Introduction : Des BRIC aux BRICS, l'émergence d'un pôle de puissance
Le terme BRIC, créé en 2001 par l'économiste Jim O'Neill de Goldman Sachs, désignait à l'origine quatre économies émergentes à fort potentiel de croissance : le Brésil, la Russie, l'Inde et la Chine. En 2010, l'Afrique du Sud a rejoint le groupe, donnant naissance aux BRICS. Ce passage d'un simple acronyme de marché à une entité géopolitique structurée, avec des sommets annuels et une Nouvelle Banque de Développement (NDB), illustre une dynamique fondamentale du monde contemporain : la multipolarisation et la contestation de l'ordre international libéral dominé par les États-Unis et l'Europe. Pour les élèves de Terminale HGGSP, les BRICS constituent un cas d'étude essentiel pour comprendre les reconfigurations de la puissance et les nouvelles formes de gouvernance mondiale.
I. Les fondements de l'influence des BRICS : une puissance démographique, économique et territoriale
A. Un poids économique et démographique incontournable
Les BRICS représentent plus de 40% de la population mondiale et environ 25% du PIB mondial (en parité de pouvoir d'achat). Cette masse critique leur confère une influence structurelle. La Chine est devenue la deuxième économie mondiale et l'« atelier du monde », l'Inde affiche une croissance dynamique portée par le numérique, tandis que le Brésil, la Russie et l'Afrique du Sud sont des puissances régionales dotées de ressources naturelles stratégiques (pétrole, gaz, minerais, terres agricoles). Cette dimension économique est au cœur de leur projet, comme en témoigne la création de la Nouvelle Banque de Développement (NDB) en 2014, basée à Shanghai, qui finance des projets d'infrastructures dans les pays émergents, offrant une alternative à la Banque mondiale et au FMI.
B. Une influence diplomatique et une vision commune de la souveraineté
Au-delà des chiffres, les BRICS partagent une vision commune de l'ordre international, fondée sur le respect strict de la souveraineté nationale et le principe de non-ingérence. Ils défendent un monde multipolaire où leur voix doit compter davantage, notamment au Conseil de sécurité de l'ONU, qu'ils jugent trop représentatif de l'ordre post-1945. Leur action diplomatique est souvent marquée par une posture de neutralité ou de non-alignement critique vis-à-vis des positions occidentales, que ce soit sur la crise syrienne, l'Ukraine ou les droits de l'homme. Cette unité de façade masque cependant des divergences stratégiques profondes, notamment entre la Chine et l'Inde, rivales en Asie.
II. Les BRICS comme vecteur de contestation et d'alternative à l'ordre libéral
A. La promotion d'institutions parallèles
La création d'institutions est un marqueur de puissance. Outre la NDB, les BRICS ont mis en place un fonds de réserve commun (Contingent Reserve Arrangement - CRA) de 100 milliards de dollars pour se prémunir contre les crises financières, réduisant leur dépendance au FMI. Ils promeuvent également l'usage de leurs monnaies nationales dans les échanges commerciaux bilatéraux pour diminuer la domination du dollar américain. Ces initiatives concrètes visent à créer un système financier et de gouvernance alternatif, moins centré sur Washington et Bruxelles, et plus représentatif des intérêts des pays du Sud.
B. Un soft power et un narratif spécifique : l'anti-impérialisme et le développement
Les BRICS cultivent un narratif fondé sur l'expérience du colonialisme et du sous-développement (même si la Russie soviétique occupe une place ambiguë dans ce récit). Ils se présentent comme les porte-parole des pays du Sud, défendant un modèle de développement qui ne serait pas imposé de l'extérieur. Leur soft power s'exprime à travers des coopérations Sud-Sud dans les domaines de la santé, de la technologie spatiale ou de l'éducation. Cependant, ce discours est parfois éclipsé par les pratiques internes de certains membres (questions démocratiques, tensions frontalières) qui peuvent nuire à la cohérence et à l'attractivité du groupe.
III. Les limites et les défis internes : un groupe hétérogène face à la realpolitik
A. Des intérêts nationaux divergents et des rivalités persistantes
L'influence des BRICS est limitée par leurs divergences géopolitiques majeures. La relation sino-indienne est tendue par des conflits frontaliers et la rivalité pour le leadership en Asie. Le Brésil et l'Afrique du Sud ont des agendas régionaux distincts. La Russie, depuis la guerre en Ukraine, voit son statut international se transformer, ce qui affecte la dynamique du groupe. De plus, les régimes politiques (démocratie, autocratie) et les modèles économiques (capitalisme d'État, libéralisme) diffèrent profondément, rendant difficile l'élaboration d'une politique étrangère véritablement commune au-delà des déclarations de principe.
B. L'expansion du groupe et la question de sa cohésion
Lors du dernier sommet en 2023, les BRICS ont annoncé l'invitation de six nouveaux membres (Arabie Saoudite, Iran, Éthiopie, Égypte, Argentine, Émirats Arabes Unis) à partir de 2024. Cette expansion, souvent vue comme une victoire diplomatique pour Pékin et Moscou, pose la question de la future cohésion et de l'identité du groupe. Va-t-on vers un « BRICS+ » plus large, devenant un forum général des pays non-alignés mécontents, ou cela va-t-il diluer l'efficacité et la spécificité du noyau originel ? Cette évolution est cruciale pour évaluer sa capacité future à peser sur la gouvernance mondiale.
Conclusion et ouverture HGGSP : Les BRICS, un analyseur des recompositions géopolitiques
En définitive, les BRICS ne constituent pas une alliance militaire comme l'OTAN, ni une union politique et économique intégrée comme l'UE. Ils forment plutôt un « club géopolitique » ou un forum de coordination dont l'influence réside dans sa capacité à offrir une alternative symbolique et pratique à l'hégémonie occidentale. Leur montée en puissance reflète le déplacement du centre de gravité de l'économie mondiale et l'aspiration à un ordre international plus multipolaire.
Ouverture pour le programme HGGSP : L'étude des BRICS invite à interroger plusieurs concepts clés du Bac. D'abord, la notion de puissance : est-elle seulement matérielle (économie, militaire) ou aussi discursive et institutionnelle ? Ensuite, la gouvernance mondiale : les institutions des BRICS sont-elles complémentaires ou concurrentes des organisations traditionnelles ? Enfin, les conflits et coopérations : comment les rivalités entre membres (Chine/Inde) coexistent-elles avec leur volonté commune de contester l'ordre établi ? Les BRICS incarnent ainsi les tensions et les dynamiques complexes qui façonnent le monde du XXIe siècle, entre affirmation de nouvelles puissances, persistance des rivalités et recherche d'un multilatéralisme réinventé.
