Introduction : Un scrutin sous haute tension géopolitique
L'élection présidentielle américaine du 5 novembre 2024 s'annonce comme l'un des scrutins les plus polarisés et les plus observés de l'histoire contemporaine. Pour les élèves de spécialité HGGSP, elle constitue une étude de cas exceptionnelle pour comprendre les mécanismes de la démocratie dans une puissance mondiale, analyser les recompositions politiques internes et évaluer leurs répercussions sur l'ordre international. Dans un contexte de guerre en Ukraine, de tensions en Asie-Pacifique et de défis climatiques globaux, le résultat de cette édition influencera directement les équilibres géopolitiques pour les années à venir. Ce scrutin dépasse la simple alternance politique ; il interroge la résilience des institutions américaines, la nature de son leadership et sa capacité à projeter sa puissance.
Partie 1 : Le cadre institutionnel et électoral américain, un objet géopolitique
Le système électoral américain, souvent perçu comme complexe, est un élément clé de la puissance structurelle des États-Unis. Il ne s'agit pas d'une élection au suffrage universel direct, mais d'un vote par État désignant des grands électeurs (le Collège électoral). Ce mécanisme, hérité du compromis fondateur de 1787 entre États peuplés et moins peuplés, confère une importance géographique décisive aux « swing states » (États pivots) comme la Pennsylvanie, le Michigan, le Wisconsin, la Géorgie ou l'Arizona. La campagne se concentre sur ces territoires, dessinant une véritable géographie électorale qui reflète les fractures socio-économiques et culturelles du pays. L'analyse de cette carte électorale est essentielle en HGGSP pour saisir comment l'espace national est politiquement fragmenté et comment ces divisions internes affectent la politique étrangère. Par exemple, les préoccupations économiques des électeurs de la « Rust Belt » (ceinture industrielle en déclin) peuvent influencer la position américaine sur le commerce international et la relation avec la Chine.
1.1. Le fédéralisme et la bataille des États
Le fédéralisme américain donne un rôle crucial aux gouverneurs et aux législatures d'État dans l'organisation des élections et la définition des règles du jeu (comme le vote par correspondance ou les exigences d'identification). Ces batailles législatives locales sont devenues un front politique majeur, illustrant la notion de « guerre des institutions » et la politisation des processus démocratiques. Cette décentralisation du pouvoir électoral est un facteur de résilience, mais aussi de vulnérabilité, pouvant conduire à des contestations et à une érosion de la confiance, comme on a pu l'observer après 2020.
Partie 2 : Les enjeux de politique intérieure, reflet des fractures américaines
La campagne de 2024 se déploie sur un terreau profondément divisé. Les clivages traditionnels (Démocrates vs Républicains) sont exacerbés par des fractures culturelles, ethniques et générationnelles. Les principaux thèmes de campagne sont autant de révélateurs de ces tensions.
L'économie et l'inflation : La gestion post-pandémique, la hausse des prix et le pouvoir d'achat sont les préoccupations numéro un des électeurs. Les politiques économiques proposées (relance keynésienne, baisses d'impôts, protectionnisme) dessinent deux visions antagonistes du rôle de l'État et de la place des États-Unis dans la mondialisation.
Les droits et les valeurs : L'avortement, après l'annulation de l'arrêt Roe v. Wade par la Cour suprême, est redevenu un enjeu mobilisateur majeur, décidé au niveau des États. Les questions d'immigration, de contrôle des armes à feu et d'identité nationale structurent également le débat, opposant des visions très différentes de la société américaine.
La démocratie elle-même : La remise en cause des résultats de 2020 par une partie de la classe politique et de l'électorat a placé la légitimité du processus électoral et la confiance dans les institutions au cœur de l'élection de 2024. Cette crise de légitimité interne est un sujet central pour l'étude des démocraties en HGGSP.
Partie 3 : Les implications géopolitiques et la projection de puissance
Le choix du président américain est un événement géopolitique de premier ordre. La politique étrangère des candidats diffère sensiblement, promettant des inflexions majeures pour les alliances et les rivalités mondiales.
3.1. L'engagement atlantique et la guerre en Ukraine
Le soutien à l'Ukraine et la solidité de l'OTAN sont des points de divergence. Une administration républicaine, sous certaines influences, pourrait pousser à une réduction de l'aide militaire et à une pression sur Kiev pour négocier, ce qui modifierait l'équilibre des forces en Europe et testerait la cohésion transatlantique. À l'inverse, une réélection de Joe Biden signifierait très probablement une continuité dans le soutien ferme à l'Europe.
3.2. La rivalité stratégique avec la Chine
La confrontation avec Pékin est le seul sujet de consensus bipartisan, mais les méthodes divergent. L'accent pourrait être mis soit sur le renforcement des alliances en Asie-Pacifique (Quad, AUKUS) et une course aux technologies critiques (semi-conducteurs, IA), soit sur un protectionnisme économique plus agressif et un dialogue plus direct, voire conflictuel, sur Taïwan. La politique commerciale et technologique des États-Unis envers la Chine définira la nature de la compétition pour la suprématie mondiale au XXIe siècle.
3.3. Les autres théâtres et les enjeux globaux
Le conflit israélo-palestinien, les relations avec l'Iran, la politique énergétique et l'engagement dans la lutte contre le changement climatique (réintégration ou sortie des accords de Paris) seront également largement déterminés par le résultat. L'approche multilatérale ou unilatérale des États-Unis influencera l'efficacité des organisations internationales comme l'ONU.
Conclusion et ouverture HGGSP : Les élections américaines, un analyseur des dynamiques de puissance
L'élection présidentielle américaine de 2024 est bien plus qu'un changement de personnel au sommet de l'État. C'est un moment de cristallisation des forces qui travaillent la première puissance mondiale de l'intérieur et qui, par ricochet, façonnent l'ordre international. Pour le programme HGGSP, elle permet d'articuler plusieurs axes majeurs : l'étude des démocraties face aux crises (Axe 1), l'analyse des formes de la puissance (Axe 2) et la réflexion sur les affrontements et les rapports de force qui structurent le monde (Axe sur les conflits). Elle montre comment la politique intérieure, notamment les fractures sociales et la compétition partisane, est devenue un déterminant essentiel de la politique étrangère et de la capacité d'un État à exercer son leadership. En ouverture, cette élection invite à une réflexion comparative : dans quelle mesure les tensions qui traversent la société américaine (polarisation, défiance institutionnelle, question identitaire) se retrouvent-elles, sous des formes différentes, dans d'autres démocraties, notamment en Europe ? L'étude de ce cas américain offre ainsi une clé de lecture précieuse pour comprendre les défis plus globaux auxquels sont confrontées les démocraties libérales dans un monde en recomposition rapide, où leur modèle et leur influence sont contestés par des puissances autoritaires.
