Decryptage des conflits28 janvier 202610 min de lecture

Le conflit au Sahel : une crise multidimensionnelle aux portes de l'Europe

Le Sahel, vaste région d'Afrique, est le théâtre d'un conflit complexe mêlant instabilité politique, insécurité jihadiste et rivalités internationales. Cette analyse décrypte les racines historiques, la pluralité des acteurs (États, groupes armés, puissances extérieures) et les enjeux géopolitiques majeurs, comme la compétition d'influence et la gestion des flux migratoires. Elle s'inscrit pleinement dans les axes du programme HGGSP sur les conflits contemporains et la recomposition des puissances.

Introduction : Le Sahel, un « arc de crise » géopolitique

Le Sahel, bande semi-aride traversant l'Afrique de l'Atlantique à la mer Rouge, est devenu l'épicentre d'une des crises sécuritaires et humanitaires les plus graves de la planète. Loin d'être un simple conflit local, cette situation est un analyseur puissant des dynamiques géopolitiques du XXIe siècle. Pour les élèves de Terminale HGGSP, elle illustre parfaitement les thèmes du programme : la multiplicité des acteurs dans un conflit (États, groupes non-étatiques, organisations internationales), l'imbrication des échelles (locale, régionale, internationale), et la recomposition des influences entre puissances historiques et émergentes. Ce conflit, dont les racines plongent dans l'histoire coloniale et post-coloniale, met en lumière la difficile construction étatique, la compétition pour les ressources et l'impact du changement climatique comme facteur de déstabilisation.

Partie 1 : Les causes profondes et le terreau de la crise

Un héritage historique et des États fragiles

La fragilité structurelle des États sahéliens (Mali, Niger, Burkina Faso, Tchad) est une clé de compréhension essentielle. Les frontières, héritées de la colonisation, ne correspondent souvent pas aux réalités ethniques et sociales, créant des périphéries marginalisées où l'autorité de l'État est faible. La mauvaise gouvernance, la corruption endémique et l'incapacité à fournir des services publics de base (éducation, santé, sécurité) ont creusé un fossé de défiance entre les populations et leurs gouvernements. Cette faillite de l'État-providence a créé un vide que d'autres acteurs ont su exploiter.

Facteurs socio-économiques et environnementaux

Le Sahel est l'une des régions les plus pauvres du monde, avec une croissance démographique très forte. Le manque de perspectives économiques pour une jeunesse nombreuse est un puissant facteur de recrutement pour les groupes armés. S'y ajoute un enjeu crucial du programme HGGSP : l'impact du changement climatique. La désertification, l'imprévisibilité des pluies et la raréfaction des ressources (eau, pâturages) exacerbent les conflits entre agriculteurs sédentaires et éleveurs nomades, traditionnellement gérés par des mécanismes coutumiers. Ces tensions communautaires locales sont instrumentalisées par les groupes jihadistes.

Partie 2 : La pluralité des acteurs en présence

Les groupes jihadistes et les milices d'autodéfense

Le paysage des acteurs non-étatiques est extrêmement fragmenté. D'un côté, les groupes jihadistes, principalement liés à Al-Qaïda (Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans - GSIM) et à l'État islamique (État Islamique dans le Grand Sahara - EIGS). Ils ne se contentent pas de violence ; ils offrent parfois une forme de justice rudimentaire et des services, remplissant le vide laissé par l'État. De l'autre, ont proliféré des milices d'autodéfense ethniques (comme les Dogons au Mali ou les groupes d'autodéfense Koglweogo au Burkina). Cette multiplication d'acteurs armés illustre le concept de « fragmentation de la violence » et la privatisation de la sécurité, thème important en HGGSP.

Les États sahéliens et les organisations régionales

Les armées nationales, souvent sous-équipées et mal formées, ont peiné à contenir la menace. Cette impuissance a conduit à une série de coups d'État militaires au Mali, au Burkina Faso et au Niger entre 2020 et 2023, au nom de la restauration de la sécurité. Ces putschs ont profondément bouleversé la géopolitique régionale. Face à cela, les organisations régionales comme la CEDEAO (Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest) ont tenté de jouer un rôle, avec des sanctions et des menaces d'intervention, mais leur influence est aujourd'hui contestée par les régimes militaires.

Les acteurs internationaux : entre coopération et compétition

C'est à cette échelle que les enjeux géopolitiques sont les plus visibles. La France, via l'opération Barkhane (2014-2022) puis le dispositif plus restreint, a longtemps été la puissance militaire occidentale principale, héritant d'un rôle de gendarme post-colonial. Son retrait progressif du Mali et du Burkina a marqué un tournant. Les États-Unis maintiennent une présence discrète centrée sur le renseignement et les frappes ciblées. L'Union européenne est active via des missions de formation (EUTM Mali) et le contrôle des flux migratoires, externalisant sa frontière au Sahel. En face, de nouvelles puissances émergent : la Russie, via le groupe Wagner puis l'« Africa Corps », offre son soutien sécuritaire aux juntes en échange de ressources, tandis que la Turquie et les Émirats arabes unis accroissent aussi leur influence. Cette configuration est un parfait exemple de la recomposition des puissances et de la multipolarisation du monde.

Partie 3 : Les enjeux géopolitiques majeurs

Un enjeu de sécurité et de stabilité régionale

La violence, qui a fait des dizaines de milliers de morts et des millions de déplacés, menace désormais les pays côtiers du Golfe de Guinée (Côte d'Ivoire, Ghana, Togo, Bénin). Le conflit saharien se « littoralise », avec des risques d'instabilité pour toute l'Afrique de l'Ouest. La porosité des frontières et les trafics (armes, drogue, êtres humains) alimentent un cycle infernal d'insécurité.

Un enjeu de souveraineté et de modèles de gouvernance

Les régimes militaires au pouvoir à Bamako, Ouagadougou et Niamey revendiquent une souveraineté retrouvée face à l'ingérence perçue des anciennes puissances coloniales et de la CEDEAO. Ils cherchent de nouveaux partenaires (Russie, Chine) et promeuvent un modèle de gouvernance autoritaire, au nom de l'efficacité sécuritaire. Ce rejet des démocraties occidentales pose la question de l'attractivité relative des modèles politiques dans le monde.

Un enjeu migratoire et de contrôle des ressources

Le Sahel est une zone de transit cruciale pour les migrations vers l'Europe. La lutte contre l'immigration irrégulière est devenue un objectif central pour l'UE, qui finance et forme souvent des forces dont le bilan en matière de droits de l'Homme est contestable. Par ailleurs, la région est riche en ressources stratégiques : uranium (Niger, crucial pour l'énergie française), or, pétrole. Le contrôle de ces ressources et de leurs routes d'exportation est un enjeu économique et stratégique sous-jacent aux alliances.

Conclusion et ouverture HGGSP

Le conflit au Sahel est un conflit « hybride », mélangeant insurrection jihadiste, guerres communautaires, rivalités géopolitiques et criminalité transnationale. Il démontre l'inefficacité d'une réponse purement militaire et sécuritaire, qui, sans accompagnement politique, économique et de développement, ne peut qu'échouer. Pour les futurs bacheliers en HGGSP, cette crise est une étude de cas riche qui croise plusieurs axes du programme.

Ouverture HGGSP : Cette situation invite à une réflexion plus large sur la nature de la puissance au XXIe siècle. Elle questionne l'efficacité de la puissance militaire traditionnelle (échec relatif de Barkhane) face à des groupes asymétriques. Elle met en lumière la montée en puissance d'acteurs non-étatiques et l'importance des narratifs et de l'information (guerre de communication entre la France/Russie). Enfin, elle illustre le concept de « régionalisation des conflits » et la difficulté pour les organisations internationales (ONU, UE) à y apporter des réponses coordonnées dans un monde de plus en plus multipolaire et compétitif. Le Sahel est ainsi un laboratoire des nouvelles conflictualités et des recompositions géopolitiques mondiales.

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