Environnement, source de conflits15 min de lectureTerminale

Énergie et conflits environnementaux

Pétrole, gaz, transition énergétique et tensions géopolitiques

Introduction

Leçon HGGSP Terminale : Énergie et conflits environnementaux

ACCROCHE : Le détroit d’Ormuz, une artère vitale sous tension

Imagine une voie maritime large d’à peine 50 kilomètres. Chaque jour, près de 20 millions de barils de pétrole, soit environ 20% de la consommation mondiale, y transitent à bord de superpétroliers. Ce goulet d’étranglement, c’est le détroit d’Ormuz, contrôlé par l’Iran et le sultanat d’Oman. En 2019, des attaques contre des pétroliers, attribuées à Téhéran, ont fait grimper les prix du brut et rappelé au monde entier à quel point notre dépendance aux hydrocarbures peut être un facteur de crise majeur. Cet exemple n’est pas un cas isolé. De la mer de Chine méridionale à l’Arctique, en passant par le Sahel, l’accès, le contrôle et l’exploitation des ressources énergétiques sont au cœur de rivalités de pouvoir et de conflits, qu’ils soient diplomatiques, économiques ou militaires. Aujourd’hui, avec la transition énergétique, de nouvelles cartes se redistribuent, créant de nouvelles tensions. C’est ce lien complexe et puissant entre énergie, environnement et géopolitique que nous allons décortiquer.

Alors, comment la quête des ressources énergétiques, hier fossiles et aujourd’hui renouvelables ou stratégiques, structure-t-elle les rivalités de pouvoir et les conflits à l’échelle mondiale ?

Première partie : Le pétrole et le gaz, ressources fossiles et moteurs historiques des conflits

Pendant tout le XXe siècle et encore aujourd’hui, le pétrole et, dans une moindre mesure, le gaz naturel, ont été les ressources stratégiques par excellence. Ils sont l’oxygène des économies industrielles et le sang des armées. Cette importance vitale en a fait un enjeu de conflits permanents. Tu vas voir que ces conflits peuvent prendre plusieurs formes. La première est la guerre directe pour le contrôle des gisements. L’exemple le plus frappant reste l’invasion du Koweït par l’Irak de Saddam Hussein en 1990. La motivation était clairement de s’emparer des immenses réserves koweïtiennes pour dominer l’OPEP et assainir les finances irakiennes. La réponse de la communauté internationale, via la guerre du Golfe de 1991, visait à restaurer l’ordre pétrolier mondial et à préserver l’accès des économies occidentales à cette ressource. Concrètement, cela signifie que la souveraineté d’un État a été violée pour du pétrole, et que la réaction internationale a été motivée par la même raison.

Au-delà des guerres ouvertes, les hydrocarbures alimentent des conflits d’influence et des instabilités chroniques. Prends le cas du Tchad ou du Soudan. La découverte de pétrole dans les années 2000 n’a pas apporté la paix et le développement espérés, bien au contraire. Elle a exacerbé les tensions entre le pouvoir central et les régions productrices, comme le Darfour, aiguisé les appétits des compagnies internationales et des pays voisins, et souvent financé des groupes armés. On parle alors de « malédiction des ressources » ou de « paradoxe de l’abondance » : au lieu de profiter à toute la population, la rente pétrolière corrompt les élites, affaiblit les autres secteurs économiques et entretient la violence pour son contrôle. Enfin, n’oublions pas les conflits liés aux routes d’approvisionnement, comme celui du détroit d’Ormuz évoqué en accroche, ou les tensions en mer de Chine méridionale, où les revendications territoriales sur des îlots sont aussi motivées par les potentielles réserves d’hydrocarbures sous-marines.

Deuxième partie : La transition énergétique, nouvelle donne et source de tensions émergentes

Aujourd’hui, la donne change avec l’urgence climatique et la transition énergétique. On pourrait croire que sortir des énergies fossiles apaiserait les conflits. En réalité, la transition déplace et complexifie les rivalités. D’abord, elle crée une course aux matières premières critiques indispensables aux technologies vertes. Par exemple, les batteries des voitures électriques et le stockage des énergies renouvelables nécessitent du lithium, du cobalt, du nickel ou des terres rares. Or, la production de ces minerais est très concentrée géographiquement. La République Démocratique du Congo produit plus de 70% du cobalt mondial, et la Chine raffine près de 90% des terres rares. Cette concentration crée de nouvelles dépendances stratégiques. L’Union européenne et les États-Unis parlent désormais de « souveraineté » ou de « sécurité » des approvisionnements en métaux critiques, et cherchent activement à diversifier leurs sources, parfois au détriment de normes sociales ou environnementales dans les pays producteurs.

Ensuite, la transition énergétique redistribue les cartes de la puissance entre États. Les pays exportateurs de pétrole, comme l’Arabie Saoudite, la Russie ou les Émirats Arabes Unis, voient à long terme leur influence géopolitique menacée. Ils tentent donc de s’adapter en investissant massivement dans les énergies renouvelables (comme l’énorme projet solaire NEOM en Arabie Saoudite) ou dans l’hydrogène « vert », pour rester des acteurs énergétiques majeurs. À l’inverse, des pays disposant d’un grand potentiel en énergies renouvelables (ensoleillement, vent, hydroélectricité) voient leur importance stratégique augmenter. Le Maroc, avec ses immenses centrales solaires, ou le Chili, avec son lithium et son potentiel solaire, en sont des exemples. La transition crée donc de nouveaux « gagnants » et « perdants » potentiels, ce qui est toujours une source de réajustements et de frictions dans les relations internationales.

Troisième partie : Les conflits environnementaux : quand la rareté et la pollution déclenchent des crises

Enfin, il faut aborder les conflits directement liés aux impacts environnementaux de l’exploitation énergétique. Ce sont des conflits environnementaux au sens strict. Le premier type est lié à la rareté. La construction de méga-barrages pour la production hydroélectrique peut priver des populations en aval d’accès à l’eau, déclenchant des tensions transfrontalières. Le barrage de la Renaissance sur le Nil Bleu, construit par l’Éthiopie, est un cas d’école. L’Égypte, en aval, dépend à plus de 90% des eaux du Nil pour son agriculture et sa population. Elle considère ce barrage comme une menace existentielle, ce qui a conduit à des années de diplomatie tendue et de menaces voilées, illustrant le concept de « hydro-politique » ou de guerre de l’eau.

Le deuxième type de conflit environnemental naît des pollutions et des dégradations locales. L’exploitation du pétrole dans le delta du Niger au Nigeria a provoqué des marées noires à répétition, contaminant les sols et les eaux, détruisant les moyens de subsistance des communautés de pêcheurs et d’agriculteurs. Cette situation a alimenté un cycle de violences : manifestations pacifiques réprimées, puis montée en puissance de groupes militants armés comme le MEND (Mouvement pour l’émancipation du delta du Niger) qui sabotent les pipelines et kidnappent des employés des compagnies pétrolières. Ici, le conflit est à la fois social, économique et environnemental. Il oppose des populations locales, des multinationales et un État souvent perçu comme complice. Ces conflits locaux peuvent avoir des répercussions globales en perturbant la production et en attirant l’attention des ONG et des médias internationaux.

NOTIONS CLÉS à maîtriser

À travers ces exemples, plusieurs notions clés du programme émergent et s’entrecroisent. La ressource stratégique (pétrole hier, métaux critiques aujourd’hui) est un bien dont le contrôle confère puissance et influence. La souveraineté des États est constamment challengée, que ce soit par des ingérences pour sécuriser du pétrole, par des dépendances à de nouvelles matières premières, ou par des projets (barrages) qui affectent des ressources partagées. La géopolitique est justement cette étude des rivalités de pouvoir sur des territoires, et l’énergie en est un moteur fondamental. Enfin, le concept de conflit environnemental nous permet de saisir comment la dégradation de l’environnement ou la compétition pour des ressources naturelles devenues rares deviennent des causes directes de tensions sociales et politiques, à différentes échelles.

📝 À retenir

Cette leçon t'a permis de comprendre les enjeux essentiels de ce thème du programme HGGSP. N'hésite pas à consulter les autres ressources pour approfondir.

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