Russie-Ukraine28 janvier 202610 min de lecture

Russie-Ukraine : La Russie et ses alliés face à l'isolement international

Le conflit en Ukraine a révélé une recomposition des alliances internationales. Si la Russie bénéficie du soutien de quelques États, elle fait face à une opposition massive menée par les démocraties occidentales. Cette dynamique illustre les concepts clés du programme HGGSP sur les puissances, les frontières et les organisations internationales.

Introduction : Un conflit qui redessine les alliances

L'invasion de l'Ukraine par la Russie le 24 février 2022 a déclenché l'un des conflits les plus importants en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale. Au-delà des opérations militaires, cette guerre est un analyseur géopolitique exceptionnel pour comprendre les dynamiques de puissance, de souveraineté et d'alliances au XXIe siècle. Pour les élèves de Terminale suivant la spécialité Histoire-Géographie, Géopolitique et Sciences Politiques (HGGSP), ce conflit est une étude de cas concrète pour les axes du programme, notamment « Faire la guerre, faire la paix » et « Analyser les dynamiques des puissances internationales ». Cet article se concentre sur la position de la Russie et le réseau d'alliances, formelles et informelles, qu'elle a pu mobiliser ou qui se sont construites en réaction à son action, dans un contexte d'isolement croissant sur la scène internationale.

La Russie : Une puissance révisionniste en quête de sphère d'influence

La vision du monde portée par Vladimir Poutine est fondamentalement révisionniste. Elle rejette l'ordre international libéral établi après 1991, perçu comme une menace pour la souveraineté et la sécurité russe. L'expansion de l'OTAN vers l'Est et les révolutions de couleur en ex-URSS sont vues comme des agressions. L'objectif affiché en Ukraine est la « démilitarisation » et la « dénazification », mais l'objectif géopolitique sous-jacent est clair : rétablir une sphère d'influence exclusive, un « monde russe » (Russkiy Mir), et empêcher l'ancrage définitif de l'Ukraine à l'Occident. Cette démarche s'inscrit dans une longue histoire impériale et soviétique, concept clé pour comprendre la notion de « frontières » et de « territoires » en HGGSP. La Russie instrumentalise ainsi le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes (référendums contestés dans le Donbass, en Crimée) pour justifier une redéfinition violente des frontières, remettant en cause le principe d'intangibilité des frontières hérité de l'Acte final d'Helsinki (1975).

Les moyens de la puissance russe : entre coercition et dépendance

La puissance russe repose sur plusieurs piliers, tous mis à l'épreuve par le conflit :

  • La puissance militaire conventionnelle : Initialement perçue comme redoutable, elle a montré des limites logistiques, technologiques et humaines face à une résistance ukrainienne déterminée et soutenue par l'Occident.
  • La puissance énergétique : Longtemps instrument de pression sur l'Europe via le gaz et le pétrole, cette arme a vu son efficacité diminuer avec la diversification des approvisionnements européens et les sanctions.
  • La cyberpuissance et la guerre informationnelle : La Russie mène une bataille narrative intense, via des médias comme RT ou Sputnik, pour justifier son action auprès des opinions publiques mondiales, en particulier dans le « Sud global ».

Le noyau dur des alliés : L'Organisation du Traité de Sécurité Collective (OTSC) et les « partenaires stratégiques »

Face à l'isolement occidental, la Russie cherche à consolider et à étendre son réseau d'alliances. Cependant, ce réseau est hiérarchisé et marqué par des loyautés variables.

L'OTSC : Une alliance en crise de confiance

L'OTSC, souvent présentée comme le « pendant » russe de l'OTAN, regroupe la Russie, la Biélorussie, l'Arménie, le Kazakhstan, le Kirghizistan et le Tadjikistan. Son rôle dans le conflit est révélateur de ses limites :

  • La Biélorussie est le seul allié inconditionnel. Son territoire sert de base arrière et de plateforme de lancement pour les frappes russes, mais l'armée biélorusse n'est pas intervenue directement, montrant les réticences du régime Loukachenko.
  • Les républiques d'Asie centrale (Kazakhstan, Kirghizistan, Ouzbékistan, Tadjikistan, Turkménistan) ont adopté une position de « neutralité prudente ». Elles refusent de reconnaître les annexions russes, n'appliquent pas les sanctions occidentales mais ne fournissent pas d'aide militaire à Moscou. Le Kazakhstan, en particulier, a multiplié les signes d'indépendance, craignant pour sa propre souveraineté.
  • L'Arménie, déçue par le manque de soutien russe dans son conflit avec l'Azerbaïdjan, a refroidi ses relations avec Moscou.

Cette fragmentation illustre le concept de « puissance limitée » et montre que la domination russe sur son « étranger proche » est contestée.

Les partenaires stratégiques : Le cas de la Chine et de l'Iran

En dehors de l'OTSC, la Russie cultive des partenariats avec d'autres puissances révisionnistes ou en rivalité avec les États-Unis.

  • La Chine : C'est le partenaire le plus important. Pékin n'a pas condamné l'invasion, accuse l'OTAN d'avoir provoqué le conflit, et intensifie ses échanges économiques avec Moscou (achat d'hydrocarbures, vente de biens à double usage). Cependant, la Chine évite soigneusement de fournir une aide militaire directe qui la ferait tomber sous le coup des sanctions secondaires américaines. Elle promeut sa propre vision d'un « ordre mondial multipolaire » et utilise la crise pour affaiblir la position occidentale, sans pour autant s'aliéner totalement l'Europe.
  • L'Iran : Téhéran est devenu un fournisseur crucial de drones (les Shahed) pour les forces russes, comblant une lacune technologique. Cette coopération militaire marque un rapprochement tactique entre deux régimes sous sanctions, unis par leur opposition aux États-Unis et à leurs alliés régionaux.
  • La Corée du Nord : Pyongyang est soupçonnée de fournir des munitions à la Russie, en échange probable d'une aide technologique. Cette relation de « solidarité entre pariah states » renforce l'isolement diplomatique des deux pays.

Le « Sud Global » : Un champ de bataille diplomatique

Une grande partie des pays d'Afrique, d'Amérique latine et d'Asie (le « Sud Global ») a adopté une position de non-alignement ou de neutralité. Pour la Russie, gagner leur soutien ou au moins leur acquiescement est un enjeu majeur pour briser son isolement. Elle y parvient partiellement en exploitant :

  • Le ressentiment post-colonial : La Russie se présente comme une puissance anti-impérialiste, luttant contre l'hégémonie occidentale, un discours qui trouve un écho dans certains pays.
  • La dépendance alimentaire et énergétique : Les promesses russes de livraisons de céréales ou d'engrais à bas prix sont un outil de persuasion.
  • L'offre de sécurité : Les groupes Wagner, avant la mort de Prigojine, offraient leurs services à des régimes en difficulté (Mali, Centrafrique), créant des dépendances.

Cependant, cette neutralité est fragile. Beaucoup de ces pays condamnent les conséquences de la guerre (crise alimentaire, inflation) sans toujours en désigner clairement l'auteur, et défendent avant tout leur souveraineté et leurs intérêts économiques.

Conclusion et ouverture HGGSP : Un conflit structurant pour l'ordre international

L'analyse de la Russie et de ses alliés dans le conflit ukrainien révèle plusieurs enseignements majeurs pour le programme HGGSP. Premièrement, elle montre la relativité de la puissance : une puissance militaire et énergétique majeure peut être contenue par une coalition déterminée d'États et d'organisations internationales (UE, OTAN). Deuxièmement, elle illustre la recomposition des alliances non plus sur des bases idéologiques rigides (comme pendant la Guerre froide), mais sur des intérêts tactiques et des visions révisionnistes partagées de l'ordre mondial (axe Moscou-Pékin-Téhéran). Enfin, elle place au cœur de la réflexion la bataille des récits et la guerre informationnelle comme dimensions essentielles des conflits contemporains.

Ouverture HGGSP : Ce conflit pose des questions fondamentales pour l'avenir. Assiste-t-on à la formation de blocs antagonistes durables, annonciateurs d'une nouvelle Guerre froide ? Comment les organisations internationales comme l'ONU, paralysée par le droit de veto, peuvent-elles s'adapter pour maintenir la paix et la sécurité collective ? Enfin, dans quelle mesure la notion même de « neutralité » ou de « non-alignement » reste-t-elle opérante dans un monde où les interdépendances (économiques, numériques, sécuritaires) rendent de plus en plus difficile de rester à l'écart des grands conflits de puissances ? L'étude de la position des pays du Sud Global face à cette guerre offre un terrain d'analyse privilégié pour y répondre.

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