Universités et centres de recherche

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En 2023, l'université Harvard a dépensé plus de 1,1 milliard de dollars en recherche et développement, soit plus que le budget total de la recherche publique de certains pays européens. Cette course à l'excellence scientifique est-elle devenue une nouvelle forme de compétition géopolitique ? Depuis la fin de la Guerre froide, la production de connaissances est devenue un enjeu stratégique majeur pour les États et les entreprises. La mondialisation a accéléré la circulation des chercheurs et des idées, tandis que la révolution numérique a transformé les modes de publication et de valorisation de la recherche. Dans ce contexte, les universités et centres de recherche sont passés du statut de lieux de savoir désintéressés à celui d'acteurs économiques et géopolitiques majeurs, mesurés par des indicateurs quantitatifs comme les classements internationaux, le nombre de brevets ou les publications scientifiques. Dans quelle mesure les universités et centres de recherche, à travers leurs productions (publications, brevets) et leur évaluation (classements), sont-ils devenus des acteurs centraux d'une compétition mondiale pour la connaissance, et quels en sont les enjeux géopolitiques et sociaux ?

1I. Les classements universitaires : une mesure controversée de l'excellence

Depuis les années 2000, les classements internationaux d'universités sont devenus des outils de référence pour évaluer et comparer les établissements d'enseignement supérieur à l'échelle mondiale. Ces classements, bien que critiqués, influencent profondément les stratégies des universités, les politiques publiques et les choix des étudiants.

Points cles

  • A. Les méthodologies des principaux classements et leurs biais
  • B. L'impact géopolitique et les stratégies d'influence

2II. Publications et brevets : les deux piliers de la valorisation de la recherche

La production de connaissances se matérialise principalement à travers deux canaux : les publications scientifiques, qui diffusent les savoirs fondamentaux, et les brevets, qui protègent et valorisent les applications technologiques. Ces deux outputs sont au cœur des logiques de compétition et de coopération entre acteurs de la recherche.

Points cles

  • A. L'économie des publications scientifiques et le "publish or perish"
  • B. Les brevets comme enjeu de souveraineté technologique et économique

3III. Les limites et les alternatives à la compétition par les indicateurs

Si la compétition mesurée par les classements, les publications et les brevets structure le paysage de la recherche, elle fait l'objet de critiques croissantes et suscite des initiatives alternatives visant à promouvoir une science plus ouverte, collaborative et socialement utile.

Points cles

  • A. Les critiques et les effets pervers de l'hyper-compétition
  • B. Les initiatives pour une science ouverte et responsable

Synthese

Point clé 1 : Les classements internationaux (Shanghai, THE, QS), apparus dans les années 2000, sont devenus des outils de gouvernance et de compétition géopolitique, favorisant les sciences dures, les pays anglophones et les grandes universités pluridisciplinaires. Point clé 2 : La Chine mène une politique volontariste (projet "Double First-Class") pour placer ses universités dans le top mondial, illustrant l'utilisation des classements comme instrument de soft power et de souveraineté scientifique. Point clé 3 : Le système de publication scientifique, dominé par de grands éditeurs privés et la logique du "publish or perish", génère une production concentrée (États-Unis, Chine, UE) et des effets pervers (fraude, pression sur les chercheurs). Point clé 4 : Les brevets, dominés par les grandes entreprises (Huawei, Samsung) et quelques universités d'élite, sont un enjeu stratégique de souveraineté technologique, notamment dans les secteurs critiques comme les semi-conducteurs et l'IA. Point clé 5 : Face aux limites de l'hyper-compétition, des alternatives émergent pour promouvoir une science plus ouverte (Plan S, Open Access), responsable (DORA) et socialement utile (classements sur les ODD).

Mots-cles

Soft power scientifiqueSouveraineté technologiqueÉvaluation par les pairs (peer review)
EdTech AI