Mémoires de la Seconde Guerre mondiale
En 1995, le président Jacques Chirac reconnaît officiellement la responsabilité de l'État français dans la déportation des Juifs. Cette déclaration marque un tournant majeur dans la mémoire nationale, près de 50 ans après la fin de la guerre. Comment expliquer une telle évolution ? La Seconde Guerre mondiale (1939-1945) constitue un traumatisme profond pour la France, qui connaît la défaite de 1940, l'Occupation allemande, le régime de Vichy et la Libération. Dès la fin du conflit, la construction des mémoires devient un enjeu politique crucial pour refonder la nation. Ces mémoires ne sont pas figées : elles évoluent selon les contextes politiques, les générations et les travaux des historiens. Comment les mémoires de la Seconde Guerre mondiale en France ont-elles évolué depuis 1945, et quels sont les enjeux politiques et sociaux de cette évolution ?
1I. Le mythe résistancialiste : une mémoire officielle dominante (1944-années 1960)
Au lendemain de la Libération, la France doit se reconstruire politiquement et moralement. Pour cela, les autorités mettent en place une mémoire officielle qui minimise la collaboration et exalte la Résistance.
Points cles
- A. La construction du mythe d'une « France résistante »
- B. Les limites et les mémoires concurrentes de ce mythe
2II. L'effritement du mythe et le « syndrome de Vichy » (années 1970-1990)
À partir des années 1970, le consensus mémoriel vole en éclats sous l'effet de chocs politiques, de l'émergence d'une nouvelle génération et des travaux d'historiens.
Points cles
- A. Le choc des travaux historiques et des procès
- B. La montée en puissance des mémoires victimaire et juive
3III. Vers une mémoire apaisée et pluraliste ? (depuis les années 2000)
Le début du XXIe siècle semble marquer une phase d'apaisement relatif des mémoires, avec une reconnaissance plus large des différentes expériences de la guerre, tout en faisant face à de nouveaux défis.
Points cles
- A. L'État acteur de mémoire : reconnaissance et commémorations
- B. Les nouveaux enjeux : concurrence mémorielle, devoir d'histoire et disparition des témoins
Synthese
Point clé 1 : De 1944 aux années 1960, la mémoire officielle, dite « résistancialiste », construit le mythe d'une France unanimement résistante pour refonder l'unité nationale, en occultant la collaboration et le rôle de Vichy. Point clé 2 : Les travaux de l'historien Robert Paxton en 1973 démontrent scientifiquement l'initiative autonome de Vichy dans la collaboration et la persécution des Juifs, provoquant un choc mémoriel. Point clé 3 : Les procès de criminels comme Klaus Barbie (1987) et Maurice Papon (1997-1998) ainsi que l'affirmation de la mémoire de la Shoah (film « Shoah » de Lanzmann) font émerger une mémoire victimaire et conduisent à la reconnaissance par l'État, symbolisée par le discours de Jacques Chirac en 1995. Point clé 4 : Depuis les années 2000, l'État organise une mémoire plus pluraliste à travers des commémorations et des lieux de mémoire (Drancy, Rivesaltes), tout en faisant face au défi de la transmission après la disparition des témoins. Point clé 5 : L'évolution des mémoires montre le passage d'un mythe unificateur à une reconnaissance des responsabilités et des souffrances plurielles, illustrant l'interaction constante entre histoire, mémoire et politique.
