Tu prépares l’épreuve de spécialité HGGSP et le thème sur les espaces maritimes te semble familier : mers, océans, ZEE, piraterie… Pourtant, en dissertation comme en étude critique de document, les copies tombent souvent dans les mêmes pièges. Bonne nouvelle : ces erreurs sont identifiables et corrigibles. Cet article te guide pas à pas pour sécuriser tes connaissances et gagner des points précieux.
Commencer par définir précisément les espaces maritimes
Avant d’analyser, il faut nommer. Les espaces maritimes désignent l’ensemble des étendues d’eau salée (mers, océans) et les espaces qu’elles recouvrent, ainsi que les fonds marins et les ressources qu’ils contiennent. En HGGSP, on les étudie comme des territoires appropriés, disputés et régulés : ce ne sont pas de simples étendues vides, mais des espaces géopolitiques à part entière.
La Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM), signée à Montego Bay en 1982 et entrée en vigueur en 1994, structure cet espace juridique. Elle distingue :
- les eaux intérieures (ports, baies), où l’État est pleinement souverain ;
- la mer territoriale (jusqu’à 12 milles marins), où la souveraineté s’exerce, mais avec un droit de passage inoffensif pour les navires étrangers ;
- la zone contiguë (24 milles), où l’État peut contrôler douanes, immigration et fiscalité ;
- la zone économique exclusive (ZEE) (jusqu’à 200 milles), où l’État côtier dispose de droits souverains sur l’exploitation des ressources (pêche, hydrocarbures, minerais) ;
- la haute mer, au-delà des ZEE, qui relève du principe de liberté et constitue un « bien commun » mondial ;
- les fonds marins internationaux, gérés par l’Autorité internationale des fonds marins (AIFM), créée en 1994.
Attention : la ZEE n’est pas un territoire au sens strict. L’État y exerce des droits souverains fonctionnels, pas une souveraineté pleine et entière. Cette nuance est décisive pour éviter les contresens.
Piège n°1 : confondre frontières maritimes et frontières terrestres
Les frontières maritimes ne se lisent pas comme des frontières terrestres. Une frontière terrestre est souvent matérialisée (bornes, murs, postes-frontières). Une frontière maritime est une ligne juridique abstraite, définie par des coordonnées, des principes d’équidistance ou de médiane, et parfois contestée pendant des décennies.
Exemple : en mer de Chine méridionale, la Chine revendique une « ligne en neuf traits » qui recouvre une grande partie de la ZEE de ses voisins (Viêt Nam, Philippines, Malaisie, Brunei). En 2016, la sentence arbitrale rendue dans l’affaire Philippines c. Chine (tribunal de La Haye, au titre de l’annexe VII de la CNUDM) a jugé cette revendication contraire au droit de la mer. La Chine ne l’a pas reconnue. Autrement dit, une frontière maritime peut être juridiquement tranchée sans être politiquement acceptée : c’est toute la différence entre légalité et légitimité.
Autre exemple : le litige entre le Canada et le Danemark autour de l’île Hans (mer de Lincoln, Arctique), résolu en 2022 par un partage à l’amiable après des décennies de tension symbolique. La frontière maritime est ici un objet diplomatique, pas seulement militaire.
Piège n°2 : réduire les espaces maritimes à la seule puissance militaire
Les mers sont des espaces de projection de puissance, bien sûr. Les États-Unis, avec leurs 11 porte-avions et leurs flottes en Atlantique, Pacifique et Méditerranée, exercent une hégémonie navale héritée de la Seconde Guerre mondiale et consolidée pendant la Guerre froide. La Chine, avec sa marine en forte croissance, conteste cette hégémonie en mer de Chine méridionale et développe une stratégie de déni d’accès (missiles antinavires, îles artificielles militarisées).
Mais réduire les espaces maritimes au seul affrontement militaire serait une erreur. Ils sont aussi :
- des espaces économiques : 80 à 90 % du commerce mondial en volume passe par la mer ; les détroits de Malacca, d’Ormuz et de Bab el-Mandeb sont des points de passage stratégiques ;
- des espaces de ressources : pêche, hydrocarbures offshore, minerais des grands fonds (nodules polymétalliques, terres rares), énergies marines renouvelables ;
- des espaces de coopération : recherche scientifique, sauvetage en mer, lutte contre la piraterie (opération Atalante de l’UE, lancée en 2008 au large de la Somalie) ;
- des espaces de représentation : le soft power passe aussi par la mer (expéditions scientifiques, marines de guerre comme vitrines, préservation de la biodiversité).
En HGGSP, une copie qui n’évoque que les porte-avions oublie la moitié du sujet.
Piège n°3 : oublier la question environnementale et les acteurs non étatiques
Les espaces maritimes sont aujourd’hui au cœur de la géopolitique de l’environnement. Le réchauffement climatique modifie les écosystèmes, ouvre de nouvelles routes maritimes en Arctique et déplace des ressources halieutiques. La surpêche menace des stocks entiers, tandis que la pollution plastique et les marées noires rappellent que la mer est un espace fragile.
Les acteurs ne sont pas seulement des États :
- les organisations internationales (ONU, AIFM, Organisation maritime internationale) tentent de réguler ;
- les ONG environnementales (Greenpeace, Sea Shepherd) jouent un rôle de contre-pouvoir ;
- les firmes transnationales (TotalEnergies, Maersk, CMA CGM) exploitent et transportent ;
- les acteurs illégaux (pirates, trafiquants, pêcheurs illégaux) contestent la souveraineté des États.
Le traité BBNJ (accord sur la biodiversité au-delà des juridictions nationales), adopté en 2023 sous l’égide de l’ONU, illustre cette tentative de gouvernance mondiale de la haute mer. Mais son application reste un défi : qui contrôle ? Qui sanctionne ?
Piège n°4 : négliger les jeux d’échelles et les représentations
Un espace maritime se lit à plusieurs échelles : locale (un port, un littoral), nationale (une ZEE), régionale (un détroit, une mer fermée), mondiale (les océans comme biens communs). Passer d’une échelle à l’autre sans le dire est une erreur fréquente.
De même, les cartes maritimes ne sont pas neutres. La projection de Mercator, centrée sur l’Europe, exagère les hautes latitudes et minimise les espaces océaniques du Sud. Les cartes de la « ligne en neuf traits » chinoise ou les cartes américaines du Pacifique traduisent des représentations géopolitiques : elles disent qui revendique quoi. En étude critique de document, analyser la carte, c’est déjà faire de la géopolitique.
Pour t’entraîner, consulte nos cartes et nos fiches mémo : elles t’aident à visualiser les enjeux et à mémoriser les notions clés.
Méthode : transformer ces pièges en points gagnés
En dissertation
Soigne l’introduction : définis les termes du sujet (espaces maritimes, frontières maritimes, souveraineté), pose une problématique qui articule appropriation, régulation et contestation, et annonce un plan clair. Dans le développement, mobilise des exemples datés et localisés : 1982 (CNUDM), 1994 (entrée en vigueur), 2008 (opération Atalante), 2016 (sentence arbitrale en mer de Chine méridionale), 2022 (accord Canada-Danemark sur l’île Hans), 2023 (traité BBNJ).
N’oublie pas la nuance : la CNUDM est un cadre juridique majeur, mais son application dépend des rapports de force. La souveraineté maritime est à la fois un droit et un enjeu de puissance.
En étude critique de document
Identifie la nature du document (carte, traité, article scientifique, discours), son auteur, sa date, son contexte. Repère les omissions : une carte qui ne montre pas les revendications concurrentes est déjà un discours. Croise avec tes connaissances : que dit le droit ? Que font les acteurs ?
Pour le Grand Oral
Choisis une question précise : « La haute mer peut-elle être un bien commun ? », « Les frontières maritimes sont-elles des frontières comme les autres ? », « La puissance navale est-elle encore un attribut de la souveraineté ? ». Prépare des exemples, des chiffres, et anticipe les objections.
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Conclusion : la mer, un laboratoire de la géopolitique mondiale
Les espaces maritimes sont un excellent terrain pour développer ton esprit critique : ils mêlent droit international, rapports de force, enjeux économiques et environnementaux. Éviter les pièges, c’est d’abord définir, nuancer et croiser les échelles. Tu as toutes les cartes en main : entraîne-toi, relis tes exemples, et fais de la mer ton alliée pour réussir en HGGSP.
