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La Chine, nouvelle puissance spatiale et numérique

**Accroche :** Imagine que tu es en train de regarder une retransmission en direct. Ce n’est pas un

Introduction

Accroche : Imagine que tu es en train de regarder une retransmission en direct. Ce n’est pas un décollage de Cap Canaveral ou de Baïkonour, mais depuis le désert de Gobi, en Chine. Une fusée Longue Marche s’arrache du sol, emportant vers la Lune la sonde Chang’e. Pendant ce temps, à des milliers de kilomètres de là, dans un data center ultra-moderne de Shenzhen, des algorithmes d’intelligence artificielle traitent des milliards de données. Ces deux scènes, spatiale et numérique, sont les deux faces d’une même réalité : l’affirmation de la Chine comme puissance du XXIe siècle. Comment la Chine utilise-t-elle la conquête spatiale et la révolution numérique pour construire sa puissance et redessiner les équilibres mondiaux ?

Problématique : En quoi les ambitions spatiales et numériques de la Chine sont-elles des instruments au service de sa puissance, tant sur le plan stratégique et militaire qu’économique et géopolitique ?

Introduction : Depuis le début du XXIe siècle, la Chine a opéré un virage spectaculaire. Longtemps perçue comme « l’atelier du monde », elle ne se contente plus de fabriquer : elle innove, conquiert et connecte. Son programme spatial, autrefois discret, rivalise désormais avec ceux de la NASA et de Roscosmos. Parallèlement, à travers sa « Route de la Soie Numérique », elle exporte ses technologies et ses standards, tissant une toile d’influence globale. Ces deux domaines – l’espace extra-atmosphérique et le cyberespace – sont les nouveaux terrains où se joue la compétition entre grandes puissances. Pour la Chine, ils représentent bien plus que des prouesses techniques : ce sont des leviers essentiels pour assurer sa sécurité, stimuler son économie et projeter son modèle.

Première partie : Le programme spatial chinois, une ambition d’État totale

Le programme spatial chinois n’est pas le fruit du hasard ou d’initiatives privées ; c’est un projet d’État, planifié et financé massivement depuis des décennies, avec des objectifs clairs : prestige international, autonomie stratégique et applications militaires. Tout commence réellement en 2003, quand Yang Liwei devient le premier « taïkonaute » chinois, faisant de la Chine la troisième nation à envoyer un homme dans l’espace par ses propres moyens. Cet événement fondateur a une portée symbolique immense : il annonce au monde que la Chine a rattrapé son retard.

Mais l’ambition ne s’arrête pas là. La Chine a méthodiquement construit un programme complet. D’abord, avec sa propre station spatiale, Tiangong (« Palais Céleste »), dont le premier module a été lancé en 2021. Alors que la Station Spatiale Internationale (ISS) vieillit et que la Chine en était exclue pour des raisons politiques, Pékin a choisi l’autonomie. Aujourd’hui, Tiangong est la seule station habitée en orbite avec l’ISS, un symbole fort de souveraineté technologique.

Le deuxième volet, le plus médiatique, est l’exploration lunaire. La série des sondes Chang’e (déesse de la Lune dans la mythologie chinoise) est exemplaire. Après plusieurs missions orbitales et d’alunissage, Chang’e 4 a réalisé en janvier 2019 un exploit historique : le premier alunissage en douceur sur la face cachée de la Lune. Puis, en 2020, Chang’e 5 a rapporté sur Terre des échantillons de sol lunaire, une première depuis les missions soviétiques des années 1970. L’objectif à moyen terme est clair : établir une base lunaire habitée, en coopération avec la Russie, dans les années 2030. La Lune n’est pas qu’un objectif scientifique ; c’est un réservoir potentiel de ressources (comme l’hélium-3 pour la fusion nucléaire) et une position stratégique pour l’avenir.

Enfin, il ne faut jamais oublier la dimension duale – civile et militaire – de ce programme. Les lanceurs Longue Marche servent aussi à placer en orbite des satellites d’observation, de renseignement et de communication militaires. La Chine a également testé des armes anti-satellites, comme en 2007 lorsqu’elle a détruit un de ses propres satellites météo, créant des milliers de débris. Ce test a envoyé un message clair à Washington : l’espace est un champ de bataille potentiel, et la Chine a les moyens de menacer les « yeux » et les « oreilles » de ses adversaires, dont les armées dépendent crucialement des satellites. Concrètement, la maîtrise de l’espace permet à la Chine de sécuriser ses communications, de guider avec précision ses missiles et de surveiller les mouvements de navires en mer de Chine méridionale.

Deuxième partie : La « Route de la Soie Numérique », ou la projection de puissance par les données

Si la conquête spatiale vise le haut, la stratégie numérique, elle, s’étend à l’horizontal, à l’échelle de la planète. Tu as certainement entendu parler des « Nouvelles Routes de la Soie » (Belt and Road Initiative), ce vaste projet d’infrastructures terrestres et maritimes lancé en 2013. Mais sa composante numérique est tout aussi cruciale, bien que moins visible. La « Route de la Soie Numérique » consiste à exporter l’écosystème technologique chinois : des câbles sous-marins de fibre optique aux data centers, en passant par les normes de la 5G et les applications mobiles.

Le champion incontesté de cette stratégie est le géant Huawei. En développant une technologie 5G avancée et moins chère que celle de ses concurrents occidentaux (Nokia, Ericsson), Huawei a remporté des contrats dans de nombreux pays d’Afrique, d’Amérique latine, et même en Europe (malgré les pressions américaines). Pourquoi est-ce si stratégique ? Parce que la 5G n’est pas qu’un réseau mobile plus rapide ; c’est l’épine dorsale des villes intelligentes, des usines connectées et de l’Internet des objets. En fournissant l’infrastructure, la Chine influence les standards techniques et crée une dépendance. Les craintes des États-Unis portent sur la possibilité d’espionnage ou de coupure délibérée via des « portes dérobées » dans les équipements.

Au-delà des infrastructures, la Route de la Soie Numérique, c’est aussi l’exportation des applications et des modèles économiques. Prends l’exemple de TikTok (Douyin en Chine), l’application de vidéos courtes de ByteDance, qui a conquis la planète. Ou encore des super-applications comme WeChat, qui intègrent paiement, messagerie, réservation et services gouvernementaux en un seul outil. Ces plateformes génèrent des masses de données colossales et façonnent les usages. Enfin, des projets comme le « Cloud Computing Corridor » visent à créer un réseau de data centers le long des Routes de la Soie, stockant et traitant localement les données des pays partenaires. Cela donne à la Chine un accès privilégié à des données qui sont le pétrole du XXIe siècle, tout en permettant à Pékin de promouvoir son modèle de « cyber-souveraineté », où l’État garde un contrôle strict sur le flux d’informations, à l’opposé du modèle libéral occidental.

Troisième partie : Les moteurs et les limites d’une double conquête

Pour comprendre la rapidité de cette ascension, il faut en identifier les moteurs. Le premier est évidemment la volonté politique et les financements étatiques colossaux. Le Plan « Made in China 2025 », lancé en 2015, identifie précisément les secteurs de haute technologie (aérospatial, informatique, robotique) où le pays veut atteindre l’autosuffisance et le leadership mondial. Le spatial et le numérique en sont les piliers. Le deuxième moteur est la synergie entre le secteur public, les géants privés (comme Tencent, Alibaba) et les laboratoires de recherche. Cette « trinité » fonctionne sous l’égide du Parti communiste chinois, qui oriente les priorités nationales.

Le troisième moteur est le marché intérieur immense, qui sert de terrain d’expérimentation et génère des économies d’échelle. Les centaines de millions d’utilisateurs chinois de smartphones permettent de tester et d’améliorer les services numériques avant de les exporter. En spatial, les retombées technologiques (matériaux, miniaturisation, intelligence artificielle pour l’analyse des données) profitent directement à l’industrie civile et militaire.

📝 À retenir

Cette leçon t'a permis de comprendre les enjeux essentiels de ce thème du programme HGGSP. N'hésite pas à consulter les autres ressources pour approfondir.

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