Introduction : Le terrorisme, un objet géopolitique majeur du XXIe siècle
Le 11 septembre 2001 constitue un événement-monde qui a profondément reconfiguré les relations internationales et placé la lutte contre le terrorisme au cœur des agendas politiques. Pour les élèves de Terminale HGGSP, comprendre le terrorisme contemporain dépasse la simple étude d'une menace sécuritaire. Il s'agit d'analyser un phénomène polymorphe qui agit à la fois comme un facteur de déstabilisation régionale, un levier d'influence pour des acteurs non-étatiques et un prétexte à la transformation des pratiques étatiques (surveillance, interventions militaires). Ce dossier thématique se structure autour de trois axes : les mutations des terrorismes, les réponses géopolitiques des États et les défis posés à la démocratie et au droit international.
Partie 1 : Les mutations du phénomène terroriste après le 11-Septembre
1.1. D'Al-Qaïda à l'État islamique : l'évolution des acteurs et des projets
Le terrorisme du début du XXIe siècle a été marqué par Al-Qaïda, organisation transnationale et décentralisée visant à frapper l'« ennemi lointain » (États-Unis, Occident) pour provoquer un choc global. Son modèle a évolué avec l'émergence de l'État islamique (Daech) entre 2014 et 2019, qui a ajouté une dimension territoriale inédite. Daech n'était pas seulement un groupe terroriste, mais un proto-État cherchant à contrôler un territoire (en Syrie et en Irak), à administrer des populations et à instaurer un califat. Cette évolution illustre la porosité entre terrorisme, guerre civile et conquête territoriale, un enjeu clé pour l'analyse des conflits contemporains en HGGSP.
1.2. La diversification des modes d'action : du cyberterrorisme au terrorisme « intérieur »
Les modes d'action se sont radicalement diversifiés. Outre les attentats spectaculaires, on observe :
- Le développement du cyberterrorisme : attaques contre des infrastructures critiques (hôpitaux, réseaux énergétiques) et utilisation des réseaux sociaux pour le recrutement et la propagande.
- La montée du terrorisme intérieur (« homegrown terrorism ») : des individus radicalisés sur le sol national, souvent via internet, passent à l'acte de manière autonome (attentats de Nice en 2016, de Christchurch en 2019). Ce phénomène complexifie considérablement la tâche des services de renseignement.
- L'utilisation de moyens rudimentaires mais très meurtriers (véhicules-béliers, armes de poing), rendant les attaques plus difficiles à prévenir.
Cette diversification montre que le terrorisme est un concept-valise qui recouvre des réalités très différentes, nécessitant des réponses adaptées.
Partie 2 : Les réponses géopolitiques des États et leurs conséquences
2.1. La « guerre contre la terreur » : un nouveau paradigme sécuritaire global
Lancée par l'administration Bush après le 11-Septembre, la « Global War on Terror » a constitué un cadre d'action unilatéral justifiant des interventions militaires préventives (Afghanistan en 2001, Irak en 2003). Cette approche a eu des conséquences géopolitiques majeures :
- Déstabilisation durable du Moyen-Orient, créant un vide sécuritaire propice à l'émergence de Daech.
- Renforcement des alliances militaires (OTAN engagée en Afghanistan) mais aussi tensions entre alliés (critiques de la France et de l'Allemagne sur la guerre d'Irak).
- Légitimation de pratiques contestées : guantánamo, torture, drones de combat frappant des cibles hors des champs de bataille conventionnels, posant de graves questions de droit international humanitaire.
2.2. La coopération internationale antiterroriste : entre efficacité et limites
Face à un ennemi transnational, les États ont dû renforcer leur coopération. Celle-ci prend plusieurs formes :
- Coopération policière et judiciaire (mandats d'arrêt internationaux, échanges de renseignements via Europol ou Interpol).
- Coalitions militaires ad hoc, comme la coalition internationale contre Daech, rassemblant des pays occidentaux et des États régionaux (dont des régimes controversés comme l'Arabie saoudite).
- Actions du Conseil de sécurité de l'ONU (résolutions, comités de sanctions).
Cependant, cette coopération se heurte à la souveraineté nationale et à des intérêts géopolitiques divergents. La Turquie, par exemple, a eu une relation ambivalente avec Daech, selon ses intérêts en Syrie. De même, la définition même du terrorisme fait l'objet de désaccords (les « combattants de la liberté » pour les uns sont des « terroristes » pour les autres), entravant une action internationale unie.
Partie 3 : Le terrorisme, un défi pour les démocraties et le droit
3.1. Sécurité vs Libertés : l'impact sur l'État de droit
La lutte antiterroriste a conduit de nombreuses démocraties à adopter des législations d'exception (Patriot Act aux USA, état d'urgence puis loi SILT en France). Ces mesures renforcent les pouvoirs de police et de renseignement (perquisitions administratives, surveillance généralisée, assignations à résidence). Si elles sont présentées comme nécessaires, elles soulèvent un dilemme fondamental : jusqu'où une démocratie peut-elle restreindre les libertés individuelles pour assurer la sécurité ? Ce débat touche au cœur du contrat social et est un excellent sujet d'étude pour le thème « Faire la guerre, faire la paix » en HGGSP.
3.2. Radicalisation et enjeux sociétaux : au-delà de la seule réponse sécuritaire
La réponse purement militaire et sécuritaire est aujourd'hui jugée insuffisante. Les États développent des politiques de prévention de la radicalisation et de désengagement. Ces politiques visent à agir en amont, dans les prisons, sur internet et dans les quartiers sensibles. Elles posent la question du lien social, de l'intégration et du rôle de l'école. Le terrorisme révèle ainsi des fractures sociales et identitaires profondes au sein des sociétés, en Europe comme ailleurs. Analyser ces dimensions est essentiel pour une compréhension holistique du phénomène.
Conclusion et ouverture HGGSP
Le terrorisme au XXIe siècle s'est transformé d'une menace externe et centralisée (Al-Qaïda) en un phénomène hybride, à la fois territorial (Daech), décentralisé et intérieur. Les réponses des États, oscillant entre logique de guerre globale et renforcement sécuritaire intérieur, ont profondément marqué la géopolitique mondiale, souvent au prix d'un affaiblissement des normes démocratiques et du droit international.
Ouverture HGGSP : L'étude du terrorisme invite à une réflexion plus large sur la nature de la conflictualité contemporaine. Elle croise plusieurs thèmes du programme : la recomposition des puissances (avec le rôle ambivalent de la Russie ou de la Turquie), les frontières (Daech cherchant à les abolir puis à en tracer de nouvelles), et la gouvernance mondiale (échec relatif de l'ONU à produire une réponse unie). Le terrorisme n'est pas qu'une menace ; il est un analyseur des tensions et des transformations du système international au début de ce siècle. La question qui se pose désormais est celle de l'après-Daech : vers un terrorisme plus fragmenté et « low-cost », ou l'émergence d'un nouveau projet territorial ambitieux ? La réponse dépendra en grande partie des dynamiques géopolitiques au Moyen-Orient et en Afrique subsaharienne, nouveaux épicentres de la menace.
