Introduction : La Chine, un acteur majeur de la géopolitique africaine
Depuis le début du XXIe siècle, la présence de la République populaire de Chine en Afrique s'est considérablement accrue, devenant un sujet d'étude central en Histoire-Géographie, Géopolitique et Sciences Politiques (HGGSP). Cette montée en puissance s'inscrit dans la stratégie globale de la Chine pour affirmer son statut de superpuissance et sécuriser les ressources nécessaires à sa croissance économique. Pour les États africains, ce partenariat offre à la fois des opportunités de développement sans précédent et soulève des questions cruciales sur leur souveraineté et leur place dans un système international en recomposition. Analyser la relation sino-africaine permet de mobiliser des notions clés du programme de Terminale : la puissance sous ses formes multiples (hard et soft power), les stratégies d'influence, la notion d'État-continent, et les dynamiques d'un monde multipolaire où de nouveaux acteurs contestent l'ordre établi.
Les fondements et les manifestations de l'engagement chinois
Un héritage historique et une vision stratégique : les « Nouvelles Routes de la Soie »
La relation sino-africaine ne date pas d'hier. Elle plonge ses racines dans la période de la Guerre froide, où la Chine, se présentant comme un pays du Sud solidaire des luttes anticoloniales, établissait des liens politiques avec plusieurs mouvements de libération. Cependant, le tournant majeur intervient avec le lancement officiel du Forum sur la Coopération Sino-Africaine (FOCSA) en 2000, et surtout avec l'initiative des « Nouvelles Routes de la Soie » ou Belt and Road Initiative (BRI) en 2013. Ce projet pharaonique vise à créer un réseau mondial d'infrastructures (ports, voies ferrées, routes, pipelines) connectant la Chine à l'Afrique, à l'Europe et à l'Asie. En Afrique, la BRI se traduit par des investissements massifs dans des projets structurants, souvent financés par des prêts concessionnels accordés par des banques d'État chinoises.
Les leviers de l'influence chinoise : infrastructures, commerce et diplomatie
L'influence chinoise repose sur plusieurs piliers interdépendants. Premièrement, le levier économique et infrastructurel est le plus visible. La Chine finance et construit des autoroutes (comme en Éthiopie), des lignes de chemin de fer (Mombasa-Nairobi au Kenya, Addis-Abeba-Djibouti), des ports en eau profonde (Doraleh à Djibouti, Lekki au Nigeria), des barrages et des stades. Ces projets répondent à un besoin criant de développement mais lient également les économies africaines à la Chine. Deuxièmement, le levier commercial est fondamental : la Chine est le premier partenaire commercial de l'Afrique depuis 2009. Les échanges sont asymétriques : l'Afrique exporte principalement des matières premières (pétrole, minerais, bois agricole) et importe des biens manufacturés et des équipements chinois. Troisièmement, le levier diplomatique s'exerce via le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures, séduisant pour des régimes parfois critiqués par les puissances occidentales. Enfin, le levier socioculturel se développe avec l'ouverture d'Instituts Confucius, l'accueil d'étudiants africains et l'envoi de médecins et d'experts techniques.
Analyse géopolitique : opportunités, critiques et enjeux de souveraineté
Les opportunités perçues : un partenariat « gagnant-gagnant » ?
Du point de vue de nombreux dirigeants africains, le partenariat avec Pékin présente des avantages tangibles. Il offre un financement rapide et sans conditionnalités politiques (liées à la démocratie ou aux droits de l'homme) pour des projets d'infrastructures longtemps reportés. La rapidité d'exécution des chantiers par les entreprises chinoises est également souvent mise en avant. Sur le plan géopolitique, la Chine offre une alternative aux partenaires traditionnels (Europe, États-Unis), permettant aux États africains de diversifier leurs alliances et d'affirmer une plus grande autonomie dans leur politique étrangère. Cette relation est officiellement présentée par les deux parties comme un partenariat « gagnant-gagnant » et Sud-Sud, basé sur le respect mutuel et des intérêts communs.
Les critiques et les risques : la question de la dette et des dépendances
Cependant, ce modèle fait l'objet de vives critiques, souvent formulées par les puissances occidentales concurrentes, mais aussi par des chercheurs et acteurs de la société civile africaine. La principale accusation est celle du « piège de la dette » (debt-trap diplomacy). Certains pays, comme la Zambie ou l'Éthiopie, se sont fortement endettés auprès de la Chine. Si un État ne peut pas rembourser, il pourrait être contraint de céder le contrôle d'actifs stratégiques (comme le port de Hambantota au Sri Lanka, souvent cité en exemple, bien qu'hors d'Afrique). D'autres critiques portent sur les normes environnementales et sociales parfois moins exigeantes des entreprises chinoises, et sur le fait que les grands projets emploient majoritairement de la main-d'œuvre chinoise, limitant les retombées en termes d'emplois locaux. Enfin, sur le plan structurel, certains analystes y voient une forme de « néo-colonialisme économique », où l'Afrique resterait cantonnée à un rôle d'exportateur de matières premières, reproduisant ainsi une dépendance héritée de la période coloniale.
L'enjeu central : la souveraineté africaine à l'épreuve
Au cœur du débat HGGSP se trouve la question de la souveraineté des États africains. La relation avec la Chine est-elle un vecteur d'émancipation ou, au contraire, crée-t-elle de nouvelles dépendances ? D'un côté, l'accès à des financements sans conditions politiques renforce la marge de manœuvre des gouvernements. De l'autre, l'endettement massif et le contrôle d'infrastructures critiques (ports, communications) par un acteur étranger peuvent limiter cette même souveraineté à long terme. Cette tension illustre parfaitement le dilemme des États en développement dans la mondialisation : comment capter les investissements nécessaires au développement tout en préservant son autonomie stratégique ? La capacité des États africains à négocier, à réguler les investissements et à diversifier leurs partenariats (avec l'Union européenne, l'Inde, la Turquie, les pays du Golfe) sera déterminante pour leur avenir.
Conclusion et ouverture HGGSP : l'Afrique, terrain d'affrontement et d'affirmation dans un monde multipolaire
La présence chinoise en Afrique est un phénomène structurant qui dépasse la simple relation bilatérale. Elle s'inscrit dans la recomposition des rapports de force à l'échelle mondiale. L'Afrique devient un théâtre de compétition entre puissances établies (États-Unis, France) et puissances émergentes (Chine, mais aussi Russie, Inde, Turquie). Cette rivalité, souvent qualifiée de « nouvelle guerre froide » ou de compétition systémique, offre paradoxalement aux États africains une certaine latitude pour jouer de ces rivalités et maximiser leurs avantages. Pour aller plus loin dans le cadre du programme HGGSP, on peut s'interroger : cette multipolarité est-elle synonyme d'un plus grand pouvoir d'agir (agency) pour les États africains, ou au contraire d'une fragmentation et d'une instabilité accrues du continent ? L'Union africaine et les organisations sous-régionales parviendront-elles à définir une position commune et une stratégie collective face à ces géants, afin de transformer cette compétition en levier pour un développement endogène et durable ? L'étude de la Chine en Afrique nous invite finalement à réfléchir à la façon dont les États-continents comme la Chine projettent leur puissance et comment les autres acteurs, notamment les pays en développement, négocient leur place dans cet ordre international en mutation.
