Elections mondiales28 janvier 202610 min de lecture

Les élections européennes de 2024 : un scrutin clé pour l'Union dans un monde en recomposition

Les élections européennes de juin 2024 s'annoncent comme un moment charnière pour l'Union européenne, marqué par des enjeux géopolitiques majeurs. Ce scrutin, souvent perçu comme secondaire, révèle en réalité les tensions entre souveraineté nationale et intégration supranationale, ainsi que la montée des populismes. Son analyse est essentielle pour comprendre les dynamiques de puissance et de démocratie au sein d'une organisation régionale unique.

Introduction : Les élections européennes, un objet géopolitique majeur

Les élections au Parlement européen, qui se tiendront du 6 au 9 juin 2024 dans les 27 États membres, constituent bien plus qu'un simple rendez-vous électoral. Pour les élèves de spécialité HGGSP, elles offrent une étude de cas exceptionnelle pour mobiliser les axes du programme, notamment « Analyser les dynamiques des puissances internationales » et « Étudier les divisions politiques du monde ». Ce scrutin, le plus grand exercice démocratique transnational au monde avec près de 400 millions d'électeurs, interroge la nature même de la souveraineté, la résilience du projet européen face aux crises et son rôle sur l'échiquier géopolitique mondial. Dans un contexte de guerre aux portes de l'UE, de défis climatiques et de recomposition des alliances, le résultat de ce vote dessinera la physionomie politique de l'Europe pour les cinq prochaines années.

Partie 1 : Le Parlement européen, un acteur en quête de légitimité et de puissance

Un pouvoir législatif en expansion

Contrairement à une idée reçue, le Parlement européen n'est pas une chambre d'enregistrement. Depuis le traité de Lisbonne (2009), il partage avec le Conseil de l'Union européenne le pouvoir législatif ordinaire sur la majorité des domaines de compétence de l'UE (marché intérieur, environnement, transports, etc.). Il joue un rôle crucial dans l'adoption du budget et doit approuver la nomination de la Commission européenne, qu'il peut aussi renverser. Son influence sur la politique commerciale ou les accords internationaux en fait un acteur de la puissance normative européenne. Les élections de 2024 sont donc l'occasion pour les citoyens de peser directement sur l'orientation des politiques communes.

Le défi de la « démocratie à distance » et de l'abstention

L'un des paradoxes de l'UE est que l'institution la plus démocratique – élue au suffrage universel direct – peine à mobiliser les électeurs. L'abstention, souvent élevée (50,6% en 2019), soulève la question de la légitimité démocratique et du « déficit démocratique » souvent reproché à l'Union. Ce phénomène s'explique par la complexité perçue des enjeux, la force des clivages politiques nationaux qui structurent encore le vote, et un sentiment d'éloignement entre Bruxelles et les citoyens. La campagne de 2024 tente de renverser cette tendance en mettant en avant des thèmes concrets (Pacte vert, souveraineté numérique, défense) et en organisant un Spitzenkandidat (tête de liste transnationale) pour incarner le projet.

Partie 2 : Un scrutin révélateur des fractures et des recompositions politiques européennes

La montée des partis souverainistes et d'extrême droite : un test pour le système

Les sondages pré-électoraux indiquent une poussée significative des partis classés à l'extrême droite et souverainistes (ID et CRE au Parlement). En France (Rassemblement National), en Italie (Fratelli d'Italia), en Allemagne (AfD) ou aux Pays-Bas, ces formations remettent en cause les fondements de l'intégration européenne, prônent un retour des compétences aux États nations et défendent des positions strictes sur l'immigration. Leur progression possible pose la question de leur capacité à former un groupe cohérent et à bloquer certaines législations, notamment sur le climat ou l'asile. Cette dynamique illustre le thème HGGSP des « nouvelles conflictualités » au sein même des démocraties.

Le camp pro-européen sur la défensive : entre unité et fragmentation

Face à cette montée, le camp traditionnellement pro-européen – composé du Parti Populaire Européen (PPE, droite), des Socialistes & Démocrates (S&D) et des Renew (libéraux) – pourrait perdre sa majorité absolue historique. Des divisions apparaissent sur des sujets comme la politique agricole commune, la réponse à la guerre en Ukraine ou la gouvernance économique. L'enjeu sera de savoir si ces familles politiques parviendront à renouveler leur projet et à former après les élections une coalition large, peut-être élargie aux Verts/ALE, pour piloter l'UE. Cette recomposition reflète l'évolution des clivages politiques, moins entre gauche et droite qu'entre progressistes/intégrationnistes et conservateurs/souverainistes.

Partie 3 : Les enjeux géopolitiques au cœur de la campagne

Souveraineté européenne et autonomie stratégique dans un monde multipolaire

La guerre en Ukraine a placé la question de la défense et de l'autonomie stratégique au premier plan. Les candidats débattent du niveau d'intégration militaire (coordination des achats d'armes, rôle de l'Agence européenne de défense), de la relation avec l'OTAN et de la capacité de l'UE à être un acteur géopolitique crédible. De même, les crises des chaînes d'approvisionnement et la rivalité avec la Chine ont accéléré la réflexion sur la « souveraineté économique » (chips, énergies vertes, matières premières critiques). Ces débats touchent au cœur de la notion de puissance : l'UE peut-elle devenir une puissance globale ou reste-t-elle une puissance civile et normative ?

Le Green Deal européen à l'épreuve des urnes

Le Pacte vert pour l'Europe, ambitieux programme de transition écologique lancé par la Commission von der Leyen, est devenu un marqueur politique fort. S'il mobilise une partie de l'électorat jeune et urbain, il suscite aussi des résistances, perçu comme coûteux ou imposé d'en haut, notamment dans les zones rurales ou industrielles. Les élections trancheront le niveau d'ambition futur : accélération ou pause régulatoire ? Cette tension entre impératif climatique, justice sociale et compétitivité économique est un parfait exemple de gouvernance multi-niveaux et de l'arbitrage entre court terme (élections nationales) et long terme (défis globaux).

Conclusion et ouverture HGGSP : Quelle Europe après le 9 juin 2024 ?

Les élections européennes de 2024 seront un baromètre essentiel de l'état politique et géopolitique du continent. Leur résultat déterminera non seulement l'équilibre des forces au Parlement, mais aussi l'orientation de la prochaine Commission et, in fine, la capacité de l'UE à agir de manière unie sur la scène mondiale. Une poussée souverainiste pourrait affaiblir la cohésion interne et la capacité de décision, tandis qu'une majorité pro-européenne renouvelée pourrait engager des réformes profondes (élargissement, modification des traités).

Ouverture HGGSP : Au-delà de l'instant électoral, ce scrutin invite à une réflexion plus large sur les modèles de démocratie et d'intégration régionale au XXIe siècle. L'Union européenne, en tant qu'organisation supranationale unique, est-elle un prototype viable face aux défis globaux (climat, pandémies, IA) que les États-nations peinent à adresser seuls ? Ou au contraire, la résilience des souverainetés nationales et l'attrait des modèles autoritaires signent-ils les limites de ce projet ? L'étude de cette élection permet d'aborder, en miroir, d'autres formes d'intégration régionale (ASEAN, Union africaine) et d'interroger le futur de la gouvernance mondiale dans un monde fragmenté.

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