Dossiers thematiques28 janvier 202610 min de lecture

Les Nouvelles Routes de la Soie : un projet géopolitique chinois au cœur des recompositions mondiales

Les Nouvelles Routes de la Soie, ou Initiative 'Ceinture et Route', constituent un projet d'infrastructures planétaire lancé par la Chine en 2013. Cette analyse explore ses dimensions géopolitiques, économiques et stratégiques, en l'inscrivant dans les dynamiques de puissance et de rivalités interétatiques du programme HGGSP. Elle interroge son impact sur la gouvernance mondiale et les équilibres régionaux.

Introduction : Un projet phare pour comprendre la Chine du XXIe siècle

Annoncée en 2013 par le président Xi Jinping, l'Initiative 'Ceinture et Route' (Belt and Road Initiative, BRI), communément appelée 'Nouvelles Routes de la Soie', est devenue l'étendard de la politique étrangère chinoise. Bien plus qu'un simple programme d'investissements dans les infrastructures, elle incarne une ambition géopolitique majeure visant à remodeler les flux économiques, les alliances politiques et les cadres de gouvernance à l'échelle mondiale. Pour les élèves de Terminale HGGSP, elle constitue un objet d'étude privilégié pour analyser les concepts clés du programme : la recomposition des puissances, les stratégies d'influence, les rivalités de pouvoir et la conflictualité dans un monde multipolaire. Ce dossier propose une analyse approfondie de ce projet, de ses motivations, de ses réalisations et des contestations qu'il suscite.

Partie 1 : Les fondements et les ambitions d'un projet multidimensionnel

Une vision historique et économique

La BRI s'inscrit dans une narration historique qui renvoie aux anciennes routes commerciales terrestres et maritimes reliant la Chine à l'Europe et à l'Afrique. Cette référence permet à Pékin de présenter son initiative comme un vecteur de paix, de coopération et de prospérité mutuelle. Concrètement, elle se décline en deux axes principaux : la 'Ceinture Économique de la Route de la Soie' (terrestre), comprenant un réseau de corridors ferroviaires, routiers et de pipelines à travers l'Asie centrale et le Moyen-Orient, et la 'Route de la Soie Maritime du XXIe siècle', visant à connecter les ports chinois à l'Asie du Sud-Est, l'océan Indien, l'Afrique et l'Europe.

Sur le plan économique, la BRI répond à des besoins internes chinois cruciaux. Elle vise à écouler les surplus de production (acier, ciment) et les capacités de ses entreprises de BTP, à sécuriser ses approvisionnements en énergie et en matières premières, et à développer les régions intérieures de la Chine (comme le Xinjiang) en les connectant aux marchés mondiaux. C'est aussi un outil pour internationaliser le yuan et créer de nouveaux débouchés pour ses banques et ses capitaux.

Une stratégie géopolitique et de soft power

Au-delà de l'économie, la BRI est un instrument de puissance. Elle permet à la Chine d'étendre son influence politique en tissant un réseau de dépendances et d'alliances avec plus de 150 pays. En finançant et construisant des ports (comme Gwadar au Pakistan ou Hambantota au Sri Lanka), des voies ferrées (ligne Belgrade-Budapest) ou des zones économiques spéciales, Pékin acquiert un levier considérable sur les politiques intérieures des pays partenaires. Ce projet promeut également un modèle de gouvernance alternatif, fondé sur le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures, qui séduit de nombreux régimes autoritaires ou en développement lassés des conditionnalités démocratiques et des normes environnementales ou sociales imposées par les institutions occidentales.

Partie 2 : Réalisations, acteurs et modalités de financement

Des infrastructures à travers le monde

Les réalisations sont déj�� tangibles. On peut citer le corridor Chine-Pakistan (CPEC), la liaison ferroviaire Chine-Europe via le Kazakhstan, le pont terrestre de Péreth en Malaisie, ou le port en eau profonde de Piraeus en Grèce. Ces projets transforment la connectivité continentale et maritime. Les acteurs principaux sont les grandes entreprises d'État chinoises (comme China Communications Construction Company ou Sinohydro), les banques de développement (Banque de Chine, Banque de Développement de Chine) et les fonds souverains, agissant souvent de concert avec les gouvernements locaux.

Le financement : entre opportunités et risques de 'dette piégée'

Le modèle de financement repose largement sur des prêts concessionnels ou commerciaux accordés par les institutions financières chinoises aux États partenaires. Si ces prêts permettent de combler d'immenses besoins en infrastructures, ils ont aussi conduit à une forte augmentation de la dette souveraine de plusieurs pays (Pakistan, Laos, Kenya, Zambie). L'accusation de créer des 'pièges de la dette' – où l'incapacité à rembourser conduirait à la saisie d'actifs stratégiques par la Chine – est un point de friction majeur. Le cas du port de Hambantota, cédé à une entreprise chinoise pour 99 ans dans le cadre d'un swap dette-actifs, est souvent cité en exemple, même si les interprétations géopolitiques de ce cas sont nuancées.

Partie 3 : Les contestations et les rivalités géopolitiques engendrées

Critiques internes et résistances locales

La BRI n'est pas sans rencontrer d'obstacles. Sur le terrain, des projets font face à des résistances sociales et environnementales (déplacements de populations, impacts écologiques). Des pays comme la Malaisie ou le Myanmar ont renégocié ou suspendu des contrats jugés trop déséquilibrés. En Chine même, des voix s'élèvent pour questionner le coût financier et le retour sur investissement de certains projets à l'étranger, au détriment des besoins domestiques.

La réponse des autres puissances : une nouvelle 'Grande Guerre' des infrastructures ?

La BRI a déclenché une vive compétition géopolitique. Les États-Unis, sous l'administration Biden, ont lancé le 'Build Back Better World' (B3W), devenu le 'Partnership for Global Infrastructure and Investment' (PGII), en partenariat avec le G7, pour proposer une alternative 'de valeurs'. L'Union européenne a adopté sa 'Stratégie de Connectivité' et le plan 'Global Gateway', mettant en avant des normes élevées de durabilité et de transparence. Le Japon et l'Inde promeuvent également leurs propres initiatives (comme le 'Asia-Africa Growth Corridor'). L'Inde, en particulier, s'oppose fermement au corridor Chine-Pakistan qui traverse le territoire disputé du Cachemire. Cette rivalité illustre parfaitement la conflictualité latente et la course à l'influence dans l'espace indo-pacifique, thème central du programme HGGSP.

Conclusion et ouverture HGGSP : Les Nouvelles Routes de la Soie, un analyseur des recompositions du pouvoir mondial

Les Nouvelles Routes de la Soie sont bien plus qu'un projet économique : elles sont le véhicule d'une ambition chinoise de refondation de l'ordre international. Elles témoignent du passage d'un monde unipolaire centré sur les États-Unis à un monde multipolaire où la Chine aspire à un rôle de rule-maker, et pas seulement de rule-taker. Ce projet met en lumière les nouvelles formes de conflictualité, qui passent moins par la confrontation militaire directe que par la compétition économique, le contrôle des infrastructures critiques et l'influence normative.

Ouverture HGGSP : L'étude de la BRI invite à s'interroger sur l'avenir de la gouvernance mondiale. Assiste-t-on à une fragmentation en blocs d'influence concurrents, chacun promouvant ses standards (technologiques, financiers, environnementaux) ? La rivalité sino-américaine autour des infrastructures va-t-elle structurer la géopolitique des décennies à venir, notamment dans les 'zones grises' que sont l'Asie centrale, l'Afrique ou l'Amérique latine ? Enfin, comment les États dits 'du Sud', bénéficiaires de ces investissements, manœuvrent-ils dans cette compétition pour préserver leur autonomie stratégique et leur souveraineté ? Les Nouvelles Routes de la Soie posent ainsi une question fondamentale : au XXIe siècle, la puissance se mesure-t-elle désormais à la capacité de connecter – ou de déconnecter – le monde ?

Dans la meme rubrique

28 janvier 2026

Les diasporas, acteurs géopolitiques majeurs du XXIe siècle

Les diasporas, communautés dispersées conservant un lien avec un territoire d'origine, sont devenues des acteurs incontournables des relations internationales. Leur influence s'exerce dans les domaines économique, politique et culturel, remodelant les rapports de force et les identités. Ce dossier analyse leur rôle géopolitique, entre soft power, lobbying et enjeux de souveraineté, dans le cadre du programme HGGSP.

Lire l'article
28 janvier 2026

L'espace : nouveau terrain stratégique des puissances mondiales

L'espace extra-atmosphérique est devenu un enjeu géopolitique majeur du XXIe siècle. Entre militarisation, rivalités technologiques et convoitises économiques, il redéfinit les rapports de force internationaux. Ce dossier analyse comment l'espace transforme la géopolitique contemporaine à travers les programmes spatiaux étatiques et privés.

Lire l'article
28 janvier 2026

Intelligence Artificielle et Géopolitique : La Nouvelle Course aux Puissances

L'intelligence artificielle (IA) est devenue un enjeu géopolitique majeur du XXIe siècle, redéfinissant les équilibres de puissance. Ce dossier analyse comment la maîtrise de l'IA influence la compétition entre États-Unis et Chine, transforme les doctrines militaires et pose des défis éthiques globaux. Il s'inscrit dans les axes du programme HGGSP sur les nouvelles conflictualités et la recherche de l'hégémonie.

Lire l'article
28 janvier 2026

Le terrorisme au XXIe siècle : mutations, enjeux et réponses géopolitiques

Ce dossier analyse les transformations du terrorisme depuis 2001, en insistant sur la mutation des acteurs (d'Al-Qaïda à Daech) et des modes d'action (cyberterrorisme, terrorisme intérieur). Il interroge les réponses étatiques (guerre contre la terreur, état d'urgence) et leurs impacts sur les équilibres géopolitiques et les libertés, un enjeu central pour l'épreuve HGGSP.

Lire l'article
28 janvier 2026

L'eau, une ressource stratégique : Conflits et coopérations au XXIe siècle

L'eau douce, ressource vitale et inégalement répartie, est devenue un enjeu géopolitique majeur. Ce dossier analyse comment sa gestion cristallise des tensions entre États (guerres de l'eau, barrages) mais peut aussi être un vecteur de coopération régionale, illustrant les concepts clés du programme HGGSP.

Lire l'article
28 janvier 2026

Démocratie vs Autoritarisme : Un défi géopolitique contemporain

Ce dossier analyse la confrontation entre démocraties et régimes autoritaires, un axe central du programme HGGSP. Il examine les définitions, les dynamiques de puissance et les stratégies d'influence à l'œuvre dans un monde multipolaire. L'étude s'appuie sur des études de cas et des concepts clés pour éclairer cette rivalité structurelle.

Lire l'article

Explorer d'autres rubriques

EdTech AI