Introduction : Le G7, un acteur clé dans un monde en recomposition
Le dernier sommet du G7, réuni en juin 2024 dans les Pouilles en Italie, offre un prisme d'analyse précieux pour le programme de spécialité HGGSP. Ce forum informel, né dans les années 1970 pour coordonner les politiques économiques des principales démocraties industrialisées, incarne à la fois la persistance d'un ordre occidental et ses fragilités face à l'émergence de nouvelles puissances et à la multiplication des crises globales. Son étude permet d'aborder des thèmes centraux du Bac : les formes de la gouvernance mondiale, la recomposition des rapports de puissance, et les défis de la coopération internationale dans un monde fragmenté.
Le G7, entre héritage et adaptations : Une gouvernance de club à l'épreuve
Les fondements et l'évolution d'un directoire informel
Le G7 (Allemagne, Canada, États-Unis, France, Italie, Japon, Royaume-Uni, plus l'Union européenne) est né du choc pétrolier et de l'effondrement du système de Bretton Woods. Il représente une forme de gouvernance dite « de club », exclusive et non contraignante, fondée sur des valeurs et des intérêts communs (démocratie, économie de marché). Historiquement, il a joué un rôle crucial dans la coordination macroéconomique. Aujourd'hui, son agenda s'est élargi à la sécurité, la santé, le climat et la régulation du numérique, comme l'a montré le sommet de 2024 avec ses déclarations sur l'IA et les infrastructures.
Un leadership contesté : La montée en puissance du G20 et des BRICS
La légitimité du G7 est directement questionnée par l'émergence d'autres forums, notamment le G20, qui inclut la Chine, l'Inde ou le Brésil, et le groupe des BRICS en expansion. Cette tension illustre parfaitement le chapitre « Faire la guerre, faire la paix » et la notion de multilatéralisme. Le G7 ne représente plus que 40% du PIB mondial (contre plus de 60% dans les années 1990). Son incapacité à intégrer les grandes puissances émergentes limite son efficacité sur des dossiers globaux comme le climat ou la dette des pays du Sud, renforçant les critiques sur son caractère anachronique.
Le sommet 2024 : Un miroir des enjeux géopolitiques contemporains
Une réponse collective aux crises de sécurité
La guerre en Ukraine a été au cœur des discussions, avec un accord sur le prêt de 50 milliards de dollars financé par les actifs russes gelés. Cette décision, inédite, pose des questions juridiques et géopolitiques majeures (rétorsions, souveraineté). Elle montre le G7 comme un bloc de soutien à Kiev, mais aussi les limites de son pouvoir face à la Russie. Sur le conflit israélo-palestinien, les divisions internes (positions variées sur la reconnaissance d'un État palestinien) ont révélé les difficultés à parler d'une seule voix, affaiblissant son influence.
Les engagements économiques et climatiques : Des promesses sous tension
Le sommet a réaffirmé l'engagement pour le financement climatique et le partenariat pour les infrastructures globales (PGII), présenté comme une alternative à l'initiative chinoise « Nouvelles Routes de la Soie ». Cela s'inscrit dans la thématique « L'environnement, entre exploitation et protection » et illustre la compétition des modèles de développement. Cependant, l'absence de mécanismes contraignants et les priorités nationales divergentes (subventions vertes américaines, politique agricole européenne) interrogent sur la capacité du G7 à mener une action collective transformative.
Analyse HGGSP : Le G7 dans les dynamiques de la gouvernance mondiale
Un acteur de la régulation à géométrie variable
Le G7 fonctionne comme un laboratoire d'idées et un coordinateur politique pour ses membres. Ses décisions, bien que non contraignantes, orientent souvent les politiques de l'OCDE, du FMI ou de l'OMC. Il est ainsi un exemple de « gouvernance par les nombres » et de soft power, cherchant à établir des normes (fiscalité, éthique de l'IA). Cependant, son action est de plus en plus contestée par des acteurs non-étatiques (ONG, firmes transnationales) et par des coalitions ad hoc, reflétant la fragmentation de l'espace mondial.
Les limites structurelles et l'impératif de réforme
Les limites du G7 sont structurelles :
- Déficit de représentativité : Exclusion de l'Afrique subsaharienne et d'une grande partie de l'Asie.
- Déficit d'efficacité : Déclarations souvent vagues, mise en œuvre dépendante des États.
- Déficit de cohésion : Montée des nationalismes et des divergences commerciales entre ses membres.
Conclusion et ouverture : Quelle gouvernance pour le XXIe siècle ?
Le G7 reste un indicateur précieux des priorités et des solidarités du « monde occidental ». Son sommet de 2024 a confirmé son rôle de plateforme de coordination face aux crises sécuritaires, mais aussi ses difficultés croissantes à impulser une gouvernance mondiale inclusive et efficace. Pour aller plus loin dans le cadre de l'HGGSP, on peut s'interroger : le futur de la gouvernance mondiale réside-t-il dans le renforcement d'institutions universelles comme l'ONU, dans la multiplication de clubs thématiques restreints, ou dans l'affrontement entre blocs géopolitiques rivaux ? L'étude du G7, à la croisée des axes « Analyser les relations entre États et religions » (valeurs) et « Faire la guerre, faire la paix » (sécurité), invite à réfléchir à l'équilibre toujours fragile entre efficacité et légitimité dans la gestion des affaires du monde.
