Introduction : Le populisme, une matrice politique latino-américaine
L'actualité récente en Amérique latine, avec l'élection de Javier Milei en Argentine, la consolidation d'Andrés Manuel López Obrador (AMLO) au Mexique et la persistance du régime chaviste au Venezuela, remet au premier plan la question du populisme. Pour les élèves de Terminale suivant la spécialité HGGSP, ce phénomène est un objet d'étude crucial. Il permet d'aborder plusieurs axes du programme : les formes de démocratie et leurs crises (Axe 1), la contestation de la puissance (Axe 2) à travers des discours anti-impérialistes ou anti-système, et le rôle des idéologies dans la structuration des relations internationales. Le populisme latino-américain n'est pas un monolithe ; il se décline en versions de gauche et de droite, mais partage des caractéristiques communes : un leadership charismatique, un discours opposant "le peuple pur" à des "élites corrompues", et la promesse d'un changement radical.
Développement : Cartographie et mécanismes du populisme contemporain
1. Les visages du populisme au XXIe siècle : entre continuité et renouvellement
Le populisme en Amérique latine ne date pas d'hier. Il puise ses racines dans le péronisme argentin des années 1940 ou le getulisme brésilien. Cependant, sa forme contemporaine a été marquée par la "vague rose" des années 2000 (Chávez, Morales, Correa), caractérisée par un populisme de gauche, socialisant et anti-impérialiste. Aujourd'hui, le paysage est plus complexe. On observe une diversification idéologique. Au Mexique, AMLO incarne un populisme nationaliste et de gauche, centré sur la souveraineté et la lutte contre la corruption, mais parfois critiqué pour son approche personnalisée du pouvoir et ses attaques contre les contre-pouvoirs institutionnels. À l'opposé, l'élection de Javier Milei en Argentine en 2023 illustre l'émergence d'un populisme de droite libertaire et anarcho-capitaliste. Son discours apocalyptique contre "la caste politique" et son programme de "dollarisation" et de réduction drastique de l'État représentent une nouvelle grammaire populiste, axée sur la destruction de l'État plutôt que sur son renforcement, comme le prônait le chavisme.
2. Les ressorts internes : crise de la représentation et demande de protection
Le retour en force du populisme s'explique par des facteurs structurels profonds, essentiels à comprendre pour l'analyse géopolitique. Premièrement, une crise de la représentation démocratique persiste. Les partis traditionnels, souvent perçus comme corrompus ou inefficaces, ont perdu la confiance d'une partie importante de l'électorat. Cette défiance crée un espace politique que les leaders populistes investissent en se présentant comme les véritables voix du peuple, en dehors des canaux institutionnels classiques. Deuxièmement, les inégalités socio-économiques chroniques et les chocs récents (pandémie de Covid-19, inflation galopante) génèrent une forte demande de protection et de justice sociale. Les populistes répondent à cette anxiété par des promesses de redistribution immédiate (programmes sociaux massifs) ou, dans le cas de Milei, par la promesse d'une purge économique radicale censée libérer les forces du marché. Enfin, le rôle des médias et des réseaux sociaux est central. Les leaders populistes construisent souvent un lien direct et émotionnel avec leurs bases, court-circuitant les médias traditionnels qu'ils disqualifient comme faisant partie de "l'élite".
3. Les dimensions régionales et internationales : un axe de contestation de la puissance
Le populisme latino-américain a toujours eu une dimension internationale forte, relevant directement de l'Axe 2 du programme (« Faire la guerre, faire la paix » et « Contestations de la puissance »). Historiquement, les populismes de gauche (chavisme, bolivarisme) ont construit leur légitimité sur un discours anti-impérialiste et anti-américain, promouvant l'intégration régionale comme contrepoids à l'hégémonie des États-Unis (exemple de l'ALBA). Aujourd'hui, cette dynamique évolue. Si le Venezuela de Maduro reste aligné sur la Russie et la Chine, d'autres gouvernements populistes adoptent des postures plus ambiguës. AMLO au Mexique pratique un nationalisme souverainiste, évitant la confrontation frontale avec Washington tout en maintenant des relations avec tous les acteurs. Javier Milei, lui, affiche un alignement pro-occidental et pro-israélien très marqué, tout en menant une rhétorique virulente contre les « socialismes » régionaux. Cette diversification montre que le populisme est devenu un prisme à travers lequel les États latino-américains définissent leur place dans un ordre international multipolaire et conflictuel, entre États-Unis, Chine et puissances régionales comme le Brésil.
Conclusion et ouverture HGGSP : Le populisme, un défi pour les démocraties et la stabilité régionale
En conclusion, le populisme reste une force géopolitique majeure en Amérique latine. Son analyse permet de saisir les tensions internes des démocraties (concentration du pouvoir, affaiblissement des contre-pouvoirs) et les recompositions des alliances internationales dans la région. Pour le programme HGGSP, ce sujet est une excellente porte d'entrée pour croiser les axes : comment une idéologie politique (populisme) structure-t-elle l'exercice de la souveraineté à l'intérieur (Axe 1 sur la démocratie) et les relations de puissance à l'extérieur (Axe 2) ? Une ouverture possible consiste à s'interroger sur la résilience des institutions démocratiques face à ces phénomènes. Observe-t-on un glissement vers des régimes hybrides ou autoritaires, comme l'illustre le cas vénézuélien ? Ou bien le populisme, en tant que correctif brutal, fait-il finalement partie du cycle démocratique, comme le suggèrent les alternances au pouvoir ? Cette réflexion rejoint les débats fondamentaux sur la nature changeante de la démocratie et les nouvelles formes de conflictualité politique au XXIe siècle, invitant à une comparaison avec les populismes en Europe ou en Asie.
