Qu'est-ce que le patrimoine ?
En 2019, l'incendie de Notre-Dame de Paris a provoqué une onde de choc mondiale et mobilisé des dons de plus de 850 millions d'euros en quelques semaines. Cet événement révèle à quel point le patrimoine dépasse la simple conservation d'objets anciens pour devenir un enjeu émotionnel, politique et économique majeur. La notion de patrimoine s'est radicalement transformée depuis la Révolution française, où elle désignait principalement les biens confisqués au clergé et à la noblesse. Au XIXe siècle, sous l'impulsion de figures comme Prosper Mérimée (1803-1870), premier inspecteur général des monuments historiques en 1834, la France a développé une politique de protection systématique. Après la Seconde Guerre mondiale, l'UNESCO, créée en 1945, a étendu cette préoccupation à l'échelle mondiale avec la Convention pour la protection du patrimoine mondial en 1972. Aujourd'hui, le patrimoine représente un secteur économique générant plus de 8 milliards d'euros de chiffre d'affaires annuel en France et concernant près de 500 000 emplois directs et indirects. Comment la définition du patrimoine, initialement centrée sur des monuments historiques, s'est-elle élargie pour englober des dimensions matérielles, immatérielles et naturelles, et quels sont les enjeux sociaux et politiques de cette évolution ?
1I. L'évolution historique de la notion de patrimoine : d'une conception élitiste à une vision démocratique
Le concept de patrimoine n'a pas toujours eu la signification large qu'on lui connaît aujourd'hui. Il est le fruit d'une construction historique longue, marquée par des ruptures politiques et des évolutions sociales profondes.
Points cles
- A. Les origines révolutionnaires et la naissance d'un patrimoine national (fin XVIIIe - XIXe siècle)
- B. L'élargissement progressif au XXe siècle : industrie, archéologie et mémoire
2II. La diversification contemporaine : patrimoine matériel, immatériel et naturel
Depuis la fin du XXe siècle, la définition du patrimoine a connu une explosion catégorielle, intégrant des éléments aussi divers que des paysages, des savoir-faire ou des traditions vivantes, sous l'influence d'instances internationales comme l'UNESCO.
Points cles
- A. Le patrimoine matériel : entre monumentalité et quotidienneté
- B. La révolution du patrimoine immatériel et naturel (conventions UNESCO de 1972, 2003 et 1972)
3III. Les enjeux sociaux et politiques de la patrimonialisation
Identifier et protéger un bien n'est jamais un acte neutre. La patrimonialisation est un processus éminemment politique qui met en jeu des rapports de force, des conflits de mémoire et des stratégies de développement territorial.
Points cles
- A. Un instrument de construction identitaire et de légitimation politique
- B. Entre valorisation économique et conflits d'usage : le cas du tourisme de masse
Synthese
Point clé 1 : La notion de patrimoine est une construction historique née avec la Révolution française et systématisée au XIXe siècle par Prosper Mérimée, se limitant alors aux monuments prestigieux. Point clé 2 : Le XXe siècle a élargi le champ patrimonial au bâti industriel, rural et aux lieux de mémoire, avant que les conventions UNESCO de 1972 et 2003 n'y intègrent définitivement le patrimoine naturel et immatériel. Point clé 3 : Le patrimoine matériel se divise entre biens mobiliers (œuvres d'art) et immobiliers (monuments), tandis que le patrimoine immatériel protège des pratiques vivantes comme le fest-noz ou la gastronomie. Point clé 4 : La patrimonialisation est un acte politique qui sert à construire une identité nationale ou locale, mais qui peut aussi être un champ de conflits mémoriels, comme autour du patrimoine colonial. Point clé 5 : La valorisation économique par le tourisme (40% du tourisme en France) génère des revenus mais aussi des tensions liées à la surfréquentation, aux conflits d'usage et au coût exorbitant de l'entretien.
