Environnement & climat28 janvier 202610 min de lecture

Les énergies renouvelables : une nouvelle géopolitique de l'énergie pour le XXIe siècle

Le développement des énergies renouvelables transforme la géopolitique mondiale. Il redessine les rapports de force, crée de nouvelles dépendances sur les métaux critiques et modifie les stratégies des États. Cette transition énergétique est un enjeu majeur de puissance et de souveraineté au programme de l'HGGSP.

Introduction : La fin d'un ordre géopolitique centré sur les hydrocarbures ?

Pendant des décennies, la géopolitique de l'énergie a été structurée autour des hydrocarbures (pétrole et gaz), créant des États rentiers, des zones de conflit et une dépendance stratégique des pays consommateurs. L'urgence climatique et la volonté de décarboner les économies ont propulsé les énergies renouvelables (solaire, éolien, hydroélectricité, géothermie, biomasse) au cœur des agendas politiques. Cette transition énergétique n'est pas seulement une question technologique ou environnementale ; c'est un phénomène géopolitique majeur qui recompose les cartes de la puissance, crée de nouvelles dépendances et devient un instrument de rivalités entre États. Pour les élèves d'HGGSP, analyser cette mutation permet de comprendre comment un enjeu environnemental global se traduit en rivalités de pouvoir, en stratégies d'influence et en reconfiguration des souverainetés, thèmes centraux du programme.

Partie 1 : Les énergies renouvelables, un facteur de redistribution de la puissance mondiale

L'émergence de nouveaux leaders et le déclin relatif des pétro-États

La géopolitique classique des énergies fossiles a consacré la puissance de pays comme l'Arabie saoudite, la Russie ou le Venezuela. La transition vers les renouvelables menace ce statu quo. Des pays sans ressources fossiles significatives deviennent des acteurs majeurs. La Chine en est l'exemple le plus frappant : elle domine aujourd'hui la production mondiale de panneaux solaires, d'éoliennes et de batteries lithium-ion. Cette domination industrielle lui confère une influence économique et stratégique considérable, lui permettant d'exporter non seulement des technologies, mais aussi des standards et une vision de la transition. À l'inverse, les économies rentières des pétro-États sont confrontées à la menace de « l'actif échoué » (stranded asset) : leurs immenses réserves de pétrole pourraient perdre une grande partie de leur valeur si la demande mondiale s'effondre. Cette perspective les pousse à diversifier leur économie (vision « Saudi Vision 2030 ») et à investir eux-mêmes dans les renouvelables, créant une tension entre la défense de leurs intérêts traditionnels et l'adaptation au nouveau système énergétique.

La course technologique et le soft power de la transition

La maîtrise des technologies vertes est devenue un marqueur de puissance et de modernité au XXIe siècle. L'Union européenne, pionnière avec son Pacte vert (Green Deal), cherche à affirmer son leadership normatif et à exporter son modèle de développement durable. Les États-Unis, avec l'Inflation Reduction Act, lancent un plan d'investissement massif pour rattraper leur retard et relocaliser les industries vertes, déclenchant une forme de « guerre des subventions » avec l'Europe et la Chine. Cette course n'est pas seulement économique ; elle a une dimension de soft power. Un pays qui réussit sa transition énergétique améliore son image internationale, attire les investissements et influence les agendas globaux, comme le montre le rôle du Danemark ou du Costa Rica. La capacité à innover et à déployer les renouvelables devient ainsi un élément de la puissance globale, au croisement des thèmes « Analyser les relations entre États » et « Identifier les marqueurs de la puissance » du programme HGGSP.

Partie 2 : Nouvelles dépendances, nouvelles vulnérabilités : la géopolitique des métaux critiques

Des chaînes d'approvisionnement stratégiques et concentrées

Si les renouvelables réduisent la dépendance au pétrole, elles en créent de nouvelles, tout aussi stratégiques. Les technologies vertes (éoliennes, panneaux solaires, véhicules électriques) nécessitent des métaux rares ou critiques : lithium, cobalt, nickel pour les batteries ; terres rares (néodyme, dysprosium) pour les aimants permanents des éoliennes ; cuivre et argent pour les réseaux électriques. Or, l'extraction et le raffinage de ces minerais sont extrêmement concentrés géographiquement. La République démocratique du Congo produit plus de 70% du cobalt mondial, la Chine raffine près de 90% des terres rares, et le lithium est dominé par l'Australie, le Chili et la Chine. Cette concentration crée de nouvelles vulnérabilités et des risques de « weaponization » (utilisation comme arme) de ces ressources, similaires à l'arme pétrolière des années 1970. Les États et les entreprises cherchent à sécuriser leurs approvisionnements par des alliances, des investissements directs dans les mines ou le développement de filières de recyclage.

Souveraineté et résilience : la quête d'autonomie stratégique

Cette dépendance a placé la notion de « souveraineté » ou d'« autonomie stratégique » au cœur des politiques énergétiques. L'Union européenne a établi une liste de matières premières critiques et cherche à diversifier ses sources et à relancer une industrie minière et de recyclage sur son sol, malgré les contraintes environnementales et sociales. Les États-Unis font de même. Cette quête illustre parfaitement le thème HGGSP de la souveraineté, tiraillée entre l'interdépendance économique globale et la volonté de contrôle national. Elle soulève également des questions éthiques et environnementales : l'extraction des métaux critiques, souvent réalisée dans des conditions sociales et écologiques désastreuses, peut entrer en contradiction avec les objectifs de durabilité de la transition. Cela pose le problème de la « justice énergétique » à l'échelle mondiale.

Partie 3 : Les énergies renouvelables, enjeu de coopération et de conflits

Coopérations transnationales et diplomatie du climat

La nature décentralisée et souvent intermittente des renouvelables (le soleil ne brille pas la nuit, le vent est variable) pousse à la coopération régionale. Les interconnexions électriques se multiplient pour équilibrer les réseaux : projets en Europe, en Afrique de l'Ouest ou en Asie du Sud-Est. Des mégaprojets transnationaux émergent, comme l'initiative « Desertec » visant à capter l'énergie solaire du Sahara pour l'Europe, ou les barrages hydroélectriques en Amérique du Sud. Ces projets nécessitent une gouvernance commune et une diplomatie active, faisant des énergies renouvelables un vecteur potentiel d'intégration régionale et de paix, selon la théorie de la « paix par l'interdépendance ». Par ailleurs, la lutte contre le changement climatique, dont les renouvelables sont un pilier, a créé une diplomatie multilatérale spécifique (COP, Accords de Paris) où les États négocient leurs efforts et leurs financements.

Nouvelles lignes de fracture et conflits potentiels

Pourtant, la transition peut aussi être source de tensions et de conflits. Premièrement, des conflits d'usage peuvent surgir sur l'espace : implantation de parcs éoliens ou solaires sur des terres agricoles ou des sites naturels, conflits avec les communautés locales ou les peuples autochtones. Deuxièmement, le contrôle des ressources hydrauliques, une énergie renouvelable ancienne mais cruciale, reste un enjeu géopolitique brûlant, comme le montrent les tensions autour du barrage de la Renaissance en Éthiopie (sur le Nil) ou entre l'Inde et le Pakistan. Troisièmement, la course aux ressources sous-marines (nodules polymétalliques) pour les métaux critiques pourrait dégénérer en conflits dans les zones économiques exclusives. Enfin, la transition crée des « perdants » économiques (régions minières des hydrocarbures, industries automobiles traditionnelles) pouvant alimenter des tensions sociales et politiques internes, comme le mouvement des « gilets jaunes » en France l'a partiellement illustré.

Conclusion et ouverture HGGSP : Vers une re-territorialisation de l'énergie ?

La géopolitique des énergies renouvelables est donc en pleine construction, marquée par une redistribution de la puissance, l'émergence de nouvelles dépendances stratégiques et un mélange de coopérations et de conflits potentiels. Elle nous éloigne d'une géopolitique centrée sur des points de passage obligés (détroits, gazoducs) pour nous orienter vers une géopolitique plus diffuse, liée aux minerais, aux technologies et aux réseaux électriques intelligents. Pour l'HGGSP, cette analyse montre comment un enjeu environnemental global (la décarbonation) se « territorialise » en rivalités de pouvoir et en stratégies étatiques. Une ouverture possible réside dans le concept de « souveraineté énergétique » : les renouvelables, souvent présentées comme démocratiques et locales, pourraient-elles permettre une re-territorialisation et une re-politisation de l'énergie au niveau des communautés, face aux grands acteurs étatiques et aux multinationales ? Cette tension entre logique globale de la transition et aspirations locales à l'autonomie constitue un nouveau front de la géopolitique de l'énergie au XXIe siècle, invitant à réfléchir aux échelles de la puissance et de la gouvernance.

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