Analyses hebdomadaires28 janvier 202610 min de lecture

La montée des populismes en Europe : un défi pour la démocratie et l'Union

L'analyse explore la progression des mouvements populistes en Europe, en s'appuyant sur les récentes élections européennes et nationales. Elle examine les causes structurelles (crise économique, migrations, défiance institutionnelle) et les conséquences géopolitiques pour l'UE, en lien avec les thèmes du programme HGGSP sur les démocraties et les aires de puissance.

Introduction : Le populisme, une lame de fond dans le paysage politique européen

La semaine politique européenne a été marquée par la confirmation d'une tendance lourde : la progression électorale des partis dits « populistes » dans plusieurs États membres de l'Union européenne. Des élections législatives récentes aux scrutins locaux, ces formations, souvent classées à l'extrême droite mais parfois aussi à l'extrême gauche, remettent en question les équilibres politiques traditionnels. Pour nous, élèves de Terminale suivant la spécialité Histoire-Géographie, Géopolitique et Sciences Politiques (HGGSP), ce phénomène est un objet d'étude central. Il touche directement aux thèmes du programme : « Faire la guerre, faire la paix » (à travers les questions de souveraineté et de nationalisme), « Les démocraties face aux risques » et « L'Union européenne dans la mondialisation ». Comprendre le populisme, ce n'est pas seulement analyser un courant politique, c'est interroger la santé de nos démocraties libérales et l'avenir du projet d'intégration européenne.

Partie 1 : Définir le phénomène populiste dans le contexte européen actuel

Un concept aux multiples visages

Le terme « populisme » est souvent utilisé de manière polémique. En sciences politiques, on le définit généralement par un discours qui oppose un « peuple » pur et vertueux à des « élites » corrompues ou déconnectées, et à des « autres » présentés comme menaçants (immigrants, institutions supranationales comme l'UE). En Europe, ce discours se décline différemment selon les contextes nationaux. On observe ainsi :

  • Le populisme national-conservateur (exemple : le Fidesz en Hongrie de Viktor Orbán, le Parti de la Loi et de la Justice - PiS en Pologne), qui met l'accent sur la défense de la souveraineté nationale, des valeurs chrétiennes et traditionnelles contre ce qu'il perçoit comme les ingérences de Bruxelles.
  • Le populisme d'extrême droite radicale (exemple : le Rassemblement National en France, l'AfD en Allemagne, le Parti pour la Liberté - PVV de Geert Wilders aux Pays-Bas), qui combine critique des élites, hostilité à l'immigration (souvent islam perçu comme une menace) et euroscepticisme.
  • Le populisme de gauche (exemple : Podemos en Espagne, La France Insoumise), qui oppose le « peuple » aux « oligarchies » économiques et financières, critiquant l'austérité et la mondialisation néolibérale, mais sans nécessairement rejeter le cadre européen de la même manière.

Des succès électoraux significatifs et récents

La dynamique est incontestable. En 2023, le PVV de Geert Wilders a remporté les élections législatives aux Pays-Bas. En France, le Rassemblement National est crédité de scores élevés dans les intentions de vote pour les prochaines élections européennes. En Italie, le gouvernement de Giorgia Meloni (Frères d'Italie) incarne cette mouvance au pouvoir. En Suède et en Finlande, des partis populistes de droite sont désormais indispensables pour former des majorités parlementaires. Ces succès ne sont plus marginaux ; ils structurent désormais le jeu politique et contraignent les partis traditionnels (conservateurs, sociaux-démocrates) à adapter leur discours, notamment sur les questions migratoires et identitaires.

Partie 2 : Analyser les causes : pourquoi cette montée en puissance ?

Les racines socio-économiques et la « fracture géographique »

Le terreau du populisme est souvent analysé à travers le prisme des inégalités et des mutations économiques. La mondialisation et les politiques d'austérité suite à la crise de 2008 ont creusé des écarts. Les « perdants » de la mondialisation, les zones rurales ou périurbaines en déshérence, les classes populaires et moyennes précarisées, se sentent abandonnés par les élites politiques et économiques perçues comme favorisant les métropoles mondialisées et les flux migratoires. Cette fracture géographique et sociale est un moteur puissant du vote protestataire. Le sentiment d'une perte de contrôle et d'un déclassement nourrit le rejet des institutions jugées responsables, au premier rang desquelles l'Union européenne, vue comme le cheval de Troie d'une mondialisation dérégulée.

La crise migratoire de 2015 et les enjeux identitaires

L'arrivée massive de réfugiés en 2015 a constitué un catalyseur décisif. Elle a placé au cœur du débat public des questions de frontières, d'identité nationale et de sécurité. Les partis populistes ont su capitaliser sur les angoisses d'une partie de la population, proposant un discours simple : la fermeture des frontières et la priorité nationale. Ce thème dépasse la seule question économique pour toucher à des dimensions culturelles et civilisationnelles, renforçant l'idée d'un « nous » menacé par un « eux ». Ce discours rencontre un écho dans un contexte de montée du terrorisme islamiste en Europe.

La défiance envers les élites et les médias traditionnels

Le populisme prospère sur la crise de la représentation politique. La professionnalisation de la politique, les affaires, la perception d'une classe politique homogène et coupée des réalités du quotidien alimentent le rejet des « élites ». Les partis populistes se présentent comme les authentiques porte-parole du « vrai peuple ». Internet et les réseaux sociaux jouent un rôle ambivalent : ils permettent une démocratisation de la parole, mais aussi la diffusion de fake news et la création de bulles informationnelles qui renforcent les convictions et la défiance envers les médias dits « mainstream », accusés de mensonge par omission ou de partialité.

Partie 3 : Quelles conséquences géopolitiques pour l'Europe et le monde ?

Un affaiblissement interne de l'Union européenne

L'essor du populisme représente un défi existentiel pour l'UE, conçue comme un projet de coopération et d'intégration supranationale. Les partis populistes, en particulier de droite, sont majoritairement eurosceptiques. Leur objectif n'est plus de « réformer » l'Europe, mais souvent de la « défaire » de l'intérieur, en réaffirmant la souveraineté nationale contre le « fédéralisme » de Bruxelles. Cela se traduit par des blocages au Conseil de l'UE (nécessité d'unanimité sur certains sujets comme la fiscalité ou la politique étrangère), des conflits avec la Commission européenne sur l'État de droit (cas de la Hongrie et de la Pologne), et une paralysie sur des dossiers cruciaux comme la politique migratoire commune. L'UE risque de se retrouver affaiblie, divisée, et moins capable d'agir collectivement.

Un bouleversement des alliances et de la politique étrangère

Sur la scène internationale, les gouvernements populistes tendent à redéfinir les alliances traditionnelles. On observe un rapprochement avec d'autres régimes autoritaires ou illibéraux, perçus comme des modèles de défense de la souveraineté nationale. Viktor Orbán entretient ainsi des relations privilégiées avec la Russie de Vladimir Poutine et la Chine. Ceci fragilise la position unie de l'UE face à Moscou, notamment dans le contexte de la guerre en Ukraine, même si des partis comme le RN ou la Lega ont dû nuancer leur soutien à Poutine après l'invasion. La relation transatlantique avec les États-Unis peut aussi être affectée, selon l'orientation de la Maison-Blanche.

Une remise en cause du modèle démocratique libéral

Enfin, le populisme au pouvoir interroge la nature même du régime politique. En Hongrie ou en Pologne, on parle désormais de « démocratie illibérale », un système où des élections ont lieu, mais où les contre-pouvoirs (justice, médias, société civile) sont méthodiquement affaiblis pour concentrer le pouvoir entre les mains du leader. Cette conception, qui s'oppose frontalement aux valeurs de l'État de droit défendues par l'UE, représente une alternative séduisante pour certains et une menace directe pour l'architecture démocratique européenne post-1945.

Conclusion et ouverture HGGSP : Le populisme, symptôme ou maladie de la démocratie ?

La montée des populismes en Europe n'est donc pas un épiphénomène. Elle est le symptôme de crises profondes : crise de la représentation, crise économique et identitaire, crise du projet européen. En tant qu'élèves de HGGSP, nous devons analyser ce phénomène avec rigueur, sans diabolisation ni angélisme. Il pose des questions fondamentales : comment les démocraties peuvent-elles répondre aux angoisses légitimes d'une partie de leur population sans céder aux solutions simplistes et excluantes ? L'Union européenne peut-elle se réformer pour regagner la confiance des citoyens et trouver un nouvel équilibre entre intégration et respect des souverainetés nationales ?

Ouverture HGGSP : Cette analyse nous invite à faire des liens avec d'autres thèmes du programme. On peut ainsi établir un parallèle avec « L'environnement, entre exploitation et protection : un enjeu planétaire ». En effet, certains partis populistes (notamment de droite) font du rejet des politiques climatiques « punitives » de Bruxelles un argument électoral, défendant une vision souverainiste et productiviste face à un environnementalisme perçu comme élitiste et mondialiste. De même, le thème « Faire la guerre, faire la paix » est concerné : le discours populiste sur la fermeture des frontières et la défense de la « forteresse Europe » redéfinit la conception même de la sécurité et de la frontière dans un monde globalisé. Enfin, une comparaison avec la montée des populismes dans d'autres aires de puissance, comme aux États-Unis avec le trumpisme, permettrait une approche géopolitique à l'échelle mondiale, mettant en lumière la fragilité contemporaine du modèle démocratique libéral.

Dans la meme rubrique

28 janvier 2026

Les sanctions économiques internationales : un instrument géopolitique à double tranchant

Cette analyse explore les sanctions économiques comme outil de politique étrangère, entre coercition et résilience. Elle examine leurs objectifs, leurs mécanismes et leurs impacts contrastés, en lien avec les thèmes du programme HGGSP sur la puissance et les relations internationales. L'étude de cas récentes illustre leurs limites et leurs conséquences géopolitiques.

Lire l'article
28 janvier 2026

Soft Power Culturel : Un Enjeu Geopolitique Majeur pour les Etats

Le soft power, ou pouvoir de seduction, est une notion cle du programme HGGSP. Cette analyse explore comment la culture (cinema, series, musique, gastronomie) devient un instrument de puissance et d'influence pour les Etats dans la competition internationale. Nous etudions les strategies americaine, sud-coreenne et francaise.

Lire l'article
28 janvier 2026

Cyberguerre et souveraineté numérique : un enjeu géopolitique majeur pour les États

La cyberguerre, conflit dans l'espace numérique, redéfinit la puissance et la souveraineté des États. Elle soulève des questions cruciales sur la sécurité, l'influence et la dépendance technologique. Cette analyse explore ses formes, ses acteurs et ses implications pour la souveraineté numérique, thème central du programme HGGSP.

Lire l'article
28 janvier 2026

Crise migratoire mondiale : entre réalités géopolitiques et enjeux pour le Bac HGGSP

Cette analyse hebdomadaire décrypte la crise migratoire mondiale comme un objet géopolitique complexe. Elle relie les flux actuels aux dynamiques du programme HGGSP : frontières, souveraineté, inégalités de développement et gouvernance mondiale. L'objectif est de fournir des clés de lecture pour les épreuves du Baccalauréat.

Lire l'article
28 janvier 2026

Les BRICS : Un nouvel acteur géopolitique en quête d'influence ?

L'analyse hebdomadaire explore l'influence croissante des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) dans l'ordre mondial. Elle examine comment ce groupe, né d'un acronyme financier, se structure pour contester l'hégémonie occidentale et propose des alternatives dans les domaines économique, diplomatique et de gouvernance globale. Cette étude s'inscrit parfaitement dans le thème du Bac HGGSP sur les dynamiques des puissances internationales.

Lire l'article
28 janvier 2026

La course aux armements nucléaires : un enjeu géopolitique majeur du XXIe siècle

Cette analyse explore la dynamique contemporaine de la course aux armements nucléaires, en lien avec le thème 'Faire la guerre, faire la paix' du programme HGGSP. Elle examine les doctrines stratégiques, les acteurs étatiques et les enjeux de la dissuasion dans un contexte de tensions renouvelées, tout en questionnant l'efficacité des régimes de non-prolifération.

Lire l'article

Explorer d'autres rubriques

EdTech AI