Introduction : Un conflit matriciel des relations internationales
Le conflit entre Israël et les Palestiniens constitue l'un des contentieux les plus durables et complexes de la scène internationale contemporaine. Pour les élèves de spécialité HGGSP, il représente un objet d'étude privilégié pour comprendre comment s'entremêlent des logiques territoriales, des revendications nationales antagonistes, des enjeux de mémoire et des dynamiques géopolitiques régionales et globales. Loin d'être un simple différend local, il fonctionne comme un analyseur des équilibres mondiaux, impliquant directement les puissances régionales et les grands acteurs internationaux. Cette analyse se propose de décrypter ses causes historiques profondes, la pluralité de ses acteurs et les enjeux géopolitiques qui en font un dossier toujours irrésolu.
Partie 1 : Les racines historiques et les causes structurelles du conflit
De l'Empire ottoman au Mandat britannique : la genèse d'une rivalité nationale
Pour contextualiser, il faut remonter à la fin de la Première Guerre mondiale et à l'effondrement de l'Empire ottoman. La région de la Palestine, peuplée majoritairement d'Arabes musulmans et chrétiens, avec une minorité juive historique, passe sous contrôle britannique par un mandat de la Société des Nations (SDN). C'est durant cette période (1920-1948) que le projet sioniste, né à la fin du XIXe siècle en réponse aux persécutions antisémites en Europe, prend une dimension concrète avec une immigration juive croissante. La promesse Balfour de 1917, par laquelle le Royaume-Uni se déclarait en faveur de l'établissement d'un « foyer national juif » en Palestine, est perçue par la population arabe comme une trahison de ses aspirations à l'autodétermination. Cette période voit se cristalliser deux nationalismes, l'un juif-sioniste et l'autre arabe-palestinien, revendiquant le même territoire.
1947-1949 : La Nakba et la création d'Israël, un traumatisme fondateur
Le plan de partage de l'ONU de novembre 1947, qui propose la création de deux États, un juif et un arabe, est accepté par les dirigeants sionistes mais rejeté par les dirigeants arabes palestiniens et les États arabes voisins. La guerre qui s'ensuit à la suite de la proclamation de l'État d'Israël le 14 mai 1948 aboutit à la victoire israélienne et à une redéfinition territoriale bien plus favorable à Israël que le plan de partage. Pour les Palestiniens, c'est la Nakba (la « catastrophe ») : environ 700 000 d'entre eux fuient ou sont expulsés de leurs foyers, créant le problème durable des réfugiés. Cette guerre instaure une situation de non-reconnaissance mutuelle et pose les bases du conflit territorial actuel.
Partie 2 : Les acteurs du conflit : une mosaïque complexe
Les acteurs étatiques et para-étatiques directs
Israël est un État souverain depuis 1948, doté d'une puissante armée et d'une économie développée. Son système politique, démocratique à l'intérieur de ses frontières reconnues, est marqué par une grande fragmentation et la montée en puissance de partis nationalistes favorables à la colonisation. Face à lui, l'Autorité Palestinienne (AP), née des Accords d'Oslo dans les années 1990, administre partiellement la Cisjordanie mais sa légitimité est affaiblie par l'absence d'État souverain et des divisions internes. À Gaza, le mouvement islamiste Hamas, qui a pris le contrôle du territoire en 2007, fonctionne comme un acteur para-étatique, combinant une gouvernance locale et une résistance armée contre Israël, qu'il ne reconnaît pas.
Les acteurs régionaux et internationaux : le conflit comme arène géopolitique
Le conflit dépasse largement le cadre israélo-palestinien. Il mobilise des acteurs régionaux aux agendas divers, parfois contradictoires : l'Iran, qui soutient le Hamas et le Hezbollah libanais dans une logique de confrontation avec Israël et d'influence régionale ; les pétromonarchies du Golfe (comme les Émirats Arabes Unis ou Bahreïn) qui, via les Accords d'Abraham (2020), ont normalisé leurs relations avec Israël, marginalisant temporairement la question palestinienne ; ou encore la Turquie et le Qatar, soutiens du Hamas. Sur le plan international, les États-Unis restent l'allié historique et le principal soutien diplomatique et militaire d'Israël, même si des franges de l'opinion et du Congrès sont plus critiques. L'Union européenne est divisée, entre soutien traditionnel à Israël et préoccupation pour le droit international. La Russie et la Chine jouent également un rôle croissant, cherchant à accroître leur influence au Moyen-Orient.
Partie 3 : Les enjeux géopolitiques contemporains et les obstacles à la paix
Les questions territoriales irrésolues : colonies, frontières et Jérusalem
Le cœur du conflit reste territorial. Plusieurs questions bloquent toute solution négociée :
- Les colonies israéliennes en Cisjordanie : considérées comme illégales par le droit international, elles fragmentent le territoire palestinien et rendent quasiment impossible la création d'un État palestinien viable et contigu.
- Le statut de Jérusalem : Israël a annexé la partie orientale de la ville, qu'il considère comme sa capitale « une et indivisible ». Les Palestiniens revendiquent Jérusalem-Est comme capitale de leur futur État. Cette surenchère symbolique et religieuse est hautement inflammable.
- Les frontières de 1967 : Les Palestiniens basent leurs revendications sur les frontières d'avant la guerre des Six-Jours (ligne de 1967). Israël rejette un retour pur et simple à ces lignes, évoquant des besoins sécuritaires et des « faits accomplis » sur le terrain (colonies).
Les enjeux humains et de sécurité : réfugiés, blocus et violence cyclique
Le conflit a créé des situations humanitaires et sécuritaires chroniques. La question des réfugiés palestiniens (près de 6 millions aujourd'hui, selon l'UNRWA) et de leur « droit au retour » est un point de contentieux majeur, Israël y voyant une menace démographique à son caractère juif. À Gaza, le blocus imposé par Israël et l'Égypte depuis la prise de pouvoir du Hamas a créé une crise humanitaire profonde et un terrain propice à la radicalisation. La dynamique de violence est cyclique : actions militaires israéliennes, tirs de roquettes depuis Gaza, attentats, suivis de trêves précaires, dans un contexte d'asymétrie militaire totale.
L'effritement de la solution à deux États et la montée des alternatives
Le paradigme de la « solution à deux États », vivant côte à côte en paix, qui a guidé le processus d'Oslo, semble de plus en plus éloigné de la réalité sur le terrain. L'expansion continue des colonies, l'absence de perspective politique et la fragmentation du camp palestinien ont conduit à l'émergence d'autres scénarios discutés, comme :
- Un État binational unique, avec égalité des droits pour tous ses citoyens, mais rejeté par une majorité d'Israéliens qui y voient la fin du projet sioniste d'un État juif.
- Le statu quo, qui équivaut à une annexion de fait de la Cisjordanie sans droits politiques pour les Palestiniens, souvent qualifié d'« apartheid » par des organisations de défense des droits humains.
Conclusion et ouverture HGGSP
Le conflit israélo-palestinien demeure ainsi une clé de lecture essentielle des relations internationales. Il illustre la difficulté de concilier des droits nationaux concurrents sur un même espace, le poids des mémoires traumatiques, et l'incapacité du droit international à s'imposer face aux rapports de force et aux « faits accomplis ». Il montre aussi comment un conflit local est instrumentalisé et alimenté par des rivalités régionales plus larges (l'antagonisme Iran-Arabie saoudite, par exemple).
Ouverture HGGSP : Cette analyse invite à une réflexion plus large sur plusieurs thèmes du programme. D'abord, sur la puissance et ses formes : Israël déploie une puissance militaire et technologique hard power, mais aussi un soft power via son « start-up nation ». Les Palestiniens, en situation de faiblesse matérielle, mobilisent un pouvoir de contestation et une diplomatie du droit international (soft power). Ensuite, ce conflit interroge la fabrique de la paix : pourquoi les multiples tentatives de médiation (américaine, norvégienne, arabe) ont-elles échoué ? Enfin, il pose la question de l'efficacité des organisations internationales comme l'ONU, dont les résolutions (notamment la 242 de 1967) restent largement inappliquées, révélant les limites du multilatéralisme face aux intérêts des États souverains. En définitive, l'étude de ce conflit nous enseigne que la géopolitique est souvent l'art du tragique, où la recherche de sécurité par l'un engendre l'insécurité de l'autre, dans un cercle vicieux dont il est extrêmement difficile de sortir.
