Analyses hebdomadaires28 janvier 202610 min de lecture

La course aux armements nucléaires : un enjeu géopolitique majeur du XXIe siècle

Cette analyse explore la dynamique contemporaine de la course aux armements nucléaires, en lien avec le thème 'Faire la guerre, faire la paix' du programme HGGSP. Elle examine les doctrines stratégiques, les acteurs étatiques et les enjeux de la dissuasion dans un contexte de tensions renouvelées, tout en questionnant l'efficacité des régimes de non-prolifération.

Introduction : Le retour d’une menace oubliée ?

Longtemps considérée comme une relique de la Guerre froide, la course aux armements nucléaires connaît un regain d’actualité géopolitique inquiétant. Alors que le programme de Terminale HGGSP nous invite à réfléchir sur « Faire la guerre, faire la paix », l’arme atomique incarne la tension ultime entre ces deux pôles : elle est conçue pour ne jamais être utilisée (faire la paix par la terreur), mais définit en permanence les rapports de force stratégiques (préparer la guerre). Cette semaine, nous analysons les ressorts de cette nouvelle course, ses acteurs et ses implications pour l’ordre international, en mobilisant les concepts clés du Bac : puissance, souveraineté, et gouvernance mondiale.

Contexte historique et cadre théorique : de la dissuasion à la prolifération

Pour comprendre la situation actuelle, un bref retour en arrière est nécessaire. Le régime de non-prolifération nucléaire (TNP), pierre angulaire de l’ordre stratégique depuis 1970, repose sur un compromis fragile entre les puissances nucléaires reconnues (États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni) et les autres États, qui renoncent à l’arme en échange d’un accès au nucléaire civil. Ce système, étudié dans le thème sur les modes de régulation internationale, est aujourd’hui sous tension. La logique de la dissuasion, théorisée pendant la Guerre froide, postule qu’une capacité de seconde frappe crédible empêche toute attaque. Cependant, cette stabilité est remise en cause par l’émergence de nouvelles technologies et par la volonté de certains États d’acquérir l’arme absolue pour garantir leur souveraineté.

Les acteurs de la course contemporaine : un paysage multipolaire

La dynamique n’est plus bipolaire (USA-URSS) mais multipolaire et asymétrique.

  • Les puissances établies modernisent leurs arsenaux : Les États-Unis et la Russie, liés par le traité New START (qui limite les ogives déployées), développent de nouvelles têtes et vecteurs (missiles hypersoniques). La Chine mène une expansion rapide et opaque de son arsenal, visant la parité stratégique. La France et le Royaume-Uni modernisent aussi leurs forces, soulignant le rôle de l’arme nucléaire comme attribut de puissance et garantie ultime de sécurité.
  • Les puissances régionales proliférantes : La Corée du Nord, en défiant ouvertement le régime du TNP, a acquis une capacité de frappe intercontinentale, modifiant l’équilibre en Asie du Nord-Est. L’Iran, bien que n’ayant pas d’arme officiellement, développe des capacités à seuil, créant une crise permanente avec Israël (puissance nucléaire non déclarée) et les pays du Golfe.
  • Les tensions bilatérales : La relation Indo-Pakistanaise reste un point chaud, où la dissuasion nucléaire n’a pas empêché des conflits conventionnels limités (ex : crise de Kargil en 1999). Chaque modernisation d’un côté provoque une réaction de l’autre, illustrant le concept de « sécurité dilemma ».

Enjeux géopolitiques et défis pour la gouvernance mondiale

Cette course a des implications profondes sur la scène internationale, directement liées aux axes du programme HGGSP.

1. Remise en cause de l’ordre international et des traités

L’affaiblissement du cadre juridique est flagrant. La fin du traité INF sur les missiles intermédiaires (2019) entre les États-Unis et la Russie, et les difficultés à prolonger New START, signalent un retour à une logique de puissance pure, où la confiance et la vérification mutuelle s’effritent. Cela questionne l’efficacité des régimes internationaux pour réguler les relations entre États lorsque les intérêts de sécurité nationale sont perçus comme vitaux. Le TNP lui-même est critiqué pour son caractère discriminatoire, ce qui est utilisé par certains États proliférants pour justifier leurs programmes.

2. Nouvelles technologies et instabilité stratégique

L’introduction d’armes hypersoniques, de cyber-capacités pouvant cibler les systèmes de commandement, ou de l’intelligence artificielle dans la gestion des arsenaux, change la donne. Ces technologies réduisent le temps de décision et pourraient fragiliser la stabilité de la dissuasion, basée sur la certitude d’une riposte. On passe d’une dissuasion « stable » à une situation plus volatile, où le risque d’une escalade accidentelle ou d’une première frappe préventive augmente. C’est un défi majeur pour la construction de la paix.

3. La dimension régionale et les conflits par procuration

La prolifération régionale, comme au Moyen-Orient, transforme les conflits locaux. La possession d’armes nucléaires par Israël est un facteur de dissuasion vis-à-vis de ses voisins, mais aussi un motif de rivalité pour l’Iran. Cela crée des dynamiques de sécurité complexes où les grandes puissances sont impliquées (les États-Unis garantissant la sécurité d’Israël, la Russie soutenant l’Iran). La guerre en Ukraine a également réintroduit la rhétorique nucléaire dans un conflit européen, la Russie brandissant implicitement sa force pour dissuader une intervention directe de l’OTAN.

Conclusion et ouverture HGGSP : Vers un nouveau paradigme stratégique ?

La course aux armements nucléaires contemporaine n’est pas une simple répétition de la Guerre froide. Elle se déroule dans un monde multipolaire, avec plus d’acteurs, des technologies disruptives et un cadre juridique affaibli. Elle illustre parfaitement la dialectique du programme HGGSP : la recherche de la paix (par la dissuasion et les traités) est inextricablement liée à la préparation de la guerre la plus totale. L’arme nucléaire reste l’ultime marqueur de souveraineté et de puissance dans l’anarchie internationale, mais elle en fait aussi un bien plus dangereux.

Ouverture HGGSP : Cette analyse nous conduit à nous interroger sur l’avenir de la gouvernance mondiale en matière de sécurité. Le modèle du TNP et de la dissuasion peut-il survivre dans ce nouveau contexte ? Faut-il imaginer de nouvelles formes de régulation, peut-être incluant davantage les puissances émergentes, ou se dirige-t-on inéluctablement vers un monde où la prolifération sera la norme, avec les risques catastrophiques que cela comporte ? La réponse à cette question engage non seulement la stratégie des États, mais aussi les fondements mêmes de l’ordre international et de la survie de l’humanité, un enjeu éthique et politique absolu.

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