Introduction : Le climat, nouveau moteur des migrations humaines
Dans le cadre du programme de spécialité HGGSP, l'étude des migrations climatiques offre une perspective cruciale pour comprendre l'articulation entre l'environnement, la géopolitique et les sociétés. Longtemps considérées comme une conséquence lointaine du changement climatique, ces mobilités forcées sont désormais une réalité tangible et croissante. L'Organisation Internationale pour les Migrations (OIM) définit les migrants environnementaux comme des personnes ou groupes qui, principalement pour des raisons de changement environnemental soudain ou progressif, sont contraints de quitter leur lieu de vie habituel. Ce phénomène, à la croisée des thèmes 'L'environnement, entre exploitation et protection' et 'Faire la guerre, faire la paix', pose des défis inédits en termes de gouvernance mondiale, de droits humains et de stabilité régionale. Il interroge directement les notions de souveraineté, de frontières et de solidarité internationale au programme du Bac.
Partie 1 : Comprendre le phénomène : des causes multiples aux trajectoires variées
1.1 Des facteurs environnementaux enchevêtrés
Les migrations climatiques ne résultent pas d'un facteur unique. Il faut distinguer les événements climatiques extrêmes et soudains (ouragans, inondations, incendies) des processus lents et progressifs (élévation du niveau de la mer, désertification, salinisation des sols). Les premiers provoquent des déplacements massifs et immédiats, souvent internes au pays. Les seconds entraînent une dégradation graduelle des conditions de vie, poussant à une migration plus tardive, parfois transfrontalière. La pénurie d'eau et la baisse des rendements agricoles sont des moteurs puissants, particulièrement dans les régions dépendantes de l'agriculture de subsistance. Cette complexité rend la quantification difficile : les estimations varient de 25 millions à 1 milliard de personnes d'ici 2050 selon les scénarios et les définitions.
1.2 Des trajectoires géographiques révélatrices des inégalités mondiales
La géographie des migrations climatiques est profondément asymétrique. Les régions les plus vulnérables sont souvent les moins responsables des émissions de gaz à effet de serre : les petits États insulaires du Pacifique (Kiribati, Tuvalu), le Sahel en Afrique, le Bangladesh, ou certaines régions d'Amérique centrale. Les déplacements sont majoritairement internes (vers les villes côtières ou les capitales) ou régionaux, vers les pays voisins souvent eux-mêmes fragiles. La migration vers les pays du Nord global reste minoritaire, mais alimente des discours politiques sécuritaires. Cette carte des mobilités met en lumière l'injustice climatique et la fracture Nord-Sud, thème central en HGGSP.
Partie 2 : Un vide juridique et des tensions géopolitiques croissantes
2.1 L'absence de statut juridique international
Contrairement aux réfugiés politiques (Convention de Genève de 1951), les migrants climatiques ne bénéficient d'aucun statut juridique international spécifique. Ils ne sont pas officiellement des 'réfugiés climatiques', une catégorie qui n'existe pas en droit international. Cette lacune crée une zone grise juridique où la protection dépend de la bonne volonté des États et de cadres régionaux. Certains pays, comme la Nouvelle-Zélande, ont envisagé des visas humanitaires pour les populations insulaires. D'autres, comme les États-Unis, ont accordé une protection temporaire (TPS) à des ressortissants de pays frappés par des catastrophes. Mais ces initiatives restent ponctuelles. Ce vide normatif est un objet d'étude géopolitique essentiel, illustrant les limites du multilatéralisme face à des défis transnationaux.
2.2 Souveraineté étatique versus droits humains : un dilemme géopolitique
La question cristallise la tension entre le principe de souveraineté nationale (contrôle des frontières) et les impératifs de protection des droits humains. Les États, gardiens de leurs frontières, sont réticents à créer un nouveau statut qui pourrait engendrer des obligations contraignantes. Parallèlement, des cas extrêmes remettent en cause la souveraineté elle-même : la disparition physique d'un État insulaire pose la question inédite de la perte de territoire et de nationalité. Les revendications pour une justice climatique se multiplient, portées par les pays du Sud et la société civile, exigeant des responsabilités différenciées et des mécanismes de compensation. Ces débats traversent les instances internationales comme l'ONU, le GIEC ou les COP.
Partie 3 : Études de cas et réponses politiques : entre adaptation et conflits
3.1 Le Bangladesh et le Sahel : deux laboratoires de la crise
Le Bangladesh, avec son delta surpeuplé et bas, est emblématique des migrations internes dues aux inondations et à l'intrusion saline. Des millions de personnes se déplacent vers Dacca, créant d'immenses bidonvilles et des tensions sociales. Dans le Sahel, la désertification et l'insécurité alimentaire poussent les populations pastorales à migrer, entrant en concurrence pour les ressources avec les agriculteurs sédentaires. Cette situation exacerbe les conflits communautaires existants et peut être instrumentalisée par des groupes armés. Ces deux cas montrent comment les chocs environnementaux aggravent les fragilités préexistantes (pauvreté, gouvernance faible, tensions ethniques) et peuvent déstabiliser des régions entières.
3.2 Les réponses : de la fortification à la coopération
Les réponses politiques sont contrastées. Une première approche, principalement dans les pays du Nord, est sécuritaire et défensive : renforcement des contrôles aux frontières, discours associant migration et menace. À l'inverse, des approches plus coopératives émergent. L'initiative Nansen, lancée par la Norvège et la Suisse, a abouti à l'Agenda pour la protection des personnes déplacées au-delà des frontières dans le contexte de catastrophes. L'Accord de Paris sur le climat (2015) reconnaît, dans son préambule, la question des migrations climatiques. Des stratégies d'adaptation visent à permettre aux populations de rester sur place (digues, agriculture résiliente, systèmes d'alerte). Enfin, la notion de migration comme adaptation (mobilité planifiée et sûre) gagne du terrain, notamment dans le Pacifique.
Conclusion et ouverture HGGSP : Vers une gouvernance mondiale des communs ?
Les migrations climatiques sont un analyseur puissant des relations internationales contemporaines. Elles révèlent les inégalités structurelles de la mondialisation, les limites du système international fondé sur la souveraineté des États, et l'urgence d'une coopération renforcée. Pour le programme HGGSP, ce sujet permet de mobiliser les notions de puissance, de frontière, de gouvernance et de biens communs. L'ouverture possible réside dans la question fondamentale qu'il pose : face à un défi global qui remet en cause les conditions d'habitabilité de la planète, les États parviendront-ils à dépasser leurs intérêts nationaux courts-termistes pour construire une gouvernance effective des communs mondiaux, dont le climat et la protection des personnes sont les pierres angulaires ? Le traitement futur de cette crise sera un test décisif de la capacité de la communauté internationale à faire prévaloir la solidarité et les droits humains sur la logique de forteresse.
