Environnement, source de conflits15 min de lectureTerminale

Conséquences géopolitiques du changement climatique

Réfugiés climatiques, tensions, adaptations

Introduction

Leçon HGGSP Terminale : Les conséquences géopolitiques du changement climatique

ACCROCHE : Une situation concrète pour capter l’attention

Imagine-toi vivre sur une petite île du Pacifique, comme Kiribati ou les Maldives. Ton quotidien, c’est le bruit des vagues et une culture profondément liée à l’océan. Mais depuis quelques années, cette même mer qui te nourrit devient une menace existentielle. Avec la montée des eaux due à la fonte des glaciers, les marées hautes inondent régulièrement les terres, salinisent les puits d’eau douce et rongent le littoral. Le président de Kiribati a même acheté des terres aux Fidji pour, un jour peut-être, déplacer toute sa population. Voilà une réalité brutale : le changement climatique n’est pas qu’une courbe abstraite de températures, c’est un facteur de déstabilisation qui redessine déjà la carte des enjeux de puissance, des conflits et des migrations. C’est cette transformation profonde du monde que nous allons décrypter aujourd’hui.

Face à ce bouleversement environnemental sans précédent, une question centrale se pose : en quoi le changement climatique, en exacerbant les vulnérabilités et les compétitions pour les ressources, devient-il un multiplicateur de menaces et un facteur de recomposition géopolitique à l’échelle mondiale ? Nous allons voir qu’il agit comme un catalyseur, accélérant et complexifiant des dynamiques de tensions, de déplacements humains et de recompositions stratégiques.

Première partie : Les « réfugiés climatiques », une nouvelle donne migratoire et un défi juridique majeur

Tu vas voir que la question des déplacements humains liés au climat est peut-être la conséquence la plus directe et la plus humaine de ce bouleversement. On parle souvent de « réfugiés climatiques », mais il faut être précis : ce terme n’existe pas en droit international. La Convention de Genève de 1951 protège les réfugiés persécutés, pas les personnes fuyant un environnement dégradé. C’est toute la difficulté. Concrètement, ces déplacements prennent plusieurs formes. Il y a les migrations soudaines, après un événement extrême comme le cyclone Idai qui a dévasté le Mozambique en 2019, déplaçant des centaines de milliers de personnes en quelques jours. Et il y a les migrations lentes, plus insidieuses, comme celles des populations du Sahel où la désertification et l’insécurité alimentaire poussent les communautés rurales vers les villes ou vers les pays côtiers.

Prenons l’exemple très concret du Bangladesh. Ce pays densément peuplé est à la fois frappé par la montée des eaux dans le delta du Gange et par la fonte des glaciers de l’Himalaya qui provoque des crues monstres. Des millions de personnes sont déjà déplacées à l’intérieur du pays, créant des tensions foncières et sociales dans les villes d’accueil comme Dacca. Une partie de cette migration se dirige aussi vers l’Inde voisine, alimentant des tensions politiques et xénophobes, notamment dans l’État frontalier de l’Assam. L’acteur principal ici, c’est donc l’individu contraint de partir, mais aussi les États, souvent du Sud, qui doivent gérer ces flux internes sans cadre juridique ni financements adaptés. La notion clé ici est celle de migration environnementale, qui englobe ces déplacements forcés, qu’ils soient internes ou transfrontaliers, sans pour autant bénéficier d’une protection juridique spécifique.

Deuxième partie : Le climat, multiplicateur de tensions et accélérateur de conflits

Maintenant, regardons comment le climat agit comme un démultiplicateur de conflits existants ou comme un déclencheur de nouvelles rivalités. Il ne cause pas directement la guerre, mais il exacerbe les faiblesses des États et les compétitions pour des ressources qui se raréfient. Prenons le cas emblématique de la Syrie. Entre 2006 et 2010, le pays a connu la pire sécheresse de son histoire moderne, provoquant l’effondrement des récoltes et la ruine de centaines de milliers d’agriculteurs dans le nord-est. Cette population appauvrie et déracinée a migré vers les périphéries des grandes villes, comme Deraa ou Homs, où les services publics étaient déjà saturés. Cette marginalisation sociale et économique a créé un terreau fertile pour le mécontentement, qui a ensuite explosé en 2011. Des chercheurs comme le climatologue français Jean Jouzel insistent sur ce point : la sécheresse n’a pas causé la guerre civile, mais elle a été un facteur de déstabilisation majeur qui a précipité la crise.

Autre exemple stratégique : l’Arctique. La fonte accélérée de la banquise, vue par les scientifiques comme une catastrophe, est perçue par certains États comme une opportunité économique et géostratégique. L’ouverture de nouvelles voies maritimes (le passage du Nord-Ouest et la route maritime du Nord) et l’accès à des ressources en hydrocarbures et minerais jusqu’alors inexploitables attisent les convoitises. La Russie, qui a fortement militarisé sa côte arctique et y a rouvert des bases soviétiques, revendique une extension de son plateau continental. Les États-Unis, le Canada, le Danemark (via le Groenland) et la Norvège affirment aussi leurs droits. On voit ici émerger une géopolitique des pôles, où la compétition pour les ressources et le contrôle des routes se superpose à une logique de souveraineté nationale, le tout sur fond de transformation écologique radicale.

Troisième partie : Les adaptations stratégiques et la recomposition des rapports de force

Face à ces menaces, les acteurs ne restent pas passifs. Ils s’adaptent, et ces adaptations dessinent une nouvelle géopolitique. Il y a d’abord l’adaptation défensive, souvent inégalitaire. Les pays riches se barricadent. La construction de digues géantes, comme celles des Pays-Bas ou le projet MOSE à Venise, en est le symbole. Mais l’adaptation la plus discutée est militaire. Les armées intègrent le climat dans leur planification. Le Pentagone aux États-Unis qualifie le changement climatique de « multiplicateur de menace » depuis les années 2000 et adapte ses bases côtières face à la montée des eaux. En France, le Ministère des Armées publie régulièrement des rapports sur les implications stratégiques du climat.

Ensuite, il y a l’adaptation sous forme de coopération et de recherche de leadership. L’Accord de Paris de 2015 est le cadre majeur de cette gouvernance climatique globale. Mais derrière les déclarations communes, c’est une bataille d’influence qui se joue. La Chine, premier émetteur mondial, se présente désormais en champion du climat (avec des investissements massifs dans le solaire et l’éolien) pour asseoir son leadership diplomatique, face à une Union européenne qui a fait de la transition écologique son marqueur identitaire et à des États-Unis dont la position varie au gré des administrations. Enfin, l’adaptation peut aussi être un business. Le développement des technologies vertes (green tech) et la finance verte sont devenus des enjeux de compétitivité économique majeurs. Celui qui dominera ces secteurs détiendra une forme de puissance pour le XXIe siècle. La notion d’anthropocène est utile ici : nous sommes entrés dans une ère où l’humanité est devenue la force géologique principale, et les choix politiques et technologiques que nous faisons pour nous y adapter définissent les nouveaux rapports de force.

NOTIONS CLÉS à maîtriser

Nous avons croisé plusieurs notions essentielles qu’il faut absolument maîtriser. La migration environnementale décrit les déplacements liés à des dégradations lentes ou des catastrophes soudaines. La géopolitique des pôles illustre la compétition pour les ressources et les routes dans des espaces rendus accessibles par le réchauffement. L’anthropocène est ce concept qui nous invite à penser l’imbrication totale des systèmes humains et terrestres. Enfin, la notion de multiplicateur de menace, empruntée au jargon stratégique, est fondamentale pour analyser comment le climat agit comme un accélérateur de crises préexistantes.

📝 À retenir

Cette leçon t'a permis de comprendre les enjeux essentiels de ce thème du programme HGGSP. N'hésite pas à consulter les autres ressources pour approfondir.

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