En 2023, la COP28 de Dubaï s'achève sur un compromis inédit : pour la première fois, le texte final mentionne explicitement une « transition hors des énergies fossiles ». Mais aucun calendrier contraignant n'est fixé, et les pays pétroliers — Arabie saoudite en tête — obtiennent que le mot « sortie » soit remplacé par « transition ». Ce bras de fer diplomatique résume à lui seul l'objet de l'axe 1 de Terminale : l'environnement n'est pas seulement un problème scientifique, c'est un enjeu géopolitique où s'affrontent des puissances, des souverainetés et des intérêts contradictoires. Comment organiser tes révisions pour maîtriser cette question sans t'y perdre ? Voici une méthode structurée, ancrée dans le programme officiel.
1. Comprendre ce que « l'environnement comme enjeu géopolitique » veut dire
Avant de réviser, il faut cadrer la notion — sinon tu accumules des faits sans grille de lecture.
Les notions clés à maîtriser absolument
L'environnement devient un enjeu géopolitique lorsqu'il devient objet de rivalités entre acteurs pour le contrôle, l'usage ou la préservation de ressources et de milieux. Retiens ce vocabulaire précis :
- Bien commun mondial : ressource dont l'usage par un acteur affecte tous les autres (climat, haute mer, Antarctique). Sa gestion pose la question de la souveraineté des États.
- Puissance : capacité d'un acteur à imposer sa volonté. Dans le domaine environnemental, elle s'exprime par le hard power (sanctions, contrôle territorial) et le soft power (normes, influence diplomatique, leadership scientifique).
- Multipolarité : le monde compte plusieurs pôles de puissance (États-Unis, Chine, UE, puissances émergentes) aux intérêts divergents, ce qui rend toute gouvernance mondiale difficile.
- Gouvernance mondiale : ensemble des règles et institutions (ONU, COP, GIEC) censées coordonner les acteurs — sans gouvernement mondial.
- Transition énergétique : passage des énergies fossiles aux renouvelables, qui redistribue les rapports de force (ex. dépendance européenne au gaz russe).
Une distinction utile : dégradation locale vs enjeu global
Ne confonds pas un problème environnemental local (pollution d'une nappe phréatique) et un enjeu géopolitique mondial (réchauffement climatique). Le second implique une interdépendance entre États et un dilemme du passager clandestin : chacun profite des efforts des autres sans payer sa part. C'est ce qui rend la coopération si fragile.
Pour consolider ces bases, appuie-toi sur les cours HGGSP officiels et sur des fiches mémo que tu rédiges toi-même.
2. Structurer ses révisions autour des études de cas du programme
Le programme de Terminale (axe 1) attend que tu mobilises des exemples précis, datés et localisés. Voici les incontournables.
Le climat : une gouvernance mondiale sous tension
- 1992 : Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) au Sommet de Rio.
- 1997 : protocole de Kyoto — objectifs contraignants pour les pays industrialisés, mais non ratifié par les États-Unis (2001) et sans contrainte pour la Chine et l'Inde, alors non classées « pays développés ».
- 2015 : accord de Paris (COP21) — 196 parties, objectif de limiter le réchauffement « nettement en dessous de 2 °C ». Accord non contraignant : chaque État fixe sa contribution (CDN).
- 2021 : COP26 de Glasgow, engagement à « réduire » le charbon ; 2023 : COP28 de Dubaï, mention de la « transition hors des énergies fossiles ».
Le GIEC (créé en 1988 par l'OMM et le PNUE) joue ici un rôle de soft power scientifique : ses rapports orientent les négociations, mais ne les contraignent pas.
Les ressources : pétrole, eau, minerais critiques
- Pétrole : l'OPEP (créée en 1960 à Bagdad) illustre la puissance d'un cartel producteur. En 1973, l'embargo pétrolier contre les pays soutenant Israël provoque le premier choc pétrolier.
- Eau : le bassin du Nil oppose l'Égypte, le Soudan et l'Éthiopie autour du barrage de la Renaissance (GERD), lancé en 2011 et inauguré en 2021. L'Égypte, qui dépend du Nil pour 97 % de son eau douce, y voit une menace existentielle.
- Minerais critiques : le cobalt de la République démocratique du Congo (environ 70 % de la production mondiale) et les terres rares chinoises alimentent la course aux « chaînes de valeur » de la transition énergétique.
La biodiversité et l'Antarctique : des biens communs sous pression
Le traité de l'Antarctique (1959, entré en vigueur en 1961) gèle les revendications territoriales et interdit toute activité militaire. Il est souvent cité comme modèle de gouvernance d'un bien commun — mais il reste fragile face aux ambitions minières et touristiques.
Pour t'entraîner à mobiliser ces exemples, utilise les exercices HGGSP disponibles en ligne.
3. Adopter une grille d'analyse géopolitique en trois regards
En HGGSP, on croise toujours les regards. Pour chaque exemple, pose-toi trois questions.
Le regard historique
Quand le problème émerge-t-il ? Comment les rapports de force ont-ils évolué ? Exemple : la prise de conscience environnementale mondiale naît dans les années 1970 (Conférence de Stockholm, 1972 ; rapport Brundtland, 1987), dans un contexte de Guerre froide où les deux blocs instrumentalisent aussi l'écologie.
Le regard géographique
Où se situent les ressources, les pollutions, les vulnérabilités ? Qui contrôle quels espaces ? La fonte de l'Arctique ouvre de nouvelles routes maritimes et des gisements, ce qui attise les convoitises russes, américaines, canadiennes et chinoises (la Chine se déclare « État proche de l'Arctique »).
Le regard politique
Quels acteurs agissent et avec quels intérêts ? États, ONG (Greenpeace, WWF), firmes multinationales, institutions internationales, opinion publique. Le retrait américain de l'accord de Paris (2017-2021, sous Donald Trump) puis le retour de Joe Biden (2021) montrent la volatilité de l'engagement des grandes puissances selon les alternances politiques.
4. Méthode : réviser efficacement pour la dissertation, l'ECD et le Grand Oral
Pour la dissertation
- Travaille par plans types : « acteurs / échelles / tensions », « coopération / rivalités », « puissance / gouvernance ».
- Constitue un répertoire d'exemples : pour chaque notion, deux exemples datés et localisés (ex. « eau : Nil / Colorado »).
- Entraîne-toi à problématiser : ne raconte pas, démontre. « L'environnement est-il un facteur d'unification ou de division des puissances ? »
Pour l'étude critique de document
- Identifie la nature du document (carte, discours, rapport du GIEC, article scientifique).
- Repère l'auteur, la date, le contexte et le point de vue : un rapport du GIEC n'a pas le même statut qu'un communiqué de l'OPEP.
- Confronte le document à tes connaissances : que dit-il ? Que tait-il ?
Pour le Grand Oral
- Choisis une question problématisée liée à ton projet d'orientation : « La transition énergétique peut-elle se faire sans nouvelle dépendance géopolitique ? »
- Prépare un exemple fil rouge que tu maîtrises parfaitement (le bassin du Nil, l'Arctique, le cobalt congolais).
- Entraîne-toi à dialoguer : le jury attend que tu nuances, pas que tu récites.
Pour compléter ta préparation, tu peux aussi consulter les ressources d'orientation et de méthodologie sur AlloLycee et AlloBac.
5. Mise en perspective : les débats qui font la richesse du sujet
Un bon devoir HGGSP montre que tu connais les controverses, sans prendre parti.
- Développement vs préservation : les pays du Sud (Brésil, Inde, Chine) rappellent le principe de « responsabilités communes mais différenciées » (Rio, 1992) et refusent de porter le coût d'une pollution historique due au Nord.
- Souveraineté vs ingérence verte : les mécanismes de compensation carbone ou les taxes aux frontières (projet européen de MACF, 2023) sont perçus par certains États comme des mesures protectionnistes déguisées.
- Efficacité vs légitimité : les accords non contraignants (Paris) sont-ils utiles ? Certains y voient un progrès diplomatique, d'autres une « diplomatie de l'incantation ».
Ces tensions ne sont pas des faiblesses du sujet : elles en sont le cœur. Sais-les présenter avec rigueur.
6. Conclusion : réviser l'environnement, c'est réviser le monde
L'environnement comme enjeu géopolitique n'est pas un chapitre isolé : il croise la puissance, la souveraineté, la gouvernance mondiale, les inégalités de développement et les représentations. En le révisant, tu apprends à penser les interdépendances et les rapports de force de manière nuancée — une compétence précieuse, à l'examen comme après le bac.
Commence par une fiche par étude de cas, ajoute une carte mentale par notion, puis entraîne-toi sur des sujets blancs. La régularité vaut mieux que le bachotage : quinze minutes par jour sur un exemple précis, et le jour J, tu auras des arguments solides et datés. Bon courage !
