Patrimoine culturel immatériel
Saviez-vous que le repas gastronomique des Français, avec ses rituels et son art de la table, est inscrit depuis 2010 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité ? Cette reconnaissance par l'UNESCO montre que le patrimoine ne se limite pas aux monuments et aux objets, mais englobe également des pratiques sociales, des savoir-faire et des expressions vivantes. La notion de patrimoine culturel immatériel (PCI) émerge à la fin du XXe siècle en réaction à une vision occidentale et monumentale du patrimoine. Alors que la Convention du patrimoine mondial de 1972 protège les sites et les monuments, de nombreux États, notamment du Sud, et des communautés autochtones plaident pour la reconnaissance des traditions orales, des arts du spectacle, des pratiques sociales et des savoir-faire artisanaux. Ce mouvement aboutit à l'adoption, le 17 octobre 2003, de la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel par la Conférence générale de l'UNESCO, entrée en vigueur en 2006. Aujourd'hui, 182 États en sont parties, témoignant d'une adhésion quasi-universelle à cette nouvelle conception du patrimoine. En quoi le patrimoine culturel immatériel, défini et protégé par la Convention de l'UNESCO de 2003, constitue-t-il un enjeu majeur d'identification, de sauvegarde et de valorisation pour les communautés et les États, tout en étant un facteur de rayonnement culturel et un objet de tensions géopolitiques ?
1I. Définir et identifier le patrimoine culturel immatériel : une révolution conceptuelle
La Convention de 2003 opère une rupture fondamentale en élargissant la notion de patrimoine au-delà des biens matériels. Elle définit un cadre conceptuel précis et établit des listes internationales pour inventorier et reconnaître ce patrimoine vivant.
Points cles
- A. La définition de l'UNESCO : cinq domaines d'expression
- B. Les instruments de l'UNESCO : listes et principes de sauvegarde
2II. Protéger et valoriser : entre enjeux locaux et stratégies nationales
La sauvegarde du PCI mobilise une diversité d'acteurs, des communautés locales aux États, et soulève des questions cruciales d'authenticité, de marchandisation et de développement territorial.
Points cles
- A. Les acteurs de la sauvegarde : des communautés aux États
- B. Valorisation, tourisme et risques de folklorisation
3III. Le PCI, facteur de rayonnement culturel et enjeu géopolitique
Au-delà de sa dimension culturelle, le PCI est un instrument de soft power pour les États et peut devenir l'objet de rivalités et de réappropriations, révélatrices des rapports de force internationaux.
Points cles
- A. Un outil de soft power et d'affirmation identitaire
- B. Conflits d'appropriation et géopolitique du patrimoine
Synthese
Point clé 1 : La Convention de l'UNESCO de 2003 a révolutionné la notion de patrimoine en y incluant les pratiques, expressions et savoir-faire vivants, avec une définition centrée sur cinq domaines et le rôle des communautés. Point clé 2 : Le système de sauvegarde repose sur trois listes internationales (Représentative, de Sauvegarde Urgente, des Meilleures Pratiques) et impose aux États l'établissement d'inventaires nationaux participatifs. Point clé 3 : La valorisation du PCI, notamment par le tourisme, génère des retombées économiques mais comporte des risques de folklorisation, de marchandisation et de perte d'authenticité pour les pratiques concernées. Point clé 4 : Le PCI est un instrument de soft power permettant aux États d'affirmer leur rayonnement culturel et leur identité, comme le montre la stratégie du Japon ou de la France. Point clé 5 : La labellisation UNESCO peut être source de conflits géopolitiques, comme les « guerres du kimchi » entre la Corée du Sud et la Chine, révélant l'instrumentalisation politique du patrimoine.
