Science et désinformation
En 2021, une étude du MIT révélait que les fausses informations se propagent six fois plus vite que les informations vérifiées sur les réseaux sociaux. Comment expliquer ce paradoxe à l'ère de l'information instantanée ? La production et la diffusion des connaissances scientifiques ont connu une révolution avec l'avènement d'Internet et des réseaux sociaux dans les années 2000. Alors que l'accès à l'information n'a jamais été aussi démocratisé, on observe simultanément une montée en puissance des discours remettant en cause les consensus scientifiques établis. Ce phénomène s'inscrit dans un contexte de crise de confiance envers les institutions traditionnelles et d'individualisation des sources d'information, particulièrement marqué depuis les années 2010 avec l'explosion des plateformes numériques. Dans quelle mesure les mécanismes de production et de diffusion des connaissances scientifiques sont-ils affectés par la montée des phénomènes de désinformation, et quelles stratégies peuvent être mises en œuvre pour préserver l'intégrité du savoir scientifique ?
1I. Les formes contemporaines de la désinformation scientifique
La désinformation scientifique revêt aujourd'hui des formes variées qui exploitent les spécificités des nouveaux médias. Ces phénomènes ne se limitent pas à de simples erreurs mais constituent des stratégies organisées de contestation des savoirs établis.
Points cles
- A. Le climato-scepticisme : une contestation structurée
- B. Le mouvement antivax : de l'opposition historique à la viralité numérique
2II. Les mécanismes de propagation de la désinformation scientifique
La viralité des contenus pseudoscientifiques s'explique par des mécanismes psychosociaux précis et par l'architecture technique des plateformes numériques qui favorisent leur diffusion.
Points cles
- A. Les biais cognitifs et les communautés épistémiques fermées
- B. L'économie de l'attention et la monétisation de la désinformation
3III. Les réponses institutionnelles et citoyennes face à la désinformation
Face à la montée de la désinformation scientifique, une pluralité d'acteurs développent des stratégies de vérification, d'éducation et de régulation pour préserver l'intégrité de l'espace informationnel.
Points cles
- A. Le fact-checking institutionnel et l'éducation aux médias
- B. La régulation des plateformes et les initiatives citoyennes
Synthese
Point clé 1 : Le climato-scepticisme s'est structuré dès les années 1990 autour de financements industriels, avec des think tanks produisant des études biaisées pour contester le consensus scientifique du GIEC. Point clé 2 : Le mouvement antivax a connu une transformation radicale avec Internet, passant de 31% de méfiance envers les vaccins en France en 2018 à plus de 900 contenus antivax identifiés pendant la première année de la pandémie de COVID-19. Point clé 3 : Les algorithmes des plateformes comme YouTube amplifient la désinformation en recommandant des contenus de plus en plus radicaux, créant des bulles informationnelles où 70% des partages se font en circuit fermé. Point clé 4 : Le fact-checking professionnel s'est institutionnalisé avec des organisations comme l'AFP qui a produit plus de 3 000 vérifications sur la COVID-19 entre 2020 et 2022, appliquant des méthodologies rigoureuses de vérification. Point clé 5 : La régulation évolue avec le Digital Services Act européen de 2022 qui impose aux grandes plateformes des obligations de transparence sous peine d'amendes pouvant atteindre 6% de leur chiffre d'affaires mondial.
