La stratégie navale chinoise

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En 2022, la Chine lance son troisième porte-avions, le Fujian, équipé de catapultes électromagnétiques de technologie avancée. Cette réalisation symbolise l'ambition de Pékin de devenir une puissance navale mondiale capable de projeter sa puissance au-delà de ses eaux côtières. Depuis la fin de la Guerre froide et surtout depuis les années 2000, la Chine a entrepris une modernisation spectaculaire de sa marine, la People's Liberation Army Navy (PLAN). Cette transformation s'inscrit dans un contexte de croissance économique fulgurante qui a rendu le pays extrêmement dépendant des routes maritimes pour son approvisionnement en énergie (pétrole, gaz) et en matières premières, ainsi que pour ses exportations. La mer de Chine méridionale, revendiquée presque entièrement par Pékin malgré les contestations des pays riverains (Vietnam, Philippines, Malaisie, Brunei) et les décisions contraires de la Cour permanente d'arbitrage de La Haye en 2016, est devenue un théâtre de tensions géopolitiques majeures. La stratégie navale chinoise est ainsi un élément central de sa politique étrangère et de sa vision de devenir une grande puissance. Dans quelle mesure la stratégie navale chinoise, articulée autour du renforcement de sa marine de guerre et du développement d'infrastructures portuaires à l'étranger, constitue-t-elle un instrument de puissance au service de ses ambitions géopolitiques et économiques, notamment dans le cadre des Nouvelles Routes de la Soie ?

1I. La modernisation militaire : construire une marine de haute mer (blue-water navy)

La priorité absolue de la stratégie navale chinoise a été de transformer sa marine, longtemps une force côtière défensive (brown-water navy), en une marine capable d'opérer durablement en haute mer et de projeter sa puissance à l'échelle mondiale. Cette ambition se concrétise par des investissements massifs et un programme de construction navale sans équivalent au monde.

Points cles

  • A. Le développement d'une force aéronavale : la course aux porte-avions
  • B. La montée en puissance des sous-marins et la militarisation des îles artificielles

2II. L'expansion économique et logistique : le « collier de perles » et les Routes de la Soie maritimes

La stratégie navale chinoise ne se limite pas à la puissance militaire pure. Elle s'appuie sur un réseau dense d'investissements dans des infrastructures portuaires à l'étranger, souvent décrit comme un « collier de perles », qui sert à la fois des objectifs économiques et des intérêts stratégiques de long terme.

Points cles

  • A. Le concept du « collier de perles » : sécuriser les voies d'approvisionnement
  • B. L'intégration dans les Routes de la Soie maritimes du XXIe siècle (Maritime Silk Road)

3III. Les enjeux et les tensions géopolitiques générées

Cette double expansion, militaire et économique, place la Chine en position de challenger direct de l'ordre maritime établi, dominé depuis 1945 par les États-Unis et leurs alliés. Elle génère des frictions croissantes et redessine la géopolitique des espaces maritimes, notamment en Indo-Pacifique.

Points cles

  • A. La confrontation avec les États-Unis et leurs alliés en Indo-Pacifique
  • B. Les réactions des pays riverains et la recherche d'un équilibre régional

Synthese

Point clé 1 : La Chine a construit la marine la plus nombreuse du monde, avec trois porte-avions et une flotte de plus de 350 navires de combat, visant à projeter sa puissance en haute mer. Point clé 2 : La militarisation des îles artificielles en mer de Chine méridionale permet à Pékin d'y établir un contrôle de fait et de mettre en œuvre une stratégie de déni d'accès (A2/AD) contre les maries étrangères. Point clé 3 : Le réseau d'infrastructures portuaires du « collier de perles », intégré aux Routes de la Soie maritimes, sécurise les voies d'approvisionnement chinoises et crée des points d'appui logistiques à potentiel dual (civil et militaire). Point clé 4 : Cette expansion génère une confrontation stratégique majeure avec les États-Unis, qui répondent par des patrouilles de liberté de navigation (FONOPS) et le renforcement d'alliances comme le QUAD et l'AUKUS. Point clé 5 : Les pays riverains de l'Indo-Pacifique, comme l'Inde, le Vietnam et les Philippines, sont contraints de rééquilibrer leur diplomatie et de renforcer leurs capacités navales face à la montée en puissance chinoise.

Mots-cles

Puissance maritimeGéopolitique des détroitsDiplomatie du port
EdTech AI