscrit dans une recomposition globale du religieux analysée notamment par Danièle Hervieu-Léger à travers le concept de « religion en miettes » (2001) et le « bricolage spirituel » — métaphore empruntée à Lévi-Strauss (*La Pensée sauvage*, 1962) et appliquée à la religion contemporaine par les sociologues des religions.
- 6L'article 18 de la Déclaration universelle des droits de l'homme (1948) protège la liberté de religion, mais son interprétation varie considérablement selon les États, générant des tensions diplomatiques (cas Chine / démocraties occidentales sur le Falun Gong).
Dates cles
Vocabulaire
Personnages cles
Sociologue britannique de la London School of Economics, fondatrice de l'organisation INFORM (Information Network Focus on Religious Movements, 1988), spécialiste des nouveaux mouvements religieux. Elle a popularisé le terme NMR pour remplacer le mot « secte » jugé trop connoté et a mené des recherches pionnières sur le processus de recrutement et d'endoctrinement au sein de ces groupes.
Sociologue française des religions (EHESS), auteure de « La Religion pour mémoire » (1993), « Le Pèlerin et le Converti » (1999) et « La Religion en miettes » (2001). Elle a analysé les recompositions religieuses contemporaines dans les sociétés sécularisées, notamment à travers les figures du pèlerin et du converti et le concept de « religion en miettes » désignant l'éclatement des appartenances confessionnelles traditionnelles.
Co-fondateur de l'Ordre du Temple Solaire avec Joseph Di Mambro en 1984. Médecin homéopathe belge présenté comme guide spirituel, il est l'une des figures centrales de la dérive sectaire la plus meurtrière impliquant des ressortissants français, suisses et canadiens dans les années 1990 (74 morts entre 1994 et 1997).
Fondateur du mouvement Falun Gong en Chine en 1992, combinant exercices de qi gong et enseignements moraux d'inspiration bouddhiste et taoïste. Établi aux États-Unis depuis 1998, il est au centre des tensions diplomatiques entre Pékin et les démocraties occidentales sur la liberté religieuse depuis l'interdiction du mouvement en juillet 1999.
