Le génocide des Tsiganes (Porajmos)

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Le 2 août 1944, dans la nuit dite 'de la liquidation des Tsiganes' à Auschwitz-Birkenau, près de 3 000 Roms et Sinti sont gazés dans le camp BIIe, le 'camp des familles tsiganes'. Cet événement, longtemps absent des récits mémoriels dominants, symbolise le caractère spécifique et systématique de la persécution nazie envers ces populations. Pourquoi parle-t-on d'un 'génocide oublié' ? Le génocide des Tsiganes, appelé Porajmos ('la dévoration' en romani) ou Samudaripen ('tous tués'), s'inscrit dans la politique raciale du IIIe Reich qui considérait les Roms et Sinti comme des 'asociaux héréditaires' et des 'sous-hommes' à éliminer. Dès 1935, les lois de Nuremberg incluent explicitement les 'Tsiganes, nègres et leurs bâtards' parmi les groupes menaçant la 'pureté du sang allemand'. Cette persécution s'appuie sur des siècles de discriminations en Europe, mais atteint son paroxysme avec la mise en œuvre systématique, entre 1939 et 1945, d'une politique d'extermination par le travail forcé, la déportation et l'assassinat de masse dans les camps de concentration et d'extermination. Dans quelle mesure le génocide des Tsiganes (Porajmos), par sa spécificité, son ampleur (environ 500 000 victimes) et sa reconnaissance tardive, interroge-t-il à la fois les mécanismes de l'extermination nazie et les processus de construction mémorielle en Europe après 1945 ?

1I. Une persécution spécifique : idéologie raciale et mise en œuvre bureaucratique

Le génocide des Tsiganes ne fut pas un 'dommage collatéral' de la Shoah, mais un processus spécifique, fondé sur une idéologie raciale particulière et mis en œuvre par des institutions dédiées. Il combine des éléments communs avec la persécution des Juifs (catégorisation raciale, déportation, extermination) et des traits distinctifs liés au statut social et aux stéréotypes associés aux Roms et Sinti.

Points cles

  • A. La construction d'une catégorie raciale : du préjugé à la science nazie
  • B. Les étapes de la persécution : de l'exclusion à l'extermination

2II. L'extermination : modalités, acteurs et bilan humain

Le Porajmos fut mis en œuvre à travers toute l'Europe occupée, avec une intensité variable selon les régions et les régimes collaborateurs. Son bilan, longtemps minimisé, est aujourd'hui estimé à environ un quart de la population rom d'Europe, soit entre 220 000 et 500 000 victimes.

Points cles

  • A. Les lieux et méthodes de l'extermination
  • B. Le bilan démographique et la question des chiffres

3III. Un génocide longtemps occulté : les enjeux d'une reconnaissance tardive

Contrairement à la Shoah, la mémoire du Porajmos a mis des décennies à émerger dans l'espace public et juridique. Cette occultation s'explique par des facteurs politiques, sociaux et mémoriels spécifiques, et son dépassement progressif depuis les années 1970 constitue un enjeu majeur pour les communautés roms et la conscience historique européenne.

Points cles

  • A. Les obstacles à la reconnaissance (1945-années 1980)
  • B. La lente émergence mémorielle et les combats actuels

Synthese

Point clé 1 : Le Porajmos est un génocide spécifique, planifié par les nazis sur des bases raciales pseudo-scientifiques établies par l'Unité de recherche de Robert Ritter. Point clé 2 : Son déroulement combine déportations, internement dans des camps spécifiques comme le 'camp des familles tsiganes' d'Auschwitz-Birkenau, et extermination par le travail, la famine, les gazages et les fusillades de masse. Point clé 3 : Le bilan humain est estimé entre 220 000 et 500 000 victimes, soit environ un quart de la population rom d'Europe, avec des taux de destruction avoisinant les 90% dans certains pays comme la Croatie. Point clé 4 : Ce génocide a été largement occulté après-guerre, en raison des préjugés persistants, de la non-reconnaissance juridique initiale et du contexte de la Guerre froide. Point clé 5 : La reconnaissance mémorielle et politique, initiée dans les années 1970-1980, reste un processus inachevé et constitue un enjeu central dans la lutte contre l'antitsiganisme contemporain.

Mots-cles

GénocideRacialisationMémoire
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