États-Unis et religion

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En 2020, le président Donald Trump brandissait une Bible devant l'église Saint John à Washington après des manifestations. Cet acte symbolique illustre la relation complexe et intime entre pouvoir politique et expression religieuse aux États-Unis. Comment un pays fondé sur la séparation de l'Église et de l'État en est-il venu à voir la religion jouer un rôle aussi central dans sa vie politique ? Les États-Unis sont nés d'une double tradition : celle des Pères pèlerins, dissidents religieux anglais fuyant les persécutions, qui fondent Plymouth en 1620, et celle des Lumières, qui inspirent les Pères fondateurs au XVIIIe siècle. La Constitution de 1787 et le Premier Amendement (1791) établissent le principe de non-établissement d'une religion d'État et garantissent la libre exercice des cultes. Pourtant, dès l'origine, une culture protestante majoritaire, incarnée par les WASP (White Anglo-Saxon Protestants), domine la société et influence les normes. Ce paradoxe entre neutralité juridique et imprégnation culturelle religieuse structure l'histoire américaine. Dans quelle mesure la religion, tout en étant constitutionnellement séparée de l'État, constitue-t-elle un fondement culturel et un enjeu politique majeur aux États-Unis, de la fondation à l'époque contemporaine marquée par la montée des évangéliques ?

1I. Les fondements historiques et juridiques : une séparation de principe mais une culture religieuse dominante

La relation État-religion aux États-Unis repose sur un équilibre subtil entre un cadre juridique strictement laïque, hérité des Lumières, et une réalité sociale profondément marquée par une culture protestante historiquement dominante.

Points cles

  • A. Le cadre constitutionnel : la « wall of separation » et la liberté religieuse
  • B. L'hégémonie culturelle WASP et le « credo américain »

2II. La politisation de la religion : l'émergence de la « droite religieuse » et son influence

À partir des années 1970, une recomposition majeure s'opère avec la mobilisation politique des chrétiens conservateurs, transformant la religion en un enjeu partisan central et redéfinissant les clivages politiques américains.

Points cles

  • A. La mobilisation des évangéliques et la formation de la « Moral Majority »
  • B. Stratégies d'influence et enjeux de société

3III. Évolutions contemporaines et nouveaux défis : diversification, sécularisation et instrumentalisation

Au XXIe siècle, le paysage religieux et politique américain évolue sous l'effet de tendances contradictoires : une sécularisation croissante, une diversification religieuse et un populisme qui réactive les références religieuses de manière nouvelle.

Points cles

  • A. Sécularisation, « nones » et recomposition du paysage religieux
  • B. Religion, populisme et politique identitaire : le cas Trump

Synthese

Point clé 1 : Le cadre juridique américain, fondé sur le Premier Amendement (1791), établit une stricte séparation des Églises et de l'État, interdisant toute religion officielle et garantissant la liberté de culte. Point clé 2 : Malgré cette séparation, une culture protestante WASP a historiquement dominé la société et imprégné le « credo américain » de valeurs comme l'individualisme et l'éthique du travail. Point clé 3 : À partir des années 1970, la mobilisation politique des évangéliques conservateurs (via la Moral Majority) a transformé la religion en un enjeu partisan majeur, forgeant une alliance durable avec le Parti républicain. Point clé 4 : L'influence de la droite religieuse s'exerce via un puissant réseau d'institutions (médias, lobbying) et se concentre sur des « guerres culturelles » (avortement, famille), aboutissant à des victoires juridiques majeures comme l'arrêt Dobbs de 2022. Point clé 5 : Le paysage contemporain est marqué par la montée des « nones » (29% en 2021) et la diversification religieuse, tandis que le populisme, illustré par Trump, instrumentalise les références religieuses à des fins identitaires et politiques.

Mots-cles

Séparation des Églises et de l'ÉtatDroite religieuse (Religious Right)Guerres culturelles (Culture Wars)
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