L'Inde, défi du pluralisme religieux
En août 2019, le gouvernement indien dirigé par Narendra Modi révoque l'article 370 de la Constitution, privant le Jammu-et-Cachemire de son autonomie. Cet événement cristallise les tensions religieuses dans un pays où 200 millions de musulmans représentent la plus grande minorité religieuse au monde. L'Inde, indépendante depuis 1947, s'est construite sur le principe de laïcité (secularism) inscrit dans sa Constitution de 1950. Ce modèle, distinct du laïcisme français, reconnaît et protège toutes les religions tout en garantissant l'égalité des citoyens. Cependant, la partition de 1947 qui a créé le Pakistan sur une base religieuse a laissé des traumatismes profonds. Depuis les années 1980, la montée du nationalisme hindou, porté par le Bharatiya Janata Party (BJP), remet en cause ce modèle pluraliste. Dans quelle mesure le modèle indien de pluralisme religieux, fondé sur une laïcité inclusive, est-il menacé par la montée du nationalisme hindou et quels en sont les conséquences géopolitiques et sociales ?
1I. Le modèle constitutionnel indien : une laïcité inclusive face à l'héritage colonial
L'Inde indépendante hérite d'un territoire marqué par une extrême diversité religieuse et les violences de la Partition. Les Pères de la Nation, notamment Jawaharlal Nehru et B.R. Ambedkar, élaborent un cadre constitutionnel original pour gérer cette diversité.
Points cles
- A. Les fondements d'un État séculier (Secular) : la Constitution de 1950
- B. L'ombre portée de la Partition et la gestion du conflit cachemiri
2II. La montée en puissance du nationalisme hindou (Hindutva) et ses acteurs
Depuis les années 1980, l'idéologie de l'Hindutva, promue par le RSS et son bras politique le BJP, transforme le paysage politique et religieux indien. Elle définit la nation indienne par sa culture hindoue, marginalisant les autres religions.
Points cles
- A. L'idéologie de l'Hindutva et le réseau du Sangh Parivar
- B. Le BJP au pouvoir : de l'alternance à l'hégémonie sous Narendra Modi
3III. Les défis contemporains : tensions sociales, résistances et enjeux géopolitiques
La promotion d'un nationalisme à base religieuse exacerbe les tensions communautaires, suscite des résistances au sein de la société indienne et a des répercussions sur la politique étrangère et l'image internationale du pays.
Points cles
- A. L'exacerbation des violences communautaires et la marginalisation des minorités
- B. Résistances civiles, enjeux démocratiques et projection internationale
Synthese
Point clé 1 : L'Inde a développé un modèle original de sécularisme inclusif, distinct de la laïcité à la française, qui reconnaît et protège constitutionnellement toutes les religions. Point clé 2 : L'idéologie de l'Hindutva, portée par le RSS et le BJP, redéfinit la nation indienne sur une base culturelle hindoue, marginalisant les minorités religieuses, notamment les 200 millions de musulmans. Point clé 3 : L'ère Narendra Modi (depuis 2014) a accéléré la mise en œuvre politique de l'Hindutva via des lois comme la CAA et des actions symboliques fortes comme la construction du temple d'Ayodhya. Point clé 4 : Cette orientation exacerbe les tensions communautaires, avec une recrudescence des violences et des discriminations, tout en suscitant d'importantes résistances civiles pour défendre les valeurs laïques de la Constitution. Point clé 5 : La gestion du pluralisme religieux en Inde est un enjeu central pour la cohésion sociale, la santé de sa démocratie et son image internationale de grande puissance émergente.
