Moyen-Orient28 janvier 202610 min de lecture

Le conflit Israël-Hamas de 2023-2024 : un conflit asymétrique et ses enjeux géopolitiques

L'offensive du Hamas le 7 octobre 2023 et la riposte israélienne sur Gaza ont déclenché une crise majeure. Cet événement s'inscrit dans l'histoire longue du conflit israélo-palestinien et révèle des dynamiques régionales complexes. L'analyse mobilise les notions HGGSP de conflit asymétrique, d'acteurs non-étatiques et de recomposition des équilibres au Moyen-Orient.

Introduction : Un événement déclencheur dans un conflit structurel

Le 7 octobre 2023, le mouvement islamiste palestinien Hamas lance depuis la bande de Gaza une offensive terrestre, aérienne et maritime d'une ampleur inédite contre Israël, entraînant la mort de plus de 1 200 personnes, principalement des civils, et la prise de plus de 240 otages. La réponse israélienne, qualifiée par l'État hébreu d'opération « Guerres de Fer », est immédiate et massive : un siège total de la bande de Gaza suivi d'une campagne militaire terrestre visant à « détruire les capacités militaires et gouvernementales du Hamas ». Cet épisode violent, le plus meurtrier depuis la création de l'État d'Israël en 1948, n'est pas un événement isolé. Il constitue une rupture dans le cycle de violence israélo-palestinien et doit être analysé comme la résurgence aiguë d'un conflit structurel, à la lumière des concepts clés du programme de spécialité HGGSP : la conflictualité, les acteurs non-étatiques, les rivalités de pouvoir et les recompositions géopolitiques régionales.

Partie 1 : Contexte historique et ancrage dans le programme HGGSP

Un conflit aux racines profondes

Pour comprendre l'événement de 2023, un retour historique est indispensable. Le conflit oppose, depuis le milieu du XXe siècle, un mouvement national juif (le sionisme) aboutissant à la création d'Israël en 1948, et un mouvement national palestinien en quête d'un État. Les guerres de 1948, 1967 et 1973 ont façonné la géographie du conflit. L'occupation israélienne, depuis 1967, de la Cisjordanie, de Jérusalem-Est et de la bande de Gaza (dont Israël s'est retiré en 2005 mais qu'il contrôle toujours de l'extérieur) est un facteur central de tension. La bande de Gaza, sous blocus israélo-égyptien depuis la prise de pouvoir du Hamas en 2007, est souvent décrite comme une « prison à ciel ouvert » pour ses 2,3 millions d'habitants, avec un taux de chômage avoisinant 50%. Cette situation de crise humanitaire et politique permanente constitue le terreau sur lequel prospère le Hamas.

Le Hamas : un acteur non-étatique complexe

Le Hamas (Mouvement de la Résistance Islamique), créé en 1987, est un acteur clé pour l'analyse HGGSP. Il illustre la complexité des acteurs non-étatiques dans les relations internationales. C'est à la fois : un mouvement politique, ayant remporté les élections législatives palestiniennes de 2006 ; une organisation militaire disposant d'une branche armée (les Brigades Al-Qassam) et d'un arsenal de roquettes et de tunnels ; et une administration de fait dans la bande de Gaza, gérant des services sociaux, éducatifs et sanitaires. Son idéologie, qui refuse la reconnaissance d'Israël et prône la lutte armée, le place en rivalité directe avec l'Autorité Palestinienne de Mahmoud Abbas (Fatah), qui privilégie la négociation. Cette fragmentation du camp palestinien est un élément majeur de blocage du processus de paix.

Partie 2 : Analyse géopolitique de la crise de 2023-2024

Un conflit asymétrique par excellence

L'affrontement entre Israël, État doté d'une armée conventionnelle puissante et de technologies de pointe (dôme de fer, renseignement), et le Hamas, groupe armé utilisant des tactiques de guérilla et des roquettes artisanales, est un archétype du conflit asymétrique. Cette asymétrie se mesure en termes de capacités militaires, de reconnaissance internationale et de stratégie de communication. La réponse israélienne, fondée sur une supériorité technique écrasante, vise la destruction des infrastructures du Hamas mais cause, selon les autorités sanitaires de Gaza, un bilan humanitaire catastrophique avec des dizaines de milliers de morts, majoritairement des civils, et la destruction d'une grande partie des habitations et des infrastructures essentielles. Cette dynamique pose des questions éthiques et juridiques cruciales sur le respect du droit international humanitaire en situation de conflit asymétrique en milieu urbain dense.

Les enjeux régionaux et internationaux : un conflit « proxy » ?

La crise dépasse largement le cadre israélo-palestinien et active les rivalités de pouvoir au Moyen-Orient. Le Hamas est soutenu politiquement et financièrement par l'Iran, qui l'intègre dans son « axe de la résistance » face à Israël et aux États-Unis, aux côtés du Hezbollah libanais et des milices chiites en Irak et en Syrie. Les attaques du Hezbollah depuis le nord d'Israël et celles des Houthis yéménites contre le trafic maritime en mer Rouge illustrent cette dimension régionale. Face à cet axe, une coalition informelle rassemble Israël, les États-Unis (apportant un soutien militaire et diplomatique inconditionnel), et plusieurs États arabes dits « modérés » comme l'Égypte, la Jordanie ou les Émirats Arabes Unis (signataires des Accords d'Abraham en 2020). La crise met à rude épreuve cette normalisation, révélant la persistance de la question palestinienne comme clé de voûte des équilibres régionaux.

La communauté internationale divisée

La gestion de la crise au niveau international révèle des fractures profondes. Les États-Unis et une majorité de pays européens soutiennent le « droit à la légitime défense » d'Israël, tout en appelant au respect du droit international. Une large partie du « Sud global », menée par des pays comme l'Afrique du Sud, le Brésil ou la Turquie, dénonce une réponse israélienne disproportionnée et exige un cessez-le-feu immédiat. L'Afrique du Sud a d'ailleurs saisi la Cour Internationale de Justice (CIJ) pour accuser Israël de violations de la Convention sur le génocide, une procédure symbolique de la judiciarisation des relations internationales. L'ONU, paralysée par le droit de veto américain au Conseil de Sécurité, peine à jouer un rôle d'arbitre, tandis que ses agences humanitaires (UNRWA, OMS) sont en première ligne face à la catastrophe humanitaire.

Partie 3 : Impacts et perspectives

Conséquences humanitaires et sécuritaires

L'impact humanitaire est dévastateur. La bande de Gaza fait face à une crise alimentaire, sanitaire et humanitaire sans précédent, qualifiée de « crise de la faim » par l'ONU. Plus de 85% de la population est déplacée. Sur le plan sécuritaire, l'objectif affiché d'Israël d'« éradiquer » le Hamas semble difficilement atteignable militairement et risque de renforcer l'extrémisme. La question du « jour d'après » – qui gouvernera Gaza et quel processus politique pour les Palestiniens – reste entièrement ouverte, avec un risque d'effondrement de l'Autorité Palestinienne et de vacuum politique durable.

Recomposition des équilibres et de la narration

Cette crise recompose les perceptions et les alliances. Elle a ravivé la cause palestinienne sur la scène internationale, notamment parmi les jeunes générations en Occident, et a mis en lumière les limites du processus de paix basé sur la solution à deux États, qui semble plus éloignée que jamais. Elle interroge également la notion de sécurité d'Israël : malgré sa puissance militaire, l'État hébreu n'a pas pu empêcher l'attaque du 7 octobre et se retrouve confronté à une instabilité régionale accrue. Enfin, elle affecte la politique intérieure de nombreux pays, créant des divisions sociales profondes autour des questions de légitimité de la violence, d'antisémitisme et d'islamophobie.

Conclusion et ouverture HGGSP

Le conflit Israël-Hamas de 2023-2024 est bien plus qu'un nouvel épisode de violence. C'est un événement géopolitique total qui condense les grandes problématiques étudiées en HGGSP : la nature des conflits contemporains (asymétrie, urbains, hybrides), le rôle déstabilisateur des acteurs non-étatiques, l'instrumentalisation des questions identitaires et religieuses, et l'imbrication des échelles (locale, nationale, régionale, mondiale). Il montre comment un conflit localisé peut menacer la stabilité régionale et polariser la communauté internationale.

Ouverture HGGSP : Cette crise invite à une réflexion plus large sur l'avenir de l'ordre international. Elle met en lumière l'impuissance relative des institutions multilatérales (ONU) à imposer la paix, la résilience des logiques de puissance et d'alliances bilatérales, et le retour de la guerre conventionnelle et de haute intensité comme facteur de recomposition géopolitique. Elle pose également la question fondamentale de la souveraineté et des frontières au XXIe siècle : comment concilier la sécurité d'un État avec les droits fondamentaux d'une population sous occupation ou blocus ? L'étude de ce conflit, dans sa dimension historique et actuelle, est une clé essentielle pour comprendre les dynamiques de fragmentation et les recompositions en cours au Moyen-Orient et au-delà.

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