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Dépasser les frontières : le cas de l'Union européenne

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Introduction

Cours : Dépasser les frontières : le cas de l\'Union européenne

Accroche : Imagine que tu sois né à Strasbourg, que tu fasses tes études à Heidelberg en Allemagne, que tu trouves ton premier emploi à Luxembourg, et que tu partes en week-end à Milan sans même montrer ton passeport. Cette liberté de circuler, de travailler et de vivre dans 27 pays, c’est une réalité quotidienne pour des millions d’Européens. Pourtant, il y a moins d’un siècle, ces mêmes espaces étaient déchirés par des guerres et fermés par des frontières infranchissables. Comment et pourquoi l’Union européenne a-t-elle construit cet espace de liberté unique au monde ? Et quels défis ce dépassement des frontières fait-il aujourd’hui apparaître ?

Problématique : Dans quelle mesure la construction européenne constitue-t-elle un laboratoire exceptionnel du dépassement des frontières, à travers la libre circulation, l’espace Schengen, le marché unique et la citoyenneté européenne, et quelles sont les tensions que ce projet inédit génère ?

Introduction : La frontière, dans la tradition européenne, a longtemps été une ligne de souveraineté, de contrôle et parfois de conflit. Le projet européen, né des cendres de la Seconde Guerre mondiale, a inversé cette logique. Son ambition fondatrice, exprimée dès la Déclaration Schuman du 9 mai 1950, était de rendre la guerre "non seulement impensable, mais matériellement impossible" en créant une solidarité de fait. Pour y parvenir, il a fallu littéralement faire disparaître les frontières dans leur dimension économique, physique et même politique. Ce processus, graduel et toujours inachevé, a donné naissance à des concepts et des espaces uniques : la libre circulation, l’espace Schengen, le marché unique et la citoyenneté européenne. Nous allons explorer comment ces quatre piliers ont redéfini la géographie du continent, avant d’analyser les réussites et les fragilités de cet édifice sans équivalent.

Partie 1 : La libre circulation et Schengen : effacer les frontières physiques

Le premier niveau, le plus visible et le plus concret pour toi, est la suppression des contrôles aux frontières intérieures. Cette idée a germé progressivement. Le Traité de Rome de 1957 établissait déjà la libre circulation des travailleurs, mais les files d’attente aux postes-frontières restaient la norme. La véritable révolution arrive avec les accords de Schengen, signés en 1985 dans la petite ville luxembourgeoise du même nom, hors du cadre communautaire initial. Concrètement, cinq pays (France, Allemagne, Belgique, Pays-Bas, Luxembourg) décident de supprimer tous les contrôles à leurs frontières communes. Le système entre en vigueur en 1995. Son principe est simple : une frontière extérieure fortement contrôlée (avec la création de la base de données SIS, le Système d’Information Schengen) permet une liberté totale de mouvement à l’intérieur. Aujourd’hui, l’espace Schengen compte 27 pays, incluant des États non-membres de l’UE comme la Suisse ou la Norvège.

L’impact sur la vie des gens est immense. Prends l’exemple de la région frontalière de l’Eurodistrict Strasbourg-Ortenau. Des milliers de travailleurs frontaliers, les "frontaliers", traversent chaque jour le Rhin sans formalité. Des entreprises s’implantent des deux côtés, des universités créent des cursus intégrés. La frontière entre la France et l’Allemagne, symbole de trois guerres, devient une simple ligne sur une carte, un "trait d’union" plutôt qu’une barrière. Cette fluidité est le socle de l’intégration quotidienne. Cependant, cette liberté a été mise à rude épreuve, notamment lors de la crise migratoire de 2015 ou pendant la pandémie de Covid-19 en 2020. Des pays comme l’Autriche, l’Allemagne ou la France ont rétabli temporairement des contrôles aux frontières intérieures, montrant que cette conquête pouvait être réversible face à des chocs perçus comme des menaces pour la sécurité ou la santé publique.

Partie 2 : Le marché unique : abolir les frontières économiques

Supprimer les postes-frontières ne suffit pas. Pour créer un véritable espace intégré, il fallait aussi faire disparaître les "frontières invisibles" qui entravaient les économies : les droits de douane, les normes techniques différentes, les monopoles publics. C’est l’objectif du marché unique, achevé théoriquement en 1993 sous l’impulsion de Jacques Delors, alors président de la Commission européenne. Les quatre libertés fondamentales en sont le cœur : la libre circulation des marchandises (plus de droits de douane, harmonisation des normes), des services (un cabinet d’architectes français peut travailler en Pologne), des capitaux (tu peux investir facilement dans une entreprise italienne) et des personnes (dont nous avons parlé).

Regarde l’exemple du secteur des télécommunications. Avant le marché unique, France Télécom, Deutsche Telekom ou Telecom Italia étaient des monopoles nationaux. L’ouverture à la concurrence a permis à des opérateurs comme l’espagnol Telefónica ou le britannique Vodafone de s’implanter partout, faisant baisser les prix pour les consommateurs. Autre exemple concret : la directive sur la reconnaissance mutuelle des diplômes. Un ingénieur diplômé en Finlande peut faire valoir son titre en Grèce sans refaire ses études. Cette intégration économique profonde a boosté les échanges : aujourd’hui, près des deux tiers du commerce des pays membres de l’UE se font entre eux. Mais le marché unique est incomplet, notamment dans le secteur des services, et il génère des craintes, comme celle du dumping social – l’idée que des entreprises délocaliseraient leur production dans des pays à salaires plus bas, créant une concurrence "déloyale". Le "plombier polonais" fut un symbole de ce débat dans les années 2000.

Partie 3 : La citoyenneté européenne : vers un dépassement des frontières politiques ?

Le projet le plus ambitieux, car il touche à l’identité et à la souveraineté, est la création d’une citoyenneté européenne, introduite par le Traité de Maastricht en 1992. Elle est automatiquement accordée à toute personne ayant la nationalité d’un État membre. Concrètement, elle te donne des droits politiques transfrontaliers. Tu peux voter et être élu aux élections municipales et aux élections du Parlement européen dans ton pays de résidence, quel qu’il soit dans l’UE. Si tu te trouves en dehors de l’Union, tu as droit à une protection consulaire de la part de l’ambassade de n’importe quel État membre si le tien n’est pas représenté. Tu peux aussi adresser des pétitions au Parlement européen ou saisir le Médiateur européen.

Prends le cas d’une étudiante portugaise qui vit à Berlin. Elle peut voter pour choisir le maire de Berlin, et en juin 2024, elle a voté pour élire les députés allemands au Parlement européen. Ces droits construisent une appartenance politique qui dépasse le cadre national. La Cour de Justice de l’Union Européenne (CJUE) a joué un rôle clé en renforçant ces droits, par exemple en garantissant l’accès aux prestations sociales dans le pays d’accueil sous certaines conditions. Pourtant, la citoyenneté européenne reste une citoyenneté de superposition. Elle ne remplace pas la citoyenneté nationale, elle s’y ajoute. Son contenu est limité comparé aux prérogatives des États (la défense, la justice pénale, la fiscalité restent largement nationales). Et surtout, le sentiment d’appartenance à l’Europe est variable. Les "Européens" se sentent souvent d’abord Français, Allemands ou Italiens. La frontière politique et identitaire nationale reste profondément ancrée.

Conclusion : L’Union européenne a donc réalisé une entreprise géopolitique unique : déconstruire méthodiquement les frontières pour pacifier et unifier le continent. Schengen a aboli la frontière physique, le marché unique a dissous la frontière économique, et la citoyenneté européenne entame, timidement, le dépassement de la frontière politique. Ce modèle fonctionne : il a garanti la paix, accru la prospérité et offert des libertés inédites. Mais il révèle aussi ses vulnérabilités. Les frontières, loin d’avoir disparu, se sont déplacées et transformées. Elles réapparaissent en période de crise (migratoire, sanitaire). La frontière extérieure de l’UE est devenue un enjeu brûlant de souveraineté et de contrôle. Et la frontière identitaire, celle du "nous" européen, reste floue et contestée. L’Europe est ainsi un laboratoire où l’on observe que dépasser les frontières ne signifie pas les faire disparaître, mais les reconfigurer en permanence, dans un équilibre toujours fragile entre ouverture et protection, intégration et souveraineté.

Ouverture : Ce modèle européen de dépassement des frontières est-il exportable ? On peut s’interroger en le comparant à d’autres tentatives d’intégration régionale dans le monde, comme le MERCOSUR en Amérique du Sud ou l’Union africaine. Ces organisations cherchent aussi à faciliter les échanges et la circulation, mais elles n’ont pas poussé la logique aussi loin que l’UE, notamment sur le plan politique. Cela nous amène à réfléchir aux conditions nécessaires pour qu’un tel projet aboutisse : un héritage historique commun, un niveau de développement économique convergent, et surtout une volonté politique partagée de fusionner une partie de sa souveraineté. L’étude de l’UE nous montre ainsi que les frontières sont moins des données naturelles que des constructions politiques, qui peuvent être, à force de volonté, profondément transformées.

📝 À retenir

Cette leçon t'a permis de comprendre les enjeux essentiels de ce thème du programme HGGSP. N'hésite pas à consulter les autres ressources pour approfondir.

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