Afrique28 janvier 202610 min de lecture

La ZLECAF, un tournant pour l'intégration africaine ?

La Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAF), entrée en vigueur en 2021, vise à créer le plus grand marché unique au monde. Cet article analyse ses enjeux géopolitiques, ses défis structurels et son impact sur la souveraineté des États, en lien avec le programme HGGSP sur les dynamiques d'intégration régionale et les rivalités de puissance.

Introduction : La ZLECAF, un projet géopolitique ambitieux

La Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAF), officiellement lancée le 1er janvier 2021, représente l'un des projets d'intégration économique les plus ambitieux de l'histoire contemporaine. Avec 54 des 55 pays de l'Union africaine signataires, elle vise à créer un marché unique de plus de 1,3 milliard d'habitants et un PIB combiné dépassant 3 400 milliards de dollars. Pour les élèves de Terminale HGGSP, cet événement majeur illustre parfaitement les thèmes du programme : les dynamiques d'intégration régionale, les enjeux de la mondialisation, et les rivalités de puissance dans un monde multipolaire. La ZLECAF n'est pas qu'un simple accord commercial ; c'est un instrument géopolitique visant à transformer la place de l'Afrique dans la mondialisation, en réduisant sa dépendance aux marchés extérieurs et en renforçant son autonomie stratégique.

Contexte historique et géopolitique de l'intégration africaine

Pour comprendre la ZLECAF, il faut la replacer dans la longue histoire des tentatives d'intégration africaine, étudiée en HGGSP à travers le prisme des aires de civilisation et des logiques d'organisation régionale. Dès les indépendances, des figures comme Kwame Nkrumah plaidaient pour une unité politique continentale, mais les divisions de la Guerre froide et les héritages coloniaux ont favorisé une fragmentation en sous-ensembles régionaux (CEDEAO, SADC, COMESA, etc.). La ZLECAF émerge ainsi dans un contexte de multiscalarité : elle cherche à articuler les intégrations sous-régionales préexistantes avec un projet continental, tout en répondant aux défis du XXIe siècle – montée du protectionnisme mondial, rivalités sino-américaines, et urgences climatiques. Son adoption en 2018, avec un leadership porté notamment par l'Afrique du Sud, le Nigeria et l'Égypte, révèle aussi des rapports de force internes et une volonté de peser collectivement face aux puissances extérieures.

Les objectifs économiques et politiques de la ZLECAF

La ZLECAF poursuit des objectifs multiples, qui dépassent le cadre purement économique. Sur le plan commercial, elle prévoit la suppression progressive de 90% des droits de douane sur les échanges intra-africains, avec pour but de stimuler le commerce intracontinental, aujourd'hui très faible (environ 17% du total, contre plus de 60% en Europe ou en Asie). Cette libéralisation doit s'accompagner de protocoles sur les services, la propriété intellectuelle, l'investissement et la politique de la concurrence. Politiquement, la ZLECAF incarne une souveraineté retrouvée : en créant une chaîne de valeur continentale, l'Afrique espère réduire sa dépendance aux exportations de matières premières et aux importations de produits manufacturés, et ainsi mieux résister aux chocs extérieurs. C'est un projet de déconnexion relative pour mieux se reconnecter à la mondialisation, thème central en HGGSP lorsqu'on aborde les stratégies des États face à la globalisation.

Les défis géopolitiques et structurels de la mise en œuvre

La réussite de la ZLECAF se heurte à plusieurs défis de taille, qui font écho aux notions de coopération et conflictualité étudiées en classe. Premièrement, les asymétries économiques sont criantes : comment concilier les intérêts de pays industrialisés comme l'Afrique du Sud avec ceux d'économies fragiles ou enclavées comme le Niger ou le Tchad ? Les compensations prévues pour les pays les moins avancés restent floues. Deuxièmement, les infrastructures de transport et de communication sont déficientes, limitant la fluidité des échanges. Troisièmement, des rivalités politiques persistantes (ex. : entre le Maroc et l'Algérie) ou des conflits armés (Sahel, Corne de l'Afrique) entravent la coopération. Enfin, la ZLECAF doit composer avec les accords commerciaux existants, notamment les APE (Accords de Partenariat Économique) avec l'Union européenne, qui créent des obligations contradictoires pour certains États. Ces obstacles illustrent la difficulté de construire une intégration par le haut dans un continent marqué par une grande diversité.

La ZLECAF dans les rivalités de puissance mondiales

La ZLECAF s'inscrit dans un jeu géopolitique global. Pour la Chine, partenaire commercial majeur de l'Afrique via les Nouvelles Routes de la Soie, une Afrique intégrée pourrait être un marché plus structuré mais aussi un concurrent potentiel dans les industries légères. Pour les États-Unis et l'Europe, qui voient l'Afrique comme un espace d'influence, la ZLECAF peut apparaître comme un outil d'émancipation susceptible de réduire leur levier. Cependant, ces puissances soutiennent officiellement le projet, y voyant une opportunité de stabilité et de croissance. La ZLECAF devient ainsi un enjeu de diplomatie économique, où l'Afrique tente de négocier collectivement avec des partenaires extérieurs, plutôt que de façon bilatérale et désunie. Cette dimension est cruciale pour comprendre comment les acteurs régionaux cherchent à affirmer leur autonomie dans un monde multipolaire.

Impacts sociaux, environnementaux et perspectives

Au-delà de la géopolitique, la ZLECAF aura des conséquences profondes sur les sociétés africaines. Elle pourrait stimuler l'emploi, notamment des jeunes, en développant des industries locales, mais risque aussi de provoquer des désajustements sectoriels et des inégalités accrues si elle n'est pas accompagnée de politiques sociales. Environnementalement, l'augmentation des échanges et de la production pose la question du développement durable : la ZLECAF saura-t-elle promouvoir une croissance verte et respectueuse des limites planétaires ? Par ailleurs, le succès de la ZLECAF dépendra de sa capacité à associer les acteurs non étatiques – entreprises, syndicats, sociétés civiles –, montrant ainsi que l'intégration ne se décrète pas uniquement entre gouvernements.

Conclusion et ouverture HGGSP

La ZLECAF constitue une étape majeure dans le long processus d'intégration africaine. Elle illustre la volonté des États du continent de prendre en main leur destin économique et géopolitique, en créant des solidarités régionales pour peser dans la mondialisation. Pour les élèves de HGGSP, elle offre un cas d'étude riche sur les formes et les défis de l'intégration régionale, les reconfigurations de la puissance à l'ère globale, et les tensions entre souveraineté nationale et gouvernance supranationale. En ouverture, on peut s'interroger : la ZLECAF préfigure-t-elle une future union politique africaine, ou restera-t-elle un marché économique sans intégration politique profonde ? Son évolution permettra d'analyser si l'Afrique parvient à inventer un modèle d'intégration original, distinct des modèles européen ou asiatique, et capable de répondre aux spécificités de son histoire et de ses défis contemporains.

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