La gouvernance d'Internet
En 2016, le gouvernement américain a officiellement transféré la supervision de l'ICANN à la communauté internationale, mettant fin à près de 20 ans de contrôle direct des États-Unis sur les noms de domaine. Cet événement historique soulève une question fondamentale : qui gouverne réellement Internet ? Internet, né dans les années 1960 avec le projet ARPANET du département américain de la Défense, s'est progressivement transformé d'un réseau militaire à usage restreint en un espace mondialisé essentiel à l'économie et à la société. Depuis la commercialisation du web dans les années 1990, sa gouvernance est devenue un enjeu géopolitique majeur, opposant différentes visions : celle d'un Internet unique et ouvert défendu par les démocraties occidentales, et celle d'un Internet fragmenté selon les souverainetés nationales, promue par des États autoritaires comme la Chine ou la Russie. La gouvernance d'Internet concerne à la fois des aspects techniques (attribution des adresses IP, gestion des noms de domaine), économiques (neutralité du net, régulation des GAFAM) et politiques (liberté d'expression, cybersécurité). Dans quelle mesure la gouvernance d'Internet, entre modèle multipartite et souveraineté numérique, constitue-t-elle un enjeu géopolitique majeur pour le contrôle de la connaissance et l'exercice du pouvoir au XXIe siècle ?
1I. Le modèle historique de gouvernance : entre contrôle américain et idéal multipartite
La gouvernance d'Internet s'est historiquement construite autour d'un modèle technique et décentralisé, initialement dominé par les États-Unis, avant d'évoluer vers une gouvernance dite « multipartite » impliquant divers acteurs.
Points cles
- A. L'ICANN et le contrôle historique américain sur les ressources critiques
- B. L'émergence du modèle multipartite et ses limites
2II. Les grands débats contemporains : neutralité du net, régulation et fragmentation
Au-delà de l'architecture technique, la gouvernance d'Internet est traversée par des débats politiques et économiques majeurs qui façonnent son avenir.
Points cles
- A. La bataille pour la neutralité du net et la régulation des plateformes
- B. La fragmentation (ou « balkanisation ») d'Internet : un risque géopolitique croissant
3III. Internet, un espace de conflits et de coopérations géopolitiques
La gouvernance d'Internet est devenue un théâtre où s'expriment les rivalités de puissance, mais aussi un terrain nécessaire de coopération internationale face à des défis communs.
Points cles
- A. La cybersécurité : un enjeu de conflit et de dissuasion
- B. Les coopérations nécessaires : lutte contre la cybercriminalité et gouvernance des données
Synthese
Point clé 1 : La gouvernance technique d'Internet, historiquement dominée par les États-Unis via l'ICANN, a évolué vers un modèle multipartite contesté par des États comme la Chine et la Russie qui défendent un contrôle intergouvernemental. Point clé 2 : Le principe de neutralité du net et la régulation des géants du numérique (GAFAM) sont au cœur de débats politiques majeurs, avec des approches divergentes entre l'UE régulatrice et les États-Unis plus libéraux. Point clé 3 : La fragmentation ou « balkanisation » d'Internet, illustrée par le Grand Firewall chinois et les lois de souveraineté numérique russe, menace l'idéal d'un réseau mondial unique et ouvert. Point clé 4 : Le cyberespace est un théâtre de conflits entre États (cyber-espionnage, sabotage) qui nécessite le développement de doctrines de dissuasion et de normes internationales de comportement, encore peu efficaces. Point clé 5 : Des coopérations internationales restent indispensables, notamment via la Convention de Budapest sur la cybercriminalité, mais sont fragilisées par les différences législatives et les rivalités géopolitiques, notamment sur la protection des données.
