L'historien et les mémoires de la Seconde Guerre mondiale
Les memoires de la Seconde Guerre mondiale en France ont considerablement evolue depuis 1945. D'une memoire resistancialiste officielle, on est passe a la reconnaissance progressive des zones d'ombre : Vichy, la collaboration, la Shoah.
Problematique
Comment les memoires de la Seconde Guerre mondiale ont-elles evolue en France depuis 1945 ?
1Le "resistancialisme" (1944-1970)
Apres la Liberation, une memoire officielle s'impose, centree sur la Resistance.
Le mythe d'une France resistante
De Gaulle : "Paris libere par lui-meme". Vision d'une France majoritairement resistante. Occultation de Vichy et de la collaboration. Unite nationale autour du mythe resistancialiste.
Les oublis volontaires
Amnisties de 1951 et 1953 pour les collaborateurs. Peu de proces pour les responsables de Vichy. La Shoah peu evoquee (terme pas encore utilise). Memoire des deportes politiques privilegiee.
Les vecteurs de memoire
Commemorations : 8 mai, 18 juin. Mont-Valerien, memorial de la Resistance. Films : La Bataille du rail (1946). Heros celebres : Jean Moulin, Pantheon (1964).
Points cles
- Mythe d'une France resistante
- Amnisties pour les collaborateurs
- Shoah occultee
2Le reveil des memoires (1970-1995)
A partir des annees 1970, les memoires refoulees ressurgissent.
Le choc du Chagrin et la Pitie
Marcel Ophuls (1971) : documentaire montrant collaboration et attentisme. Interdit de television jusqu'en 1981. Image d'une France collaboratrice emerge. Fin du mythe resistancialiste.
L'irruption de la memoire juive
Proces Eichmann (1961) : prise de conscience internationale. Serge Klarsfeld : Memorial de la deportation des Juifs de France (1978). Film Shoah de Lanzmann (1985). Emergence du terme "Shoah" au lieu de "Holocaust".
Les historiens au travail
Robert Paxton : La France de Vichy (1973) montre Vichy collaborateur volontaire. Ouverture des archives. Proces Barbie (1987) : premier proces pour crimes contre l'humanite en France.
3La reconnaissance officielle (1995-aujourd'hui)
L'Etat francais reconnait progressivement ses responsabilites.
Le discours Chirac (1995)
Jacques Chirac reconnait la responsabilite de l'Etat francais dans la deportation des Juifs. Rupture avec la position gaulliste ("Vichy ce n'est pas la France"). Memorial de la Shoah (2005). Journee nationale du 16 juillet (Vel d'Hiv).
Les derniers proces
Touvier (1994) : premier Francais condamne pour crimes contre l'humanite. Papon (1998) : ancien secretaire general de la prefecture de Gironde. Debat sur la responsabilite des fonctionnaires.
Les lois memorielles
Loi Gayssot (1990) : repression du negationnisme. Reconnaissance du genocide armenien (2001). Loi sur l'esclavage crime contre l'humanite (2001). Debat sur le role du legislateur dans l'histoire.
4Histoire et memoire : tensions et complementarites
L'historien entretient un rapport complexe avec les memoires.
Memoire vs Histoire
Memoire : subjective, selective, affective. Histoire : scientifique, critique, distanciee. Pierre Nora : "Les Lieux de memoire" (1984-1992). La memoire reconstruit, l'histoire deconstruit.
La concurrence des memoires
Resistants vs deportes. Juifs vs autres victimes. Memoire de la colonisation. Risque de "guerre des memoires".
Le devoir de memoire
Expression apparue dans les annees 1990. Transmission aux jeunes generations. Risque d'instrumentalisation politique. Verso : "devoir d'histoire" (Paul Ricoeur).
Notions cles
Exemples et etudes de cas
Discours du Vel d'Hiv
Jacques Chirac reconnait la responsabilite de l'Etat francais dans la rafle du Vel d'Hiv (16-17 juillet 1942, 13 000 Juifs arretes).
Proces Papon
Maurice Papon, ancien prefet, condamne a 10 ans pour complicite de crimes contre l'humanite pour son role dans la deportation de Juifs bordelais.
Synthese
- Le resistancialisme a domine les memoires jusqu'aux annees 1970.
- Le Chagrin et la Pitie et les travaux de Paxton ont brise ce mythe.
- La memoire de la Shoah a progressivement emerge.
- Chirac (1995) a marque une reconnaissance officielle des responsabilites.
- L'historien doit distinguer memoire (subjective) et histoire (critique).
